While She Sleeps – You Are We

Avis :

La scène metalcore est un sous-genre du métal qui reste assez obscur pour beaucoup de monde. Il faut dire qu’entre des noms à coucher dehors comme Carnifex ou encore des morceaux très difficiles d’accès, il n’est pas évident au genre de se frayer un chemin parmi les ondes radiophoniques ou même les devantures de magasins. Néanmoins, il arrive que certains groupes sortent du lot parce qu’ils prennent des risques et mélangent le metalcore avec des choses plus légères, offrant une osmose entre violence et émotion. Si Bring me the Horizon a longtemps divisé sur son dernier album, force est d’avouer qu’ils ont démocratisé le genre et que cela leur a ouvert les portes pour plus de fans, mais aussi plus de reconnaissance dans le travail. Et le groupe n’est pas étranger à l’affaire While She Sleeps. Groupe de metalcore britannique fondé en 2006, c’est en 2012, en changeant de chanteur, que le groupe sort son premier album et commence à se faire un nom. Mais le monde de la musique est un monde de requins et les musiciens se sentent brimer par leur maison de disque et ils décident de faire appel au crowdfunding pour leur troisième album. Ainsi naîtra You Are We, un disque autoproduit avec l’aide des fans, mais aussi l’appui d’Oly Sykes, le leader de Bring me the Horizon. Et si l’album souffle le chaud et le froid au niveau des critiques, il n’en demeure pas moins que cet album favorise l’accès au metalcore, et en soi, c’est déjà une bonne chose.

Car qu’on se le dise, les critiques qui disent du mal de cet album sont celles qui aiment le core qui arrache et qui beugle. A contrario, celles qui encensent You Are We sont plutôt du genre mixité, aimant les mélanges et les mélodies qui allient la rage du core avec quelque chose de plus doux. Et While She Sleeps propose réellement quelque chose d’intéressant avec ce troisième effort. Le premier morceau éponyme de l’album est relativement efficace, avec une introduction toute calme avant que le chanteur se mette à hurler You Are We. A partir de là, le titre ne va plus nous lâcher pour dégager une énergie puissante tout en gardant une certaine technicité dans les riffs. C’est d’ailleurs là qu’est le plus surprenant avec ce groupe, c’est que les compositions sont très riches, avec des morceaux qui dépassent allègrement les quatre minutes, assimilant presque le metalcore avec du métal progressif et cela donne une certaine aura à cet album. Des titres comme Settle Down Society ou encore Revolt montre à quel point les structures de chaque morceau sont complexes pour un genre comme celui-là et franchement, il y a à la fois de la technique (vocale et musicale) mais aussi une énergie violente et saisissante.

Mais le groupe n’est pas que colère malgré les thèmes brassés qui parlent surtout de la société actuelle, de la politique et des médias qui veulent contrôler les masses. Quand on écoute plusieurs cet album, on se rend vite compte qu’il y a une certaine sensibilité dans cet album, chose complètement absente des précédents opus. Si on écoute le très catchy Silence Speaks (avec une petite featurette d’Oly Sykes), on se rend compte que les moments en chant clair sont là pour adoucir un propos et faire ressentir quelque chose. On aura cette sensation sur des morceaux comme Empire of Silence ou encore le très efficace et pourtant bourrin, Hurricane. Et on ne peut pas blâmer le groupe d’essayer de faire autre chose, comme les parties rappées sur Steal the Sun, qui offrent du changement et donnent finalement un rythme très bien dosé. Bien évidemment, l’album n’est pas exempt de défauts et le principal que l’on peut faire, c’est clairement la durée de certaines pistes. On a clairement la sensation qu’il y a parfois du rajout dans certaines séquences comme sur Wide Awake, qui pourrait s’arrêter au bout de trois minutes, mais le groupe en remet une couche pour allonger la durée de la piste. C’est inutile et même si le morceau se révèle efficace (tout en étant le plus calibré de tous les titres), on a la sensation de faire face à un rajout de dernière minute pour montrer que l’on a mûri et que l’on peut faire des titres plus longs.

Au final, You Are We, le dernier album de While She Sleeps, est plutôt efficace et va permettre au groupe d’élargir son public. Si certains y voit là comme une trahison et un affaiblissement de l’énergie (allant même jusqu’à prévoir des prestations scéniques amoindries), d’autres seront ravis de découvrir un groupe nerveux, puissant, mais aussi technique et touchant, avec une alternance screamo et chant clair savamment dosée. Bref, un album de bonne qualité qui place le groupe britannique comme l’un des éléments majeurs de la scène metalcore anglaise.

  1. You Are We
  2. Steal the Sun
  3. Feel
  4. Empire of Silence
  5. Wide Awake
  6. Silence Speaks
  7. Settle Down Society
  8. Hurricane
  9. Revolt
  10. Civil Isolation
  11. In Another Now

Note : 15/20

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Par AqME

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