Wake in Fright

De : Ted Kotcheff

Avec Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay

Année: 1971

Pays: Australie, Etats-Unis

Genre: Drame, Thriller

Résumé :

John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…

Avis :

Ted Kotcheff est le réalisateur du premier « Rambo« , film on ne peut plus culte des années 80. Mais la carrière de Ted Kotcheff ne se résume pas à son film culte. Ted Kotcheff, c’est dix-huit films à son actif, quelques autres films cultes, comme « L’Apprentissage de Duddy Kravitz » ou « Un colt pour une corde« . Et puis enfin, c’est aussi une légende, ou plutôt, un film entouré de légende.

Présenté au festival de Cannes en 1971, ce film, c’est « Wake In Fright« . Un film dont la légende veut qu’il ait été perdu pendant presque quarante ans, avant que les négatifs ne soient retrouvés par hasard du côté de Pittsburgh, dans une caisse avec noté « À détruire ».

Ressorti en 2007, le film de Ted Kotcheff est aujourd’hui considéré comme l’un des fondements du cinéma australien et il faut dire que même si la découverte s’est avérée parfois révoltante, « Wake In Fright« , pour son ambiance cauchemardesque ou encore la déchéance de cet homme vers les confins de l’enfer, vaut amplement le détour.

John Grant est un jeune professeur des écoles. C’est les vacances et l’homme décide de partir en voyage pour Sydney. Ce voyage l’oblige à s’arrêter dans la petite ville de Bundayabba. Une petite ville perdue en plein désert australien. Le soir, John joue à un jeu local et perd tout son argent et ce qui devait être l’escale d’une nuit va alors se transformer en plusieurs jours. Plusieurs jours d’errance, d’alcool, de rencontres et de regard sur le monde qui l’entoure.

« Wake In Fright« , c’est plus une expérience qu’un simple film. C’est une expérience qui va être aussi fascinante qu’elle sera aussi exécrable. C’est une expérience qui résonne comme un voyage au bout de l’enfer.

Avec ce film, Ted Kotcheff ne fait pas les choses à moitié et nous enferme dans un film crasseux. Un film qui respire la sueur, la déshérence, la suffocation et la bêtise humaine.

« Wake In Fright » est le genre de film qui nous envahit et nous marque de par son ambiance presque apocalyptique. Décrivant le parcours d’une dérive, Ted Kotcheff nous propose de suivre un gigantesque bad trip. Un bad trip qui va avoir ses excellents côtés, comme cette Australie désertique à la photographie incroyable. Une Australie qu’on n’a pas l’habitude de voir, très loin des cartes postales. Une Australie menaçante et ennuyante, dans laquelle il va falloir tuer le temps, quitte à en perdre la raison. D’ailleurs, il y a un petit côté touchant qui se dégage du film, tant les personnages sont largués finalement.

Les réflexions que pose le réalisateur sur cette région, ce pays, et sur la souffrance de ses populations sont intéressantes, même si on remarquera que pour accentuer ce ressenti, Ted Kotcheff a dû grossir le trait et la caricature. Mais qu’importe puisqu’elle fonctionne bien.

On appréciera aussi la découverte de certaines coutumes, à travers par exemple d’excellentes scènes de jeux d’argent.

Mais voilà, si le film a d’excellents côtés qui valent à eux seul le coup que l’on s’arrête sur cette rareté sortie de l’oubli, « Wake In Fright » a aussi des côtés rébarbatifs. Des côtés qui seront même étouffants et difficilement supportables. Dans cette longue descente aux enfers, appuyée par des litres et des litres de bière, Ted Kotcheff, dans le désespoir de l’homme pour tromper son ennui, le fait revenir à des instincts primaires, qui sont parfois d’une méchanceté et malheureusement d’une vérité insoutenable. Si l’on passe les moments de beuverie aussi incroyables que parfois pathétiques, « Wake In Fright » deviendra très insupportable quand il se lance dans une trop longue chasse aux kangourous. Bien sûr, le réalisateur y dénonce la connerie humaine et ce que l’homme a de plus con en lui et on ne peut que louer le propos. Mais la scène s’étend dans des longueurs interminables. Difficile à suivre de par sa violence, son réalisme et aussi sa gratuité, cette scène a tendance à bouleverser les ressentis aux travers de ce film. Oui, il faut dénoncer le massacre de ces animaux, car c’est bien un massacre auquel on assiste, mais pour cela, fallait-il vraiment pousser autant dans la longueur ? La question est posée, car personnellement plus que le message de dénonciation, c’est principalement le dégout qui a pris le dessus et le fait d’y revenir plusieurs fois donne surtout la sensation qu’à force de vouloir choquer pour dénoncer, c’est bien plus le choc que le message qui prend plus de place.

« Wake In Fright » est donc une expérience aussi fascinante que folle, unique et parfois exécrable, tant il est difficile de se remettre de cette chasse. Mais dans tous les cas, qu’on aime ou pas, le film vaut amplement le détour, ne serait-ce que pour son ambiance crépusculaire, pour ses acteurs charismatiques ou encore pour cette descente aux enfers sans concession que Ted Kotcheff filme et imagine de manière incroyable.

Note : 13/20

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Par Cinéted

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