décembre 5, 2020

Kushiel T.02 – L’Elue – Jacqueline Carey

Auteur : Jacqueline Carey

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantasy

Résumé :

Vendue alors qu’elle n’était qu’une enfant, Phèdre nó Delaunay est devenue la propriété d’un noble qui a su reconnaître la marque rouge ornant son œil – le signe de Kushiel qui lui vaut d’éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance. Un don unique et cruel faisant d’elle la plus convoitée des courtisanes et une espionne exceptionnelle.
Puis, pour sauver sa patrie d’une sombre conspiration, Phèdre dut tout sacrifier, et les poètes chantent aujourd’hui ses exploits. Mais les dieux n’en ont pas fini avec elle.
Si le peuple d’Angelin aime sa jeune reine, d’autres ne pensent qu’à lui ravir la couronne. Et les comploteurs qui sont parvenus à échapper à la colère des puissants ont plus que jamais soif de pouvoir et de vengeance…
Saga pleine de grandeur, de sacrifice, de trahisons et de conspirations machiavéliques, Kushiel dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques assiégés, de seigneurs de guerre barbares… vu par les yeux d’une héroïne comme vous n’en avez jamais rencontré et que vous n’oublierez jamais.

Avis :

Le tome deux se déroule un an environ après le tome un. Phèdre, devenue comtesse de Montrève, titre qui devait être dévolu à son ancien maître Anafiel Delaunay, commence à se lasser de sa vie tranquille et de l’amour indéfectible que lui porte Joscelin, le prêtre guerrier. Sa nature d’anguissette et d’élue de Kushiel, l’ancien punisseur du Dieu unique, ainsi que ses capacités d’espionne se rappellent vite à elle : Melisande, son ennemie et l’ennemie de la couronne est en liberté quelque part. La jeune femme est bien résolue à la trouver, même si elle sait qu’elle entrera dans un jeu qui finira par lui coûter cher.

Le début du roman est quelque peu douloureux : Joscelin souffre abondamment quand Phèdre lui dit vouloir reprendre du service en tant que courtisane et servante de Naamah, la déesse de l’amour. La jeune femme pense, à raison, qu’elle trouvera les informations souhaitées par ce biais et que son rôle d’espionne est loin d’être déterminé. Joscelin ne l’acceptera pas mais restera tout de même à ses côtés, en tant que servant de Cassiel, le Dieu auquel il a prêté serment. « Je sers et protège. Pas plus, pas moins » seront ses mots. Le personnage de Joscelin est très intéressant dans ce tome et exprime de nombreux questionnements ; des problématiques qui nous touchent et nous font réfléchir. Aimer veut-il dire bafouer ses principes et ses serments ? Est-il stupide de s’éloigner de Phèdre alors que celle-ci l’aime ? Le personnage de Phèdre trouble aussi en prenant du plaisir face à cette souffrance interne qu’elle porte à son bien-aimé. Joscelin s’éloigne ainsi inexorablement, allant chercher un soutien et une libération auprès des Yeshuites, une communauté croyant au Dieu unique et dont les préceptes sont bien différents de ceux de la religion d’Elua le Béni. Y trouvera-t-il le moyen de s’absoudre de ses péchés et d’accepter d’être un parjure pour rester auprès de celle qu’il aime ? Peut-on accepter l’autre quand sa nature profonde nous offense ? La fin du roman répond à ces questions et prouvent, une fois n’est pas coutume, que l’amour peut triompher de tout. Même si ce message peut paraître facile ou niais, les situations pour en arriver là ne le sont pas du tout et la relation entre Phèdre et Joscelin est loin des préjugés classiques. A la fois passionnante et romantique, leur histoire trouble, émeut et nous fait réagir.

Reprenant du service (et des clients), Phèdre, aidée de ses compagnons (trois hommes de la section de Phèdre*) et de Joscelin, découvre de nouvelles choses concernant Melisande et ses intrigues. Les pièces d’un grand puzzle commencent enfin à s’assembler. Tous les passages de recherche et d’enquête sont aussi captivants et envoutants, que les scènes sadomasochistes sont excitantes et cruelles. Ces dernières sont toujours bien écrites ; le vocabulaire bien choisi permet au lecteur d’imaginer comme bon lui semble, sans choquer les plus puristes d’entre nous avec des détails crus et qui n’auraient pas leur place ici. Phèdre est ainsi toujours la même, ses passions et plaisirs curieux sont partie intégrantes d’elle-même. Cependant, la jeune femme a du mal à s’accepter. Ces tiraillements renforcent sa personnalité et la rendent attachantes.

Les intrigues s’enchaînent à un rythme effréné, Phèdre se mettant en danger en dévoilant ses positions. La jeune femme continue également ses recherches à propos du destin tragique de son ami Tsingano Hyacinthe, emprisonné à vie avec le Maître du Détroit, la seule présence magique et indéchiffrable du livre. Ces mystères devraient être levés dans le tome suivant.

Ses investigations sur Melisande vont la mener à voyager de nouveau. Ce roman nous fait ainsi découvrir de nouveaux territoires, totalement inexploités dans le tome précédent. La découverte de la Sérénissima, qui rappelle étrangement et indubitablement Venise, est incroyable et fascinante. Le mode de vie est bien différent de celui de Terre d’Ange, d’où sont originaires no héros, et choque. Phèdre sera aussi amenée à découvrir l’Illyrie, l’île de Kriti et d’autres territoires hellènes dont les descriptions paradisiaques vont en faire rêver plus d’un. Les intrigues politiques sont très nombreuses dans ce tome et enflamment notre esprit.

Ce second tome nous permet d’en découvrir plus sur le monde imaginaire de l’auteure et sur les autres religions en jeu dans son univers. Les descriptions des modes de vie, des religions, des pratiques, des croyances des différents territoires donnent une crédibilité à l’histoire et permettent de mieux nous immerger. Les personnages rencontrés par Phèdre lors de ses péripéties sont charismatiques, marquants et la soutiendront dans ses aventures, pour notre plus grand plaisir. Joscelin, comme le Sam du Seigneur des Anneaux, apparaît comme essentiel et comme le héros sans qui rien ne serait possible.

Le rythme de ce roman est bien organisé : les enquêtes, combats, voyages et révélations s’enchaînant comme il faut, ne lassant jamais le lecteur, étonné d’être arrivé aussi rapidement au bout d’un livre de presque un millier de pages. Le suspense est palpable, chapitre après chapitre et laisse un étrange goût d’histoire incomplète tant que l’on n’est pas arrivé à la fin du livre.

Les personnages secondaires sont toujours aussi nombreux mais nous paraissent bien plus familiers. Le monde étant bien installé dans le premier tome, la lecture de la suite n’en est que bien plus aisée, malgré quelques découvertes en cours de route.  L’auteure talentueuse nous fait voyager, rêver, souffrir, rire et nous touche en plein cœur grâce à ses nombreux personnages, ses intrigues ensorcelantes et son écriture bien ficelée.

Note : 19/20

* Groupe militaire créé et formé à la fin du tome un.

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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