Tagada Jones – La Peste et le Cholera

Avis :

La scène punk française est très peu représentée dans les médias dits de masse, et c’est bien dommage car il existe un microcosme de groupes qui devraient être mis sur le devant de la scène. Si les rompus du genre trouveront leur bonheur dans les magasins spécialisés ou encore en farfouillant sur le net et les salles de concert, on ne peut pas dire que le genre fasse les joies des ondes radiophoniques ou encore des chaines de télé. Et si d’un côté, ce n’est pas plus mal, laissant libre cours à des courants apolitiques ou encore politiquement incorrects, il est dommage que certains groupes ne bénéficient pas d’un peu plus de pub. On pense notamment au groupes Les Shériffs, à nos amis des Dead Rats des Hauts de France ou encore à No One is Innocent même si on s’éloigne grandement du punk pour aller vers un hard rock plus classique. Mais parmi tous ces groupes, il y en a un qui se détache des autres, c’est Tagada Jones. Véritable bête de scènes fondée en 1993, le groupe breton accumule plus de 1800 concerts et pas moins de 24 pays de traverser, ce qui est énorme pour une formation française jouant du punk rock accentué de quelques fulgurances métal.

La Peste et le Cholera est le huitième album du groupe et il fait suite à Dissident, un album très bien accueilli et qui montrait que le groupe avait beaucoup de choses à dire, notamment sur la société et le gouvernement. Qu’en est-il avec cet album ? A peu près la même chose, sauf que le climat tendu qui règne en France avec les élections présidentielles donne une aura particulière à ce skeud, lui octroyant des dons de prévoyance assez flippants.

Le skeud démarre avec Vendredi 13, évoquant les attentats de Paris, qui semble avoir traumatisés le groupe (et pas que eux d’ailleurs), puisqu’un autre titre parle des attentats de manière plus atténuée avec Je Suis Démocratie. Quoiqu’il en soit, ce premier titre donne le ton avec une certaine agressivité dans le chant et la rythmique, offrant un morceau hybride entre hard rock et riffs brutaux à tendance métallique et chœur rythmés donnant un aspect punk à l’ensemble. Le morceau se révèle fédérateur, il donne immédiatement envie de bouger et de lever le poing d’indignation, preuve que l’ensemble fonctionne parfaitement. Mais il y a un autre titre qui montre tout la rage du groupe par rapport à notre société et aux guerres qui sévissent dans notre monde, c’est La Peste et le Cholera dont est tiré le titre de l’album. Véritable rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage avec des riffs métal et des paroles acides sur la Syrie et cette guerre immonde, le groupe offre un morceau d’une rare violence et qui va faire headbanger plus d’un fan, notamment lors des concerts. Parmi les titres les plus violents et qui font que le groupe s’éloigne de son punk virulent, on peut aussi nommer Guns, un long titre, plus technique que les autres morceaux de l’album, mais qui se révèle aussi plus puissant, aussi bien dans les riffs que dans les paroles. Il s’agit là d’un pamphlet contre les armes à feu et tous les politiques qui ne font rien pour empêcher cela à cause d’un lobbying ignoble. Bref, un titre qui propose un message important et que l’on n’aborde pas suffisamment.

Mais le groupe n’oublie pas aussi ses origines purement punk avec des titres qui vont parler de sujets plus proches de nous, à savoir la société française et nos politiques avec leur façon de faire absolument hideuse. Ainsi donc, on peut évoquer le très punk Mort aux Cons, un titre d’une efficacité sans faille qui donne immédiatement envie de danser, avec des paroles parfaites (le rouge vire au bleu marine et je dégueule leur doctrine) qui montrent bien les dérives de notre société et la montée inadmissible du Front National. Avec ce titre, on retrouve les racines du groupe et il offre une partition parfaite et ultra énergique, qui doit être fantastique sur scène. Mais ce n’est pas tout, on sait que Tagada Jones aime à tacler les hypocrites et les gens égoïstes, et avec Narcissique, sous ses allures métal, le groupe crache sur ces personnalités misogynes qui justifie l’inavouable en créant des histoires. Difficile de ne pas y voir une allégorie au FN et à ses grands pontes négationnistes, et encore une fois, c’est avec ce genre de titre que l’on reconnait le groupe, qui n’hésite pas un seul instant à mettre le doigt là où ça fait mal. Enfin, on peut aussi citer Pertes et Fracas, qui évoque notre gouvernement et l’application de certaines lois inégalitaires avec une fougue qui se révèle bien évidemment ultra efficace. Cependant, on notera quelques morceaux un peu en dessous, à cause d’une certaine redondance dans les rythmiques et des paroles un poil moins marquantes, comme Envers et Contre Tous ou encore Le Monde Tourne à l’Envers. Cela n’entache en rien la qualité de l’album, mais on sent que le groupe est un peu moins inspiré sur ces titres là.

Au final, La Peste et le Cholera, le dernier album de Tagada Jones, est encore une fois une belle réussite. Suite directe de Dissident, le groupe continue son petit bonhomme de chemin en invectivant à juste titre les politiques et les grands pontes détenant le pouvoir, faisant souffrir des millions de gens dans l’indifférence générale. Il en résulte donc un album important, qui malheureusement ne bénéficie pas d’une mise en avant suffisante et il ne reste bien que les concerts pour approuver pleinement ce groupe, bourré de talents et d’idéaux que l’on devrait tous mettre en place. Bref, un excellent album.

  1. Vendredi 13
  2. La Peste et le Cholera
  3. Pertes et Fracas
  4. Envers et Contre Tous
  5. Guns
  6. Mort aux Cons
  7. Le Monde Tourne à l’Envers
  8. Narcissique
  9. Enfant des Rues
  10. Pas de Futur
  11. Je Suis Démocratie (Version 2017)
  12. Le Point de Non Retour

Note : 16/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net