janvier 19, 2021

Le Cave se ReBiFFF – Jour 4

Quelques petits allers-retours aujourd’hui, entre les salles, entre les genres, et entre les différentes qualités.

Au programme, j’avais de la comédie coréenne, du post-apo religieux brésilien (que j’ai finalement laissé de côté, la suite plus loin), du biopic espagnol et Du Welz américain.

On commence avec Luck-Key à 14h dans une salle plutôt calme niveau vanne, mais très réceptive niveau éclats de rire. Il faut dire que le film rappelle, s’il était encore nécessaire, que les coréens ne sont pas seulement très doués niveau thriller glauque, ils touchent aussi leur bille niveau comédie (là, comme ça, tout de suite, je me souviens de l’incroyable et touchant Hello Ghost en 2010).

Ici, ils mélangent deux schémas assez classique, l’amnésique dont le passé pointe à la surface (façon Jason Bourne ou Au Revoir à jamais) et le petit malin qui prend la place d’un autre sans se rendre compte des conséquences, et les met face à face pour une succession de quiproquos, catastrophes et coups de théâtre absolument hilarante. Le tout doublé d’une intrigue policière plutôt intelligente et du sens de la mandale propre au Pays du Matin calme, qui réapparait même dans les comédies les plus légères.

Avec cette histoire de tueur amnésique qui croit être un acteur au rabais et du dit looser qui prend sa place, il y a de quoi faire et on ne s’ennuie jamais tant les péripéties s’avèrent originales (avec en sus un égratignage en règle du monde du spectacle). Et si l’on retrouve la sensibilité asiatique (jusque dans un côté émotionnel présent et réussi), beaucoup d’élément, notamment la musique pimpante, rappelle l’âge d’or de la comédie européenne.

Même cette vieille trogne de Hae-Jin Yoo habitué aux rôles de vilains et de durs à cuire (la trilogie Public Enemy, The Unjust, Veteran), trouve là un rôle à contre-emploi qui lui permet de plonger dans la comédie la plus pure (il faut le voir essayer en vain de sourire sans passer pour un psychopathe).

Bref, une preuve de plus de la grande polyvalence du cinéma coréen.

Ensuite, j’aurai dû me diriger à nouveau vers la salle 2 pour voir Holy Biker, sorte de Mad Max brésilien où les curés roulent à moto et distribuent les baffes plus facilement que les hosties, mais j’ai préféré retourner en salle presse pour découvrir le nouveau méfait d’Alex de la Iglesia, un an après avoir été atomisé par la qualité de son Mi Gran Noche.

El Bar, dans lequel il retrouve la plupart de ses comédiens habituels, Mario Casas (qui après avoir joué le PDG beau gosse dans Contratiempo arbore ici un look de hipster du plus bel effet), Blanca Suarez, Carmen Machi, Jaime Ordonez, Terele Pavez (mais curieusement pas sa femme Carolina Bang), voit une galerie de personnages bigarrés se retrouver coincés dans un bar en plein centre de Madrid quand la police semble tirer sur quiconque essaie d’en sortir. Pensant tout d’abord à la présence d’un terroriste parmi eux, ils vont vite devoir se rendre à l’évidence après la découverte d’un corps dans les toilettes : Ils ont été mis en quarantaine pour éviter une contamination par Ebola.

Un postulat qui fait penser à un huis-clos ricain classique où la paranoïa pousse les véritables caractères à refaire surface et… c’est exactement ce à quoi on a droit. Iglesia revient en toute petite forme avec un film appliqué dans sa réalisation mais vraiment mineur dans la filmo du bonhomme. Si on retrouve la mesquinerie propre aux personnages de l’espagnol, et un vrai sens de la réalisation, le tout manque cruellement de mordant, d’originalité, et à un ou deux passages absurdes près, on peine à déceler l’humour très noir et la folie qui caractérise habituellement ses films.

Encore qu’il ait parfaitement le droit de vouloir faire un huis-clos paranoïaque sérieux, mais là encore le métrage ressemble trop à un thriller « classique » pour vraiment accrocher le spectateur.

Rien de rédhibitoire, les acteurs sont bons, on ne s’ennuie pas vraiment, mais on espérait beaucoup plus du réalisateur du Jour de la Bête.

Ensuite direction la salle 1 pour un gros morceau, le nouveau film d’Alberto Rodriguez, réalisateur de l’impressionnant La Isla Minima qui avait cartonné il y a deux ans. Cette année, il revient avec Smoke & Mirrors (titre international étrange d’un plus sympathique El Hombre de las Mil Caras, qui sortira d’ailleurs mercredi en France sous le titre l’Homme aux mille visages), biopic touffu et complexe de Francesco « Paco » Paesa, escroc notoire qui dans les années 90 berna l’Espagne tout entière lors de l’affaire Luis Roldan, directeur de la Garde Civile espagnole accusé de corruption qui fuit l’Espagne et resta en cavale presque un an. Le tout orchestré par un Paco Paesa habitué du mensonge et de la manipulation pour arriver à ses fins.

