Body Count – Bloodlust

Avis :

On dit souvent que le rap et le métal sont deux antagonistes qui n’ont rien en commun. Il a fallu que les années 2000 fassent mentir cet adage avec l’arrivée du Nu-Métal et une toute nouvelle ouverture d’esprit avec des groupes comme Limp Bizkit, ou même Korn, mélangeant allègrement des riffs virulents avec des paroles rappées. Body Count pourrait donc être la synthèse de ce mélange, présentant une formation éclectique, avec notamment Ice-T en chanteur, qui n’hésite pas à ouvrir son clapet et débiter des paroles acides sur une société qui part à vau l’eau. Après deux périodes de dix ans sans album, le groupe était revenu sur le devant de la scène avec Manslaughter en 2014, et la surprise fut de taille. Grand album violent et dense, le groupe montrait son envie de scène et de retour sur le devant de la scène. Reparti sur des rails solides, le groupe propose alors Bloodlust, qui peut faire peur, car il succède à un album de grande qualité. Le groupe est-il dans la même dynamique ? On peut largement dire oui tant cet album est impressionnant dans sa structure et dans toutes les compositions qu’il propose. Bref, Bloodlust risque fort d’être l’un des meilleurs albums de l’année.

Pour cet album, le groupe se focalise énormément sur les violences policières, le racisme et bien entendu les injustices d’une société américaine profondément raciste. Le skeud commence avec Civil War, un titre assez équivoque et qui montre un premier partenariat de qualité, puisque Dave Mustaine, leader de Megadeth, s’invite sur le titre. Très sombre et relativement lourd, le titre annonce la couleur de cet album qui sera sans concession et qui va envoyer du lourd dès le départ. Plus sérieux aussi dans la structure même des titres, Civil War, mais aussi l’incroyable This is Why we Ride, seront des morceaux avec des breaks, avec des solos grandiloquents, montrant alors toute la faculté du groupe à fournir quelque chose de qualité et de profondément ancré dans deux cultures qui ne sont pas si éloignées. D’ailleurs, cette richesse de structure, on la retrouvera aussi dans des titres comme Here I Go Again, un titre d’une lourdeur apocalyptique et qui montre aussi toute la diversité de l’album, puisque on sera très proche d’un hip-hop version Horrorcore avec de gros riffs puissants et un chant très grave rappé. L’ensemble donne une aura particulière au titre qui se veut très différent du reste de l’album. On pourra aussi citer No Lives Matter, un titre virulent sur la différence entre les noirs et les blancs, Ice-T expliquant que pour les américains, visiblement, les noirs ont moins d’importance que les blancs, expliquant les violences policières et qu’aucun d’eux ne va en prison lorsqu’ils font une bavure. Une haine palpable donnant tout son sel au morceau qui est d’une rare violence.

Cette énergie sera tout de même canalisée de la plus belle des façons, avec notamment une grande diversité dans les sonorités. Si on entendra d’abord les accentuations thrash métal avec la présence du leader de Megadeth dans le premier titre, c’est bien le Groove Métal qui prend le dessus avec Walk With Me en présence de Randy Blythe, le chanteur de Lamb of God. Le refrain catchy est puissant, le rythme est effréné, et encore une fois, on ressent toute la couleur du groupe à travers ce titre. Pour autant, les guitares ne partent pas dans tous les sens, il y a une réelle maîtrise technique et la symbiose des deux chanteurs est d’une puissance phénoménale. On peut aussi citer All Love is Lost et la présence de Max Cavalera (Ex Sepultura, Soulfly et Cavalera Conspiracy), qui alourdit un titre déjà bien rentre-dedans, donnant un aspect encore plus virulent et lourd. En entendant toutes ces éloges, on pourrait croire que le groupe a enfin trouvé son équilibre, et cela est d’autant plus vrai lorsqu’il reprend Raining in Blood et Post Mortem, avec une introduction dans laquelle Ice-T explique la naissance du groupe et ses multiples références, allant bien évidemment de Slayer à Black Sabbath. Le morceau, plus honorifique qu’autre chose, reste parfaitement maîtrisé et se révèle un véritable plaisir à retrouver dans un album comme celui-ci. Enfin, on peut citer Black Hoodie, qui clôture cet album et qui reste l’un des titres les plus emblématiques du style du groupe, profitant d’un Nu-Métal entrainant et puissant.

Au final, Bloodlust, le dernier album de Body Count, est une tuerie à bien des égards et se révèle même être l’une des plus grosses surprises de l’année (même si elle est loin d’être terminée). Arrivant à trouver la parfaite symbiose entre le rap et métal, le groupe fournit un skeud d’une grande qualité technique tout en arpentant des thématiques importantes et injustes au sein d’une société qui semble de plus en plus raciste. Profondément ancré dans une actualité qui fait froid dans le dos, Body Count trouve son inspiration et une seconde jeunesse avec ce qui semble être l’un des meilleurs albums de leur discographie.

  1. Civil War feat Dave Mustaine
  2. The Ski Mask Way
  3. This is Why we Ride
  4. All Love is Lost feat Max Cavalera
  5. Raining in Blood/Post Mortem
  6. God, Please Believe Me
  7. Walk With Me… feat Randall Blythe
  8. Here I Go Again
  9. No Lives Matter
  10. Bloodlust
  11. Black Hoodie

Note: 19/20

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Par AqME

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