octobre 18, 2021

Let Us Prey

De : Brian O’Malley

Avec Liam Cunningham, Pollyanna McIntosh, Bryan Larkin, Hanna Stanbridge

Année: 2014

Pays: Irlande, Angleterre

Genre: Horreur

Résumé:

Rachel, une agent de police récemment transférée dans un village de campagne, arrête le seul criminel du coin lors de sa première tournée de nuit. Si elle l’arrête facilement, elle ne tarde pas à découvrir que sa présence au commissariat fait remonter à la surface le passé trouble de la petite communauté. Et ces réminiscences prennent des formes diverses : massacre d’une famille entière, crime homophobe…

Avis :

Le cinéma irlandais est un peu à part dans le sillon du septième art conventionnel. Plus cru, plus vif, l’Irlande possède des réalisateurs qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère quand il faut parler de la misère ou de la rudesse de leur pays. Et visiblement, ce cinéma si rude commence à se faire un petite spécialité dans l’horreur, tout en y mettant des thématiques dramatiques afin de bien montrer toutes les dérives d’une société qui ne semble pas aller mieux qu’ailleurs. En 2012, Ciaran Foy avait percuté pas mal de monde avec Citadel, mettant en scène un père agoraphobe qui doit se faire violence pour sauver sa fille des mains de drogués dans des cités HLM. Pointant du doigt la misère social de son pays, le réalisateur s’est rapidement vu affublé d’un projet plus gros avec le décevant Sinister 2. Pour Brian O’Malley, il se pourrait bien qu’il lui arrive la même chose.

Let Us Prey est son premier film, et comme pour son homologue, il décide de faire un film d’horreur glacial, mettant en avant tous les malheurs que peut cacher la société et l’âme humaine. Petit film d’horreur indépendant sorti directement en DTV chez nous, Let Us Prey a tous les atouts pour devenir un film percutant et violent. Sauf que ce ne sera pas forcément le cas, et si le film s’avère sympathique, il est aussi décevant par bien des aspects.

Le début du film met en scène un homme se relevant dans une grève, au bord de l’océan, entouré de corbeaux. Cet homme va se faire renverser par un jeune homme à moitié ivre et une jeune policière qui fête son premier jour va se faire une joie d’arrêter le délinquant. Sauf que cette nuit ne va pas être comme toutes les autres. En effet, la victime se présente alors au commissariat et des éléments troublants vont commencer à faire irruption dans les cerveaux de chacun. Let Us Prey va alors prendre des tournants de film d’épouvante où tout un chacun va être en proie à ses démons. Si ce début peut s’avérer intéressant car il joue sur les psychologies de chacun, on ne peut s’empêcher d’y voir une surenchère dans la folie de chacun. On aura donc un homme qui bat sa femme, un jeune inconscient niant ses responsabilités, un couple de flics pratiquant l’autojustice ou encore le gros taré qui viole et frappe des gosses. Toutes ces thématiques sont regroupées dans un espace un peu trop confiné pour que l’on y croit vraiment et la montée en tension ne fonctionnera qu’à moitié.

On peut cependant saluer la mise en scène élégante de Brian O’Malley, qui soigne surtout son ambiance, dans l’espoir de faire naître un certain malaise. Si les passages dans le commissariat sont relativement lénifiants à cause de leur immobilisme et d’une noirceur qui dessert presque le film, il trouve son juste équilibre dans des fulgurances violentes, notamment lorsque l’un des protagonistes fracasse un jeune garçon à coups de poing. On ressent vraiment la folie de ce personnage et on entrevoit toutes les possibilités de ce metteur en scène. D’ailleurs, pour un premier film, il y a vraiment de bons moments, comme ce début grandiloquent, avec une bande originale très lugubre et qui correspond bien à l’ambiance voulue dans ce métrage. On ne pourra cependant pas éviter la lourdeur du message social, comme quoi les villages irlandais sont délaissés et souffrent d’un désert de population. C’est un poil cliché et cela équivaut à dire que l’ennui rend fou, ce qui n’est pas tellement vrai.

Fort heureusement, le film se rattrape sur sa fin qui est complètement folle et délirante, délaissant l’aspect épouvante pour clairement partir vers le gore et l’action. Si certains pourront y voir un côté trop « WTF », avec cet homme qui pète un câble et prend d’assaut l’enceinte policière pour tout faire exploser au nom de la religion, il faut aussi y voir une façon de dénigrer la religion, non pas dans sa façon de croire, mais plutôt dans sa façon d’interpréter des textes. Ainsi donc, Brian O’Malley s’octroie le droit de faire une partition nerveuse et explosive où le gore coulera à flots et où personne ne sera épargné. Alors certes, comme pour tout le reste, ça reste de la surenchère, mais l’ensemble est maîtrisé et a le mérite d’être bien plus violent que le début qui traine un peu en longueur. Un début sauvé tout de même par la prestation monolithique de Liam Cunningham, parfait en ange de la mort.

Au final, Let Us Prey n’est pas un mauvais, mais il possède toutes les scories d’un premier film. Voulant à chaque fois jouer la carte de la surenchère pour faire passer ses messages, Brian O’Malley en fait trop dans chaque partie de son métrage. Si le début peut paraître plaisant, il demeure trop immobile et trop chargé pour pleinement convaincre, et le deuxième segment, avec l’attaque du commissariat, est plus nerveux, plus gore, mais là-aussi, on est dans quelque chose de trop gros pour vraiment y croire. Bref, un film qui a des défauts, mais qui essaye, et rien que pour cela, il vaut le mérite que l’on s’y arrête.

Note : 12/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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