octobre 24, 2020

Ghost in the Shell – Et l’Humanité Vaincra

De : Rupert Sanders

Avec Scarlett Johansson, Pilou Asbaek, Takeshi Kitano, Juliette Binoche

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

Avis :

On pourrait croire que ces dernières années, les scénaristes américains sont en perte d’idées et vont piocher dans les chefs d’œuvre étrangers pour trouver des ressources inespérées. Ainsi donc, c’est Ghost in the Shell qui vient de subir les refontes américaines pour satisfaire un public en mal de science-fiction et d’idées novatrices. Chef d’œuvre intemporel de Mamoru Oshii issu lui-même du manga de Masamune Shirow, le projet Ghost in the Shell en version live avait de quoi faire peur tant par son sujet très difficile d’accès que par sa forme, car l’univers cyberpunk était très marqué et relativement rare au cinéma. Cependant, quand on regarde l’animé, on se dit qu’il est presque logique d’en faire une version live, tant le film de 1995 possède des plans iconiques et qui se projettent parfaitement à une version avec de vrais acteurs. Mais on n’est jamais à l’abri d’une déception et américaniser un film japonais est un gros risque, car les codes sont complètement différents.

Si le projet de faire ce film remonte à 2008 lorsque Dreamworks rachète les droits, il faudra attendre près de dix ans pour que tout cela se concrétise, avec le choix du réalisateur Rupert Sanders. Initialement prévu dans une version spéciale à la 300 ou à la Sin City, c’est finalement une version assez proche de l’animé qui va voir le jour, le scénario piochant dans le premier film ainsi que dans Innocence, datant de 2004. Et concrètement, qu’est-ce qu’il en sort de ce film ? Car il semble difficile, voire impossible, de brasser les enjeux énormes de l’animé dans un film destiné à un plus large public.

Le résultat est assez étonnant et si le film abaisse ses enjeux et donne dans une psychologie plus accessible et avec les codes occidentaux, il reste tout de même intéressant et bien plus intelligent que la moyenne des blockbusters actuels. Ce qui faisait la force de l’animé, c’était sa vision pessimiste de l’humanité et cette quête impossible d’une cyborg voulant trouver une part d’humanisme dans son Ghost, c’est-à-dire son âme. Naviguant constamment entre onirisme et cynisme concernant l’être humain, le film de Mamoru Oshii était important, intelligent, mais aussi relativement complexe dans sa forme, arpentant le chemin sinueux du contemplatif et du dialogue métaphysique pour accentuer son message humaniste. Dans le film, tout cela est présent, mais amoindri. Non pas que la portée soit moins puissante, mais déjà, les enjeux sont revus à la baisse. On se retrouve donc face à une intrigue simple, qui répond à tous les codes des films d’enquête, à savoir un ennemi qui va dévoiler une face cachée puis un autre ennemi bien plus dangereux. Là où le manga laissait une fin ouverte avec une intrigue qui s’effaçait pour laisser éclater son propos, le film fait l’inverse, mettant au sein de l’intrigue les questionnement humains d’une cyborg, aboutissant à la résolution d’une histoire assez classique. Les intellectuels rageront, mais finalement, ce n’est si mal fait.

On peut difficile se plaindre d’un film qui rend les choses plus accessibles, ne trahissant quasiment jamais le substrat de base du manga, et respectant les codes de celui-ci. Sauf que Rupert Sanders va en profiter pour aborder autre chose, la nécessité de l’humanité. Le cynisme laisse alors place à l’espoir, à la nécessité de l’humanité, car elle permet d’avoir des émotions, des sentiments, de ressentir, ce qu’un robot ne peut faire. Ainsi donc, le ghost reste cette part importante qui fait la force des cyborgs, leur permettant d’appréhender le monde de façon plus sensible. Un message universel donc, empreint de d’espoir dans une société qui dépend de plus en plus de la robotique et de la communication. Le respect ira jusqu’à certaines séquences, dont la fin avec le tank-araignée ou encore les moments où le Major saute dans le vide avec son camouflage, montrant ainsi que certains codes du cinéma asiatique peuvent être adaptés dans le cinéma occidental.

Le seul petit hic avec ce film provient de sa réalisation et de son côté un peu trop cheap. Tout d’abord, la mise en scène de Rupert Sanders semble être un poil trop mécanique. En effet, il n’y a pas de plans vraiment marquants et les seuls qui sont intéressants sont les copier-coller de l’animé, à l’instar du saut dans le vide ou encore du combat contre l’homme dans l’eau. Les séquences oniriques marchent moins bien que dans l’animé et il y a un réel manque d’émotion, même dans la relation un peu plus élaborée entre Batou et le Major. Cette émotion, cette empathie, ne vient pas car la réalisation est relativement froide et clinique, ne proposant pas grand-chose de novateur et sombrant carrément dans le gris et le noir sur la fin. Et si le film est lumineux en son centre, il n’en demeure pas moins que l’univers cyberpunk présenté fait assez faux et cheap, voire même pas crédible pour un sou. On est bien loin de Blade Runner de Ridley Scott. Fort heureusement, les acteurs sont assez impliqués dans leur rôle, avec une Scarlett Johansson mécanique et froide au possible, un Pilou Asbaek drôle et attachant ou encore un Takeshi Kitano égal à lui-même, étant le personnage le plus humain du métrage.

Au final, Ghost in the Shell est plutôt une bonne surprise. Si certains y verront une aberration en le comparant au manga de base, rejetant la faute à un whitewashing inutile ou encore à des enjeux revus à la baisse, le film de Rupert Sanders a le mérite de ne pas prendre le spectateur pour un imbécile et de contenter les fans en proposant une alternative plus simple, mais en reprenant certains atouts de l’animé. Bref, un film imparfait (réalisation simpliste et pas marquante, manque d’émotion) mais qui fait son office, divertissant le public et offrant un peu de grain à moudre sur l’humanité et cette nécessité de rester humain malgré tout.

Note : 13/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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