Décrit comme un Arrête-moi si tu peux à la sauce andalouse, L’Homme au mille visages, avec son escroquerie généralisée qui fait gagner le filou face au gouvernement, fait plutôt penser au American Bluff de David O’Russel. On ne retrouve pas vraiment la légèreté, la fluidité, et le côté ludique du Spielberg, et même si le propos général peut prêter à sourire, l’heure n’est pas vraiment à la plaisanterie.

L’histoire est tellement dense, sans que rien ne soit fait pour prendre un peu le spectateur par la main, que pendant un long moment on ne comprend rien. Mais rien. On suit les situations, on essaie de s’intéresser aux personnages, mais on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe ni pourquoi (peu aidé, il est vrai, par un début de séance difficile avec des spectateurs qui arrivent jusqu’à 30 minutes après le début du film et cherche une place sans essayer de se faire discret, un calvaire). Surtout que le film fait des allers-retours constants entre les quatre coins de l’Europe, voire du globe, de Madrid à Paris en passant par l’Allemagne, Genève, Singapour ou encore Bangkok. Certainement qu’il sera plus facile de rentrer dans le film pour ceux qui connaissent déjà l’histoire de l’Espagne et le scandale Roldan en particulier.

Pourtant, peu à peu, et malgré un scénario qui consiste surtout à des types discutant dans des bureaux, on s’attache à ce gigantesque jeu du chat et de la souris, où le protagoniste principal semble toujours sur la sellette et s’avère finalement avoir toujours une longueur d’avance. Une fois le film terminé, on se rend compte de la densité de l’histoire et de l’improbable manipulation généralisée de laquelle on vient d’être témoin, mais il faut quand même s’accrocher pendant plus de deux heures à un film pas forcément facile d’accès.

Et enfin, à 20h30, dans une salle pleine à craquer de belges joyeux, résonnent les cris enthousiasmés d’une foule prête à accueillir l’enfant prodigue. FA-BRICE, FA-BRICE, entend-on (bon ok j’exagère, mais à peine).

Hé oui, c’est enfin la projection de Message from the King, première incursion de Fabrice du Welz en territoire yankee.

Bien.

Un chose est sûr avec ce film, on peut enfin décrire avec précision les clauses des contrats hollywoodiens quand un européen décide de traverser l’Atlantique.

« Il sera demandé au réalisateur sous contrat de s’enthousiasmer pour le scénario le plus inepte possible, au mieux digne d’un Hollywood Night des années 90, et celui-ci devra impérativement oublier toute notion de cinématographie au profit d’une shakycam dégueulasse pour toute scène d’action, tout en rappelant son propre style au détour d’une scène, si possible artificielle et sans intérêt. »

Très heureux à l’idée de nous faire découvrir son bébé, Du Welz l’a décrit comme un vigilante « forcément politique à cause de la couleur de peau du protagoniste » qui allait chercher du côté du Hardcore de Paul Schrader.

Un peu dommage donc, qu’il soit impossible d’y déceler une seule once de vigilante ou de velléités politiques. Ou même d’un quelconque intérêt dans le parcours de Jacob King, venu tout droit de Cap Town pour L.A dans le but de retrouver et/ou venger sa sœur.

Pourtant le premier quart d’heure fait illusion, grâce à une paire de scènes tout en tension retenue et la présence plutôt charismatique de Chadwick « Black Panther » Bosman. Et puis vient la première scène d’action illisible et brouillonne, et l’on comprend très vite que le film ne décollera jamais.

Et effectivement, plutôt qu’un vigilante hardcore ou au moins une histoire qui prend aux tripes, Fabrice du Welz semble préférer filmer son héros faire tout le contraire que taper les méchants. Jacob prend son petit dej, Jacob se lave les mains, Jacob va chez le dentiste, Jacob discute avec une prostituée (personnage le plus fade et inutile du film et certainement de la carrière de la pauvre Teresa Palmer). Vivement Jacob à la plage et Jacob passe son bac.

De scènes d’action il n’y aura guère, si ce n’est un premier échauffement bordélique mais qui laissait espérer une suite plus couillue, et un climax encore plus confus qui sonne comme un pétard mouillé. Jusqu’à un petit coup de théâtre final qui, malgré la relative noirceur de l’épilogue, n’apporte strictement rien au film.

Vraiment dommage de voir Du Welz tomber dans les écarts d’un frenchie lambda à Hollywood, d’autant qu’il avait su s’entourer d’une galerie de trognes assez phénoménales, dont Dale Dickey de Comancheria et Blood Father (qui est au final bien plus réussi que Message from the King, et ça fait mal de l’avouer), Wade Williams le maton de Prison Break, mais aussi Luke Evans, Alfred Molina, et même une apparition de Tom Felton qu’on voit rarement sur les écrans depuis la fin d’Harry Potter.

Bref une sacrée occasion manquée qui chagrine et énerve, tant le film aura disparu des mémoires certainement aussi facilement que son maudit Colt 45.

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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