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Kim Kong

D’Après une Idée de : Stephen Cafiero

Avec Jonathan Lambert, Audrey Giacomini, Frédéric Chau, Anthony Pho

Pays : France

Nombre d’Episodes : 3

Genre : Comédie

Résumé :

Alors qu’il tourne en Asie un blockbuster d’action sans âme, Mathieu Stannis, réalisateur aigri et frustré, se fait kidnapper par des agents d’une dictature voisine. Furieux de la nullité du cinéma de son pays, son dirigeant souhaite confier au Français la réalisation d’un nouveau King Kong qui chante les louanges de sa patrie.

Avis :

Depuis les années 2000, les séries télés ont connu une envolée spectaculaire et pas seulement aux Etats-Unis. Avec la mondialisation, nous avons vu arriver des séries de tout horizon et les chaînes de télé se sont mises à les diffuser. Elles se sont même mises à créer leur propre programme et aujourd’hui, on revient sur l’une des chaînes les plus intéressantes, Arte. C’est à Arte que l’on doit des séries comme « Ainsi soient-ils« , « Les invincibles« , « Au-delà des murs« , « Trepalium » et plein d’autres programmes qui ont tous l’air plus recherchés les uns que les autres.

L’année dernière, le festival série Mania nous proposait de découvrir « Au-delà des murs« , petit bijou de fantastique signé Hervé Hadmar. Cette année, le Festival nous propose « Kim Kong« , un ovni audacieux, loufoque et délirant, signé Stephen Cafiero, réalisateur du déjà loufoque « Les dents de la nuit« .

Sur un script délirant, Stephen Cafiero va nous étonner avec une série qui, derrière la comédie et la critique, va s’avérer être une magnifique déclaration d’amour au cinéma et à la création. Et c’est avec beaucoup d’intelligence et d’idées que « Kim Kong » va nous faire passer deux heures et demie géniales.

Mathieu Stanis est un réalisateur de blockbusters qui a perdu la foi en son métier. Allant de films de commande en films de commande, il juge lui-même son cinéma de merdique et dit de son public qu’il a des goûts de merde.

Alors qu’il vient de laisser en plan le tournage de « Kickeur 6 », un gros film d’action qu’il tournait en Chine, Mathieu Stanis est kidnappé et emmené dans un pays voisin. Quand il va se réveiller, il apprend les causes de son enlèvement. Un dictateur, fan absolu de son travail, a décidé qu’il était le meilleur pour réaliser un remake communiste de « King Kong« . Matthieu n’a alors d’autre choix que de réaliser le film s’il ne veut pas être tué et un jour rentré chez lui.

« Kim Kong » c’est, dans les grandes lignes, un réalisateur français qui se fait kidnapper par Kim Jong-il pour réaliser un « King Kong » qui va botter le cul à Trump et chanter l’amour de la patrie et de la république démocratique. Autant le dire d’emblée, « Kim Kong » est un ovni qui ne ressemble à rien de connu dans nos contrées.

Partant sur un scénario totalement ubuesque (qui s’inspire pourtant d’un fait réel), Stephen Cafiero nous entraîne dans une série d’une intelligence remarquable. Une série qui va assurer un certain spectacle sur trois épisodes, qui va étonner par sa qualité de reconstitution, mais aussi par sa générosité dans tous les domaines (mention très spéciale pour le travail incroyable sur les décors du film avec peu de budget, le chef déco a fait des merveilles), car « Kim Kong » va bien plus loin que son délire. C’est une série qui va avoir plusieurs niveaux de lecture et c’est avec plaisir qu’on va la revoir afin de pouvoir s’arrêter et visionner un axe ou un autre.

Le premier axe de vue qui s’offre à nous, c’est bien évidemment la comédie loufoque de la malencontreuse aventure de ce pauvre réalisateur qu’est Matthieu Stanis. « Kim Kong« , pour lui mettre des bâtons dans les roues, va lui offrir beaucoup de situations hilarantes. Obligé de réaliser un film sous la contrainte, doté d’un scénario de merde, écrit pas le commandant lui-même, Matthieu Stanis va devoir composer avec une épique de bras cassés et bien entendu, il va devoir bien composer s’il veut rester en vie. De cet axe-là, « Kim Kong » est généreux et nous amuse tout le temps.

Ensuite, la série développe des axes bien plus dramatiques, et le premier qui saute aux yeux, c’est la vie sous un régime dictatorial. N’hésitant pas à caricaturer pour la comédie, mais aussi pour en sortir les plus gros défauts, Stephen Cafiero a su trouver le ton juste afin de nous amuser, puis d’un coup nous rappeler le drame de la situation et du pays en question. Intelligemment, si tout, absolument tout, rappelle la Corée du Nord, scénariste et réalisateur ont l’intelligence de ne mentionner personne et faire de cette dictature un package de toutes les dictatures.

Puis, ce qui va prendre bien plus de place et étonner encore plus avec cette mini-série, c’est le ton qu’elle va prendre. Et oui, finalement « Kim Kong » parle avec humour et drame de la dictature, mais elle parle surtout avec amour de cinéma à travers ce réalisateur qui se redécouvre. C’est avec un ton nostalgique que Stephen Cafiero et Jonathan Lambert parlent de ce qui fait l’essence même du cinéma, de ce qu’il a oublié aujourd’hui et si « Kim Kong » va nous faire rire et nous catastropher avec la dictature, elle va aussi beaucoup nous toucher par cette envie de revenir à la base du cinéma, loin des fonds verts et des facilités. La créativité, les trucages, la difficulté ou encore l’envie vont être au cœur de « Kim Kong« . Abordant toutes les étapes d’un film, abordant tous ceux qui veulent s’approprier un film, abordant le travail du réalisateur et tous les métiers du cinéma, abordant les références, parlant aussi bien avec amour du cinéma de François Truffaut que celui de Steven Spielberg, Stephen Cafiero nous surprend en permanence et nous offre une série plus intelligente et plus sérieuse qu’elle n’en a l’air. Une série qui va être capable de nous émerveiller, de nous instruire, et aussi de nous prendre en otage d’un coup d’un seul.

C’est Jonathan Lambert qui tient le rôle principal de la série et le comédien, qui est ici à contre-emploi, est vraiment très drôle en ne faisant pas grand-chose finalement. Stoïque et blasé, il va nous faire rire de par son regard et les situations qui se mettent sur son passage. En face de lui, Stephen Cafiero a réuni un casting incroyable d’acteurs français d’origine asiatique qui ont fourni un travail impeccable. Obligé d’apprendre le mandarin pour l’occasion, Frédéric Chau, Audrey Giacomini, Christophe Tek sont tous bluffants et terriblement naturels.

À noter un joli coup de cœur pour Christophe Tek qui incarne le dictateur du pays, qui s’éclate vraiment avec ce rôle, allant dans une caricature juste, jubilatoire et imprévisible.

Arte a encore une fois visé juste et fait confiance aux bonnes personnes. « Kim Kong » est une mini-série géniale qui réussit tout ce qu’elle entreprend. Aussi drôle que tendre, juste et émouvante, on reste bouche bée devant la qualité de l’œuvre. Alors quand cette dernière sera diffusée sur Arte, et que vous avez envie de découvrir quelque chose qui sort de l’ordinaire, qui rend confiance et amour au cinéma français, n’hésitez pas à vous lancer dans cette superbe et excellente série.

Note : 16/20

Par Cinéted

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