octobre 24, 2020

Têtes de Dragon – David Defendi

Auteur : David Defendi

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Tuer un homme n’a jamais fait peur à Christo, cet ancien légionnaire qui a passé sa vie à mentir, bluffer, trahir ceux qui croisaient sa route. Alors qu’il est incarcéré à Fresnes, la DGSI lui propose d’infiltrer un réseau de trafiquants d’antiquités chinoises en échange de sa libération. Mais, pris en étau entre les mafias chinoises et les flics, sa marge de manœuvre est étroite…

Avis :

Au même titre que d’autres activités illégales, le trafic d’œuvres d’art fait l’objet d’une économie parallèle dont on sous-estime l’ampleur. Sa dimension internationale est bien souvent une gageure pour les autorités compétentes. Toujours est-il que cette thématique possède d’indéniables qualités à placer au cœur d’un polar ou d’un thriller. Il n’y a qu’à voir Cabale Pyramidion, Sans pitié ni remords ou La trahison de Rembrandt pour s’en convaincre. Toutefois, le sujet s’imposait avec une importance variable dans leur histoire respective. Pour Têtes de dragon, on plonge littéralement au cœur du problème. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Au vu de la faible épaisseur du roman de David Defendi, on est en droit d’attendre une intrigue aussi brève que dynamique. Or, le premier tiers du livre fait office d’une entame assez laborieuse qui n’a d’autre but que d’introduire le personnage principal. Si les situations exposées semblent banales, celles-ci auraient pu déboucher vers une expérience d’infiltration plus jouissive par la suite. Et, en l’espace de quelques pages, on a l’impression qu’il s’agit en effet d’un faux départ. La mécanique s’enclenche pour appréhender un milieu peu mis en avant et relativement méconnu du grand public.

Il est vrai qu’on a droit à une poignée de faits pour le moins intéressants, même si la corrélation avec la drogue reste assez confuse. Rétrospectives historiques, méthodes pour écouler lesdites œuvres, rôle de l’Occident face à l’Extrême-Orient en égrenant quelques éléments de géopolitique… Sur ce point, l’auteur maîtrise le matériau, ce qui est l’une des rares qualités au bénéfice de son livre. Car, bien vite, on se heurte à une écriture simpliste qui multiplie les maladresses et les lourdeurs. Les phrases nominales pleuvent à un rythme saccadé. Elles sont récurrentes pour décrire un lieu ou un état d’âme du protagoniste, assez détestable au demeurant.

Les redondances sont légion et peu pertinentes. Elles jouent à reformuler ce qui a pu être évoqué auparavant au lieu d’offrir un effet de style à des séquences particulières. En soi, cet écueil n’a rien de préjudiciable s’il s’agit d’une maladresse ponctuelle. Or, on est constamment confronté à une manière monotone et peu inspirée pour présenter l’intrigue et ses intervenants. Comme si cela ne suffit pas, la trame temporelle effectue des bonds de plusieurs semaines ou jours sans que l’on sache trop pourquoi. Quant à faire la lumière sur ce qui s’est déroulé entre deux, un grand vide et des phrases à l’emporte-pièce sont les seules réponses à glaner.

On l’a vu auparavant, la brièveté du roman ne l’empêche guère de multiplier les longueurs ou les séquences qui font office de remplissage. L’excursion en Chine est minimaliste et se résume à une errance dans des ruelles sordides en quête des bars les plus miteux. La justification même de ce voyage s’effectue entre deux séances de beuveries et de digressions amères aux vagues relents écologiques sur l’influence de l’activité humaine au cœur de son environnement. Cette incursion hors de propos se révèle le prélude à un dénouement aussi décevant que le reste, à savoir bâclé et précipité. Quant à l’épilogue, l’expression « se tirer une balle dans le pied » lui sied à merveille, car il annule et rend incohérent tout ce qu’on a suivi précédemment.

Au final, Têtes de dragon est une piètre tentative pour développer un sujet dont le potentiel narratif demeure indéniable. Mis à part la documentation distillée au gré de dialogues fades et accablants, l’intrigue multiplie les errances sur le fond et sur la forme. Desservie par un rythme chaotique, la trame se montre peu crédible et confère parfois au cliché grotesque pour progresser d’une manière maladroite. Tout est entrepris pour faire du livre de David Defendi une magnifique vitrine commerciale avec, à l’appui, le mot « stupéfiant » de Jean-Christophe Grangé. Mais derrière cela, on ne distingue qu’une profonde vacuité tant le sujet méritait d’être approfondi et non survolé. Un roman poussif et bancal.

Note : 07/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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