décembre 5, 2020

Dominium Mundi – Livre 1 – François Baranger

Auteur : François Baranger

Editeur : Pocket

Genre : Science-Fiction

Résumé :

En 2202, né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant, contraint les populations à vivre selon un mode de vie médiéval, restaurant ainsi le Dominium Mundi. Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers abordent une planète et son peuple, les Atamides, le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent. Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d’hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une Croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?

Avis :

Considérée à tort comme hermétique, la science-fiction reste le genre de tous les possibles. Une porte ouverte sur une infinité de probabilités concernant l’avenir, et ce, qu’il se déroule sur Terre ou dans l’espace, à la conquête de nouveaux mondes. En ce sens, le Space-Opera se révèle le pendant futuriste des plus grandes sagas de fantasy. Si la comparaison peut paraître aux antipodes, elle permet de rapprocher deux piliers de la littérature où l’imagination s’exprime dans toute sa richesse. Aussi, quand on aborde Dominium Mundi, on se prépare à une longue odyssée spatiale qui se décompose en deux tomes pour presque 1 700 pages d’aventures intergalactiques.

Pour ce premier volet, on aurait pu s’attendre à une interminable mise en place de l’univers ainsi créé. L’histoire, les personnages, la technologie, le passé lié à ce futur régressif… Autant de points qu’il convient de présenter afin de crédibiliser ce XXIIIe siècle. En un sens, c’est ce que l’auteur effectue, mais pas d’une manière uniforme où la multitude de détails prend le pas sur la progression de l’intrigue. Chacun de ces éléments arrive à point nommé pour justifier une séquence particulière, comme pour souligner un événement ou mieux l’exposer dans son contexte. Malgré la densité du texte, la fluidité d’écriture sert une évolution narrative particulièrement soignée et pertinente.

Entre les préparatifs pour la croisade intergalactique, le quotidien à bord du Saint Michel, les faits troublants qui s’y déroulent, on se laisse emporter sans heurt au gré de ses couloirs, ses dômes et ses pièces à l’échelle démesurée. Car, si l’intrigue se situe exclusivement au cœur même du vaisseau, les possibilités et le cadre sont si étendus qu’on peut clairement parler d’un microcosme fonctionnant en parfaite autarcie. Toujours est-il que l’immersion (au sens propre, comme au figuré) est immédiate. La structure interne du Saint Michel étant suffisamment vaste et cohérente pour lui donner vie et prendre en considération chaque partie de son activité et de son organisation.

À ce titre, un travail conséquent a été effectué pour extrapoler les technologies du futur. Avec un arsenal et un équipement pour le moins varié, sans oublier les méchas, l’arsenal et l’aspect militaire dont l’importance est prépondérante. Pour autant, on peut également découvrir ce qui a trait aux déplacements intergalactiques avec le dépassement de la vitesse de la lumière ou sur certains éléments qui composent le Saint Michel. Par exemple, la bio-informatique qui, comme son nom l’indique, est une évolution de l’informatique associée à des cellules vivantes. S’il s’agit d’un champ de recherches parfaitement réel, il prend ici toute sa dimension au regard de son potentiel.

Mais ce qui frappe le plus dans Dominium Mundi, c’est sa propension à intriquer le passé et le futur. Le fait de partir en croisade évoque bien entendu celles commises dans le Moyen-Age pour la conquête de la Terre sainte. De fait, cette extrapolation dans le temps s’impose comme un miroir de l’histoire, semblable à un cycle qui se répète inlassablement, non sans une certaine ironie. Cela offre un contraste saisissant avec les progrès matériels et une morale rétrograde où l’église est redevenue toute puissante. L’impression de lire un livre historique à l’envers est particulièrement surprenante. En ce sens, elle ne peut que séduire les amateurs du genre pour se pencher sur le présent ouvrage.

Au final, ce premier tome fait mieux qu’une classique mise en place d’une intrigue qu’on sait déjà conséquente. Le livre I de Dominium Mundi ne s’adresse pas aux seuls inconditionnels de la science-fiction. Son ouverture vers d’autres horizons littéraires, son originalité, sa conception de la conquête spatiale et de l’avenir de l’humanité en font un roman aussi riche que passionnant. Avec sa singulière manière de se jouer du passé pour dépeindre l’aube du XXIIIe siècle, François Baranger fait montre d’une imagination débordante sans pour autant délaisser le contexte ou le réalisme qui composent les meilleures œuvres de science-fiction. Une excellente surprise qui s’adresse autant aux férus de SF qu’aux curieux désireux de découvrir le genre.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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