octobre 27, 2020

Génération Perdue

Titre Original : The Lost Boys

De : Joel Schumacher

Avec Kiefer Sutherland, Jason Patric, Corey Feldman, Corey Haim

Année : 1987

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur, Comédie

Résumé :

L’un des plus célèbres mythes du cinéma fantastique, celui du vampirisme dans une adaptation résolument moderne où nos jeunes loups aux dents longues sont rockers, motards et chefs de bande, le tout situé dans le décor d’une petite station balnéaire de Californie.

Avis :

Le vampire est une créature fantastique qui a toujours les faveurs des cinéphiles et des cinéastes, et cela depuis les prémices du septième art. Si on a tendance à dire que Nosferatu de Murnau est le premier film de vampire, il ne faut pas oublier les courts-métrages de Georges Méliès. S’appuyant sur la littérature gothique et notamment sur l’ouvrage Dracula de Bram Stoker, le vampire a toujours eu le vent en poupe, que ce soit dans les films de la Hammer ou durant l’âge d’or du cinéma d’horreur espagnol ou italien. Et si certains films jalonnent l’évolution du vampire au cinéma, il est très difficile de se réapproprier ce mythe et d’en faire quelque chose de nouveau. En effet, c’est soit trop aseptisé, soit trop classique pour pleinement convaincre, d’autant plus ces dernières années avec le phénomène Twilight qui a fait plus de mal que de bien. Mais il existe des cinéastes qui prennent des risques et qui tentent parfois de proposer autre chose, comme Joel Schumacher.

Avant de se faire descendre en flèche avec ses deux adaptations de Batman (et son armure en bat-tétons), le réalisateur a pondu quelques œuvres mémorables et c’est avec Génération Perdue qu’il va asseoir une certaine stature. Film de vampires teinté de comédie et d’un portrait désenchanté d’une jeunesse qui n’a plus de repères, The Lost Boys en VO se veut une alternative aux Goonies, et il n’est pas étonnant de voir un certain Richard Donner à la production. Seulement, après trente ans d’existence, le film est-il toujours aussi intéressant ? La mise en scène n’a-t-elle pas pris un coup ? Le mythe du vampire est-il toujours aussi innovant dans ce métrage ?

On pourrait répondre oui à la plupart des questions. Cependant, Génération Perdue comporte quelques scories presque inhérentes au cinéma de Joel Schumacher. Et ces défauts concernent principalement la mise en scène. Sans avoir pris un énorme coup de plomb dans l’aile, le film souffre parfois d’une mise en scène hasardeuse et parfois répétitive. Les plans aériens, par exemple, sont redondants et peuvent être vus comme des échecs car ils n’installent pas forcément une ambiance angoissante et occultent pleinement la surprise du vampire volant. Filmées à la première personne, ces séquences paraîtront désuètes et n’ajouteront pas une plus-value au métrage, ce qui est dommageable. On peut aussi regretter des moments bordéliques, surtout dans les moments qui se veulent gores. Lors de la seule attaque de masse, la réalisation devient clipesque, avec des coupures dans tous les sens et l’action en devient presque illisible.

Fort heureusement, cela n’entache pas la qualité globale du métrage. En effet, Génération Perdue se rattrape grandement sur son scénario qui revisite allègrement le mythe du vampire, l’incluant dans une période récente et moderne et abandonnant le côté gothique pour arpenter un chemin plus punk et libertaire. Ainsi donc, les vampires sont des adolescents en manque de repères qui vivent près de l’océan afin de profiter pleinement d’une vie nocturne bien remplie. Très intelligent dans son propos, le film de Schumacher met en scène une population sur le déclin moralement et qui ne pense qu’à s’amuser ou à vivoter de petits boulots. Si la mère semble être le seul personnage à peu près normal (avec son fils cadet), c’est pour mieux appuyer la dérive des personnages secondaires, et notamment la décadence d’une jeunesse qui n’a plus de repères. Le film prend son temps pour présenter tout ce petit monde et notamment la fraternité forte qui unit les deux « héros » du métrage. D’ailleurs, les vampires mettront très longtemps avant de montrer leur véritable nature, de telle sorte que l’on doute de leur véritable identité. Cette attente permet encore une fois d’appuyer tous les personnages et de donner de l’épaisseur à chacun d’entre eux.

Mais le film ne s’arrête pas seulement à un drame fantastique adolescent, puisqu’il fait aussi dans l’humour. Un humour qui n’est pas sans rappeler les Goonies de Richard Donner et qui sera encore plus appuyé par la présence hilarante de Corey Feldman. Le film prend des allures de comédie grâce à la présence des enfants qui vont combattre les vampires afin de sauver le grand-frère de la famille qui est tombé dans le piège à cause d’une jolie fille. Apprenant à les combattre en lisant des comics, le film va alors soulever toutes les méthodes pour combattre les créatures de la nuit, montrant ainsi ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ces séquences, très enfantines, très badines, apporteront un vent de fraîcheur dans un film qui parfois tombe dans des choses très sombres. Ainsi, Joel Schumacher trouve un équilibre fragile entre l’humour des enfants et la gravité du monde des adultes. Ce qui n’empêchera pas le film de proposer par la suite des passages assez gores, comme notamment la scène de la baignoire où un vampire va fondre à cause de l’eau bénite. Un équilibre intéressant qui donne toute la force à ce film, qui demeure à ce jour l’un des films vampiriques les plus intéressants avec d’autres perles.

Au final, Génération Perdue est un film à part en ce qui concerne le film de vampires. A mi-chemin entre le drame fantastique, le film d’horreur et la comédie enfantine, le métrage de Joel Schumacher possède une aura particulière qui fonctionne toujours aujourd’hui. Le cinéaste trouve un juste équilibre qui permet au film de traverser les années sans trop d’encombres et qui plus est, l’univers de Santa Clara n’est pas démodé, bien au contraire, et même la coupe mulet de Kiefer Sutherland passe. Il s’agit donc d’un film intemporel, qui possède quelques défauts, mais qui reste une valeur sûre du film de vampires, prenant beaucoup de mythes à contre-courant. Et surprendre dans le bon sens avec les vampires, c’est déjà beaucoup.

Note : 15/20

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Par AqME

 

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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