octobre 27, 2020

Get Out – Noir Désir

De : Jordan Peele

Avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller, Horreur

Résumé :

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Avis :

Depuis un petit temps maintenant, on a vu naître un nouveau grand ponte de l’horreur, Jason Blum. Au même titre que Roger Corman ou Charles Band durant leur âge d’or, le producteur s’est fait une spécialité de l’horreur cinématographique, avec de petits budgets mais de gros effets (et bénéfices). D’ailleurs, on pourrait presque parler d’hégémonie puisque parmi les maigres sorties dans les salles, les trois quarts sortent de chez Blumhouse comme en atteste ce Get Out. Entre les Insidious, les American Nightmare, les Paranormal Activity ou encore les deux Sinister, la petite boîte est devenue grande et un incontournable pour tous les fans d’horreur, même s’il y a quelques ratés. Mais le plus intéressant avec Blumhouse, c’est que malgré sa spécialité dans l’épouvante, elle se réserve aussi de petits emplacements pour des films plus intimistes, plus expérimentaux, à l’image de ce thriller satirique qui vire dans son dernier quart en horreur pure.

Véritable succès au box-office américain, Get Out sort tout droit de la tête de Jordan Peele, issu de la scène humoristique et connu pour ses sketchs avec son acolyte Keegan-Michael Key. Bénéficiant d’un bouche à oreille phénoménal pour ses propos sociétaux au sein d’une intrigue purement horrifique, le jeune réalisateur, dont c’est le premier film, signe une œuvre étrange, complexe et qui force à réfléchir sur des questions gênantes, à savoir le racisme et les préjugés raciaux qui s’imposent dès la naissance. Pamphlet sur le racisme américain envers les afro-américain, film maladroit n’évitant pas un manichéisme dangereux, en France, le film de Jordan Peel souffle le chaud et le froid auprès des cinéphiles et pourtant, malgré le fait que ce soit une œuvre imparfaite, Get Out réussit son pari et pousse à la réflexion dans une société qui semble prôner le retour au Moyen-Age et à la ségrégation.

Dans ses grandes lignes, Get Out raconte l’histoire de Chris, un jeune photographe black qui doit rencontrer ses beaux-parents, qui sont blancs. Lui est neurochirurgien, elle est psychiatre spécialisée dans l’hypnose, et ce weekend semble idyllique pour le couple même si Rose n’a pas dit à ses parents que Chris était noir. Dès le début, Jordan Peele va assumer une mise en scène particulière, assez lente et silencieuse, montrant un goût prononcé pour les expressions faciales. Le jeune Daniel Kaluuya est d’ailleurs excellent dans le rôle-titre, jouant à la perfection la gêne et la peur. Dans son introduction, le film pourrait être une comédie romantique avec ce qu’il faut de vannes sur les origines et les rapports interraciaux. En faisant cela, le jeune cinéaste impose un cadre assez léger, mais il n’évite pas les thématiques générales de son film et pose dès le début une réflexion sur la relation entre sa copine, ses beaux-parents et lui-même.

Le premier climax intervient lorsque le couple renverse un cerf sur la route, ce qui a pour but d’instaurer la symbolique de la proie. Chris se projette alors dans cet animal en souffrance et sur le point de mourir et l’aspect du danger survient très rapidement et de façon brutale. S’ensuit alors une première altercation avec un policier qui demande les papiers d’identité de Chris, ce qui implique alors un délit de faciès. Là encore, même si ça reste maladroit et téléphoné, Jordan Peele impose un sentiment de malaise en montrant ouvertement ce que peut subir la communauté afro-américaine à cause d’une simple couleur de peau. Le summum arrive lorsque le couple parvient chez les parents de Rose et où Chris va se rendre compte que la cuisinière et le jardinier du couple sont des noirs. Un malaise qui va alors s’étendre sur toute la durée du film. De façon très discrète et sournoise, le cinéaste va mettre en place des situations gênantes, des discussions souvent borderline ou encore des réflexions qui peuvent être perçues de manière assez différentes en fonction du contexte. Chez le spectateur, le malaise s’installe, on se questionne, on est interpellé par cette famille si propre sur elle mais qui semble cacher un lourd secret.

Et c’est là la grande force de ce métrage qui avec presque rien, juste une intelligence de mise en scène et des séquences parfois drôles de par leur cynisme, provoque une montée croissante de l’angoisse et de la gêne. Car effectivement, Jordan Peele n’hésite pas à mettre de l’humour dans son film, afin de laisser un second souffle au spectateur, avant de reprendre de plus belle avec des situations toujours plus étonnantes et mettant mal à l’aise. D’ailleurs, le second climax sera une vente aux enchères silencieuse, assurant ainsi une poussée d’angoisse vertigineuse et un message fort sur les intentions des blancs. Véritable pamphlet sur la société d’aujourd’hui aux Etats-Unis, Jordan Peele montre le peu d’importance qu’a la population afro-américaine aux yeux de la bourgeoisie blanche. Pour autant, cette rancune se voit contrebalancer par une certaine fascination du corps et même si le manichéisme est un poil trop présent, le message passé par le réalisateur est efficace, jusqu’à son final qui tient parfaitement la route.

Le seul petit défaut du film viendra essentiellement de sa dernière partie qui s’inscrit dans ce qui se fait de plus habituel dans le genre. Si le secret de la famille est révélé, la suite sera plutôt académique avec des passages obligés, comme un gore plus ou moins assumé ou encore quelques meurtres efficaces et bien mix en scène. La symbolique de la proie devient celle du chasseur et le film ne fait plus dans le sentiment. On a quelques surprises qui offre du rebondissement, et si l’ensemble est plutôt bien fait, cela reste très attendu et inférieur à ce qui s’est fait avant. Pour autant, Get Out s’en sort avec les honneurs dans ce dernier tiers, car pour un premier film, c’est relativement couillu et il se dégage de ces passages une violence parfaitement assumée.

Au final, Get Out est une belle réussite. Ne faisant absolument pas l’apologie du racisme anti-blanc, le film se veut être un pamphlet sur les préjugés et les problèmes raciaux qui sont nombreux aux States. Jordan Peele livre un film ultra efficace qui mêle habilement humour et horreur pour amener une réflexion sur ce qui définit un homme entre ce qu’il est à l’intérieur et sa couleur de peau. Si on regrettera peut-être un dernier tiers un poil bâclé mais obligatoire, Get Out se révèle être la bonne surprise horrifique de l’année, le film que l’on n’attendait pas et qui mélange sans vergogne intelligence et divertissement, humour et sérieux, questionnement et révolte.

Note : 17/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.