Halloween III – Le Sang du Sorcier

Titre Original : Halloween III – Season of the Witch

De: Tommy Lee Wallace

Avec Tom Atkins, Stacey Nelkin, Ralph Strait, Dan O’Herlihy

Année: 1982

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un fabricant de masques d’Halloween met au point un plan démoniaque pour tuer des millions d’enfants avec ses masques…

Avis :

Quand on évoque la saga Halloween, on pense immédiatement à Michael Myers et son masque blafard de William Shatner. Et avec la pléthore de films que contient la saga avec pas moins de huit films et deux remakes, on a pu voir une déliquescence progressive du slasher avec des épisodes qui vont de mal en pis, jusqu’au renouveau de Rob Zombie. Vilain canard parmi la franchise, Halloween III fait figure de tâche dans cette licence car c’est le seul film où il n’y a pas Michael Myers à l’intérieur. Hérésie pour les puristes, le film n’est pourtant pas si mal et trouve son explication chez John Carpenter. En effet, ce dernier ne veut déjà pas réaliser de suite, mais il restera tout de même producteur afin de garder un œil sur le projet et que les studios ne fassent pas n’importe quoi avec son produit. Dès lors, il décide de transformer sa saga pour en faire une anthologie de l’horreur, enlevant dès lors Michael Myers. Sauf que ce troisième épisode va faire un flop monumental et que les producteurs auront tôt fait de remettre le boogeyman dans la saga. Mais dans les faits, Halloween III est plutôt un bon film qui a des défauts, mais qui s’avère réussi sur son fond.

Une semaine avant la fête de Halloween, un homme blessé et pris de folie est interné dans un hôpital. Malheureusement, dans la nuit, il se fait tuer par un homme mystérieux qui s’immole immédiatement dans sa voiture. Etonné par ce meurtre et la force du suicidé, le médecin de l’établissement décide de mener son enquête avec la fille du défunt. Cette enquête les amènera dans une petite bourgade régit par une usine qui fabrique des masques pour Halloween. Et derrière cette usine se cache un patron qui souhaite réhabiliter Halloween pour de bon, s’en prenant aux enfants. On se rend donc très vite compte qu’il n’est pas du tout question de Michael Myers et la licence prend un tournant totalement différent. Délaissant le slasher le temps d’un épisode, Halloween III va se diriger vers le film d’horreur fantastique avec quelques fulgurances gores étonnantes.

Pourtant, le film ne commence pas sous les meilleurs auspices. Montrant un homme chassé par des types patibulaires et inexpressifs, on aura droit à quelques morts ringardes et un montage cut qui fait une énorme ellipse temporelle. Cependant, le passage dans l’hôpital va réhabiliter l’ensemble, faisant un clin d’œil au deuxième volet de la saga, mais amenant un mystère étrange et relativement glaçant. En effet, le spectateur se retrouve devant deux morts spectaculaires, dont l’une est d’une violence inouïe, montrant que Tommy Lee Wallace ne va pas y aller avec le dos de la cuillère. Ce début assez ambivalent va permettre aussi de mettre en place un héros classique à travers duquel n’importe qui peut se projeter. Médecin sympathique mais père de famille absent, il a tous les traits de l’homme lambda avec ses problèmes de famille. Il va alors faire équipe avec une jeune femme qui veut comprendre la mort de son père. Ce couple forme un duo assez solide, malgré des passages parfois embarrassants, comme cette séquence d’amour qui tombe comme un cheveu sur la soupe qui ne semble être là que pour remplir un cahier des charges codifié pour le film d’horreur.

Dans sa forme, Halloween III peut paraître assez décevant car il ne recèle aucun véritable moment fort. Tommy Lee Wallace, qui à l’époque n’en était qu’à son deuxième film, n’ose pas vraiment s’aventurer dans un cinéma expérimental et ne propose rien de vraiment novateur, ce qui empêche aussi une certaine montée de la tension lors du dernier quart, quand le héros se cache pour piéger le grand méchant. Une réalisation assez terne donc, mais qui contient quelques fulgurances intéressantes, notamment dans les moments gores. Etonnement, le film ne fait pas dans la dentelle et même si parfois, ce sont des robots qui sont tués, il y a toujours un moment un peu crade, à l’image de ce sang jaune qui s’échappe des machines. Mais le film n’oublie pas de satisfaire nos plus bas instincts en proposant des décapitations ou encore des rayons lasers qui arracheront littéralement la bouche d’une victime. Ces passages montrent une réelle envie de faire un film d’horreur honnête et plus jusqu’au boutiste, mais si l’ensemble reste assez sage. Malgré tout, le film a le culot de buter des gosses, notamment un au travers d’une scène ignoble et relativement bien faite.

Le plus gros défaut du film, c’est sa forme, mais aussi son fond ésotérique. En fait, il y a deux choses totalement différentes dans ce métrage. En premier lieu, on notera la stupidité du twist qui explique comment un fabricant de jouets ait arrivé à faire des masques démoniaques. S’appuyant sur Stonehenge et sur le folklore celtique, le film part complètement à vau l’eau avec une explication hasardeuse et franchement décevante. Il est vrai que pour l’époque, cette justification rentrait dans les codes du film fantastique, mais on ne peut s’empêcher d’y voir une bêtise crasse autour des mythes celtiques. Mais peut-on réellement en vouloir au film de vouloir réhabiliter cette fête sacrée aux irlandais. Car dans les faits, c’est ce que propose Halloween III en redonnant ses lettres de noblesse à la fête de Samhain, citant ouvertement des références celtiques afin de bien montrer que chercher des bonbons chez les voisins n’est en rien du tout Halloween. Mais le plus important dans ce film, c’est aussi et surtout la critique du média de masse. Tout au long du métrage, on entendra la même musique et la même pub reviendra de façon incessante. Cette même pub qui deviendra l’objet du diable à la fin et qui causera la perte des enfants portant ce masque. On ne peut qu’y voir une critique acerbe des médias populaires qui nous bassinent tous les jours, pour que nous devenions… des robots, comme les hommes de main dans ce film.

Au final, Halloween III est un film injustement maudit et qui, même s’il fait office d’œuvre à part dans la licence Halloween, ne mérite pas toutes les casseroles que l’on veut bien lui attacher. A la fois gore et cynique, arpentant le chemin tortueux du cinéma d’épouvante fantastique tout en rompant avec Michael Myers, John Carpenter et sa clique ont pris un risque qui valait certainement le coup et c’est bien dommage que, sous couvert d’un personnage, le public n’a pas suivi. Une œuvre à part donc, qui a ses défauts, mais qui s’avère intéressante à plus d’un titre.

Note : 13/20

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Par AqME

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