Kushiel T.01 – La Marque – Jacqueline Carey

Auteur : Jacqueline Carey

Editeur : Bragelonne/Milady

Genre : Fantasy

Résumé :

Phèdre nó Delaunay a été vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant.
Habitant désormais la demeure d’un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l’histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout… les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d’elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes.
Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque. Or, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches, qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple.

Avis :

Kushiel est une trilogie de fantaisie au goût savoureux et particulier. Le premier tome nous plonge directement dans un univers riche à connotations médiévale et gréco-romaine. On y retrouve différentes religions, monothéistes comme polythéistes, dont les histoires et les implantations ne vont pas sans rappeler notre propre monde, mais aussi des références à des évènements ou à des personnalités hellènes.

Le personnage principal se nomme d’ailleurs Phèdre, qui est la fille du roi Minos, dans la mythologie grecque, mais aussi la protagoniste maudite de la pièce éponyme de Racine. Plus tard dans le récit, il est également question de mythologie nordique et d’Odin, père de toutes choses, associée au peuple des Skaldiques dans le roman. L’auteure en profite aussi pour nous faire voyager du côté du peuple des Pictes, célèbres pour leurs invasions successives et le mur construit pour les en empêcher. Les noms des peuples, des pays et des personnages, ne sont pas anodins dans Kushiel et ont, pour la plupart, des racines étymologiques se rapportant à des faits de notre monde.

Le monde de Kushiel nous est ainsi familier tout en ne l’étant pas, mettant en œuvre des uchronies géographiques et historiques diverses et variées. L’auteure prend le temps de nous expliquer son monde imaginaire en détails et cette découverte est tout à la fois passionnante et fascinante. On apprend ainsi le culte polythéiste d’Elua le Béni et de ses compagnons, dont le dieu Kushiel fait partie. Elua et ses huit compagnons sont aussi considérés comme des anges déchus, Elua le Béni étant né du sang du fils du Dieu unique, tué par les Tibériens, un peuple ancien qui n’existe plus depuis des années. Cette interaction entre les différents cultes est intéressante, nous fait réfléchir et comprendre certains des rites et croyances des personnages.

Le monde est divisé en divers pays, tous illustrés sur une carte en début de livre, ce qui nous permet de mieux suivre les divers évènements. Le début du roman liste également les personnages que nous croiserons dans l’histoire et il y en a beaucoup ! Il n’est pas aisé de tous les retenir, même s’ils arrivent au fur et à mesure du récit et qu’ils sont décrits de manière claire. Les titres de noblesse, les grades militaires, les comtés, les vassalités, les maisons, les hiérarchies politiques, les peuples, les lieux, les croyances, les langues, les tribus, les clans, les bastions, les fraternités, les guildes, les cultes, les familles, les batailles, les religions… autant de termes et de noms à retenir que dans un livre d’Histoire. Cette diversité, bien que complexe, donne au monde de Kushiel une vraie valeur ajoutée.

Ce premier tome, étant donné qu’il met en place tout cet univers, demande une concentration de lecture poussée. Une fois que le décor est posé, la lecture est plus simple, apaisante et nous laisse profiter des personnages et des intrigues qui défilent. Les surprises et rebondissements sont nombreux, mêlant péripéties amoureuses et politiques avec succès. Le lecteur ne se lasse jamais, suivant les aventures de Phèdre avec avidité et enchaînant les séances de lecture avec envie, ce qui est plutôt étonnant avec un livre aussi dense, faisant plus de 1000 pages. Malgré un nombre de pages conséquent, la lecture est rapide et fluide.

Le registre linguistique est soutenu, beau et raffiné. La traduction est tout aussi bien réussie que celle appliquée sur la série du Trône de Fer, écrite par George R. R. Martin. Les intrigues politiques sont plutôt complexes et tous les indices et rouages ne s’assemblent pas tout de suite, ce qui laisse une part de mystère et d’incompréhension à certains moments. Tout finit cependant par se démêler, soit par le sang, soit par l’amour.

Ce roman lie les deux à la perfection. Phèdre est une adepte de Naamah, déesse de l’amour et de la sexualité qui coucha avec plusieurs étrangers pour aider Elua dans sa quête et lui fournir tout ce dont il avait besoin, mais aussi une femme de la lignée de Kushiel, le point rouge dans son regard ne trompant pas. Cette spécificité, que Phèdre n’apprécie pas toujours, lui fait aimer la souffrance dans le plaisir, la jouissance par la douleur et les actes sadomasochistes qui vont avec. Son maître, Anafiel Delaunay, un intellectuel et un poète, se sert de sa dévotion à Naamah* et du fait qu’elle soit une anguissette**, pour soutirer des informations à certains puissants du royaume. Les scènes sadomasochistes ne sont jamais décrites comme telles et, même si l’auteure les romance avec force et détails, elles restent raffinées et loin d’être vulgaires. Phèdre est ainsi plongée dans les intrigues politiques du royaume et sa vie en sera changée à jamais.

Les personnages secondaires sont nombreux et nombre d’entre eux sont attachants. On peut citer Alcuin, le second élève de Delaunay, dévoué à Naamah comme Phèdre, Joscelin, un prêtre de la fraternité cassiline, dévoué à Cassiel, un autre compagne d’Elua, Hyacinthe, un jeune garçon Tsingano du peuple voyageur, Cecilie Laveau-Perrin, une courtisane réputée qui va éduquer Phèdre au plaisir masculin ainsi qu’au plaisir féminin, Ysandre de la Courcel, dauphine de Terre d’Ange*** ou encore Mélisande Shahrizai qui enseigna l’art de la manipulation à Delaunay.

Ici, pas de quête : on suit la vie de Phèdre et ses rebondissements. Un peu de magie se glisse dans certains passages même si cela reste plutôt vague. Les thèmes abordés sont quasi tous sujets à débat, que ce soit l’esclavagisme, la politique étrangère ou la souveraineté. L’héroïne est attachante même s’il n’est pas toujours simple de la comprendre entièrement. Le personnage évolue au fil des lignes, grandissant et développant un courage, une intelligence et des tendances suicidaires admirables. Phèdre nous conte ici son histoire, sa vie et nous confie ses craintes, ses angoisses, ses rêves et ses envies. Il est difficile de ne pas l’aimer ou l’admirer pour ses faits, même si certains sont répréhensibles. Sa personnalité fera chavirer le cœur de bien des lecteurs.

Un livre qui « marquera » à coup sûr mais qui n’est pas à mettre dans n’importe quelles mains.

Note : 18/20

* Etre dévoué à Naamah, veut dire vendre son corps pour en soutirer de l’argent. Cet argent, s’il est donné librement et en faveur de Naamah, peut être utilisé pour compléter la marque, un tatouage s’étendant dans tout le dos, qui est le symbole des adeptes. Une marque achevée signifie que l’adepte est libre de choisir ses clients et qu’il ne doit plus obéissance à son maître.

** Terme créé par l’auteure pour désigner une femme qui jouit dans la douleur.

*** Pays où se sont établis Elua et ses compagnons et d’où est originaire Phèdre.

Par Lildrille

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