La Nuit du Chasseur

Titre Original : The Night of the Hunter

De: Charles Laughton et Robert Mitchum

Avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish, James Gleason

Année: 1956

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller, Drame, Horreur

Résumé :

Un prêcheur inquiétant poursuit dans l’Amérique rurale deux enfants dont le père vient d’être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix mille dollars, dont ils ne doivent révéler l’existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes.

Avis :

Charles Laughton est l’un des acteurs les plus imposants des années trente à soixante. Tournant pour les plus grands, de Cecil B. DeMille à Ernst Lubitsch, de Frank Lloyd à Josef von Sternberg, sans oublier Alfred Hitchcock, Billy Wilder, et même le français Julien Duvivier, Charles Laughton traîne son physique singulier de film en film et c’est un vrai plaisir de le retrouver à chaque fois.

Mais aujourd’hui, on va oublier Charles Laughton acteur pour se concentrer sur le réalisateur, car oui, Charles Laughton a été le réalisateur d’un seul et unique film, et quel putain de film ! Peinture de l’enfance brisée par le choix des adultes, Charles Laughton nous emporte dans un film quasi-hypnotique devant lequel on reste bouche bée. Magnifique, prenant, passionnant et beau à tout instant, « La nuit du chasseur » est un film incontournable, qui mérite amplement son statut de classique du cinéma américain et du cinéma tout court.

Un prêcheur fait la connaissance en cellule d’un condamné à mort qui a volé et laissé à sa famille une forte somme d’argent. À sa sortie, le prêcheur décide de retrouver et de voler cet argent. Les seules personnes à savoir où est cet argent sont les deux enfants de l’homme en question. Ce prêcheur sadique va alors tout faire pour faire craquer les deux gamins.

Il est assez difficile de trouver les mots justes à la sortie de ce film tant l’expérience est resté incroyable, alors que le film a fêté ses soixante ans l’année dernière.

Poétique, onirique et en même temps terriblement réel et réaliste, magique et touchant, violent et angoissant, « La nuit du chasseur« , c’est un peu de tout ça et bien plus encore. Partant sur une idée particulièrement originale, Charles Laughton nous lance dans une véritable fresque sur l’enfance brisée. Le scénario que Laughton a en partie écrit est une histoire incroyablement géniale et nous tient en haleine sur toute la durée de son film. Ce film est une leçon d’écriture qui aborde aussi bien la religion que l’amour, le puritanisme ou encore les conséquences de ses actes et plus largement la grande dépression de vingt-neuf, sans même en parler.

Ce qui est génial avec ce film, c’est qu’on passe d’un sentiment à l’autre avec une fluidité incroyable. Tour à tour, on va être émerveillé, puis la scène suivante va nous oppresser et nous tenir alerte en permanence, car le réalisateur donne le sentiment qu’il peut se passer tout et n’importe quoi à n’importe quel moment. Et le tout nous emporte vers une réflexion sur l’argent, le bonheur et l’enfance brisée par le comportement des adultes. Et même si la fin est magnifique, et même bouleversante, ces enfants n’auraient-ils pas été plus heureux si leur père n’avait rien fait au début ? Une réflexion juste et une interrogation assez incroyable dans le questionnement qu’elle apporte.

« La nuit du chasseur » est un film en permanence puissant, mais alors que tout est de très haut niveau, le réalisateur se permet même de faire plus fort à plusieurs reprises. C’est assez incroyable comme il nous surprend avec une traversée en barque, ou encore avec une vieille dame qui monte la garde, fusil à la main.

Cette surprise vient aussi de la mise en scène qui est une grande leçon de cinéma, car en plus d’être magnifique dans ses images, dans ses plans, « La nuit du chasseur » étonne grandement avec la façon qu’à son réalisateur de jouer avec les ombres et les nuances de noir et de blanc. Magiquement éclairé, Charles Laughton nous offre une des plus belles photographies qu’on ait vues jusqu’à maintenant. Ne cherchez pas, tout est parfait et le tout donne une ambiance unique.

Le chasseur en question, c’est Robert Mitchum qui l’incarne et le comédien qu’on sait grand, est ici impérial. Possédé par son rôle, sa seule vision est oppressante et menaçante. « La nuit du chasseur« , c’est aussi deux gamins très touchants incarnés par les tous jeunes Billy Chapin et Sally Jane Bruce. Bourrés de talent, on saluera toutefois la façon dont le réalisateur les a dirigés et éclairés, tirant le plus beau d’eux.

Puis enfin, il y a Lillian Gish, qui incarne une vieille dame pleine d’amour, pleine de charisme, d’une autorité naturelle et en même temps bourrée de douceur et de bienveillance. Si Mitchum est immense, si les deux gamins sont incroyables, Lillian Gish est un véritable coup de cœur à elle seule.

Chef d’œuvre absolu, film unique qui ne ressemble à rien de connu, « La nuit du chasseur » est bien plus qu’un classique du cinéma américain, c’est un pilier à lui seul. Original, incroyable, aussi oppressant que bouleversant, l’expérience est parfaite de bout en bout. En un seul et unique film, Charles Laughton impose une leçon de cinéma.

Note : 20/20

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Par Cinéted

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