novembre 30, 2020

Sénéchal – Grégory Da Rosa

Auteur : Grégory Da Rosa

Editeur : Mnémos

Genre : Fantasy

Résumé :

« Sénéchal, la ville est assiégée ! »

Telle est la phrase que l’on m’a jetée sur le coin de la goule. Depuis, tout part à vau-l’eau. Oui, tout, alors que ce siège pourrait se dérouler selon les lois de la guerre, selon la noblesse de nos rangs, selon la piété de nos âmes. Nenni.

Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Avis :

Ecrire son premier roman est le rêve de beaucoup de personnes et d’ailleurs, beaucoup passe le cap, se lançant à corps perdu dans un travail d’écriture prenant. Cependant, il est bien plus complexe de se faire éditer. De plus en plus frileux, les maisons d’édition font un écrémage sévère et sur mille manuscrits, seulement un se fait éditer en moyenne. De quoi décourager plus d’un écrivain en herbe. Grégory Da Rosa fait partie des chanceux qui ont tapé dans l’œil d’un éditeur, et en l’occurrence Mnémos. Ne tarissant pas d’éloges face à ce soi-disant nouveau prodige, la maison d’édition a mis le paquet sur la promo de ce premier roman, qui se situe quelque part entre Game of Thrones et un récit chevaleresque réaliste. Mais est-on vraiment face à un George R.R. Martin en devenir, ou l’éditeur fait-il de l’esbroufe pour appâter le chaland ?

Le premier constat que l’on peut faire lorsque l’on débute la lecture, c’est que ce n’est pas accessible à tout le monde. Sans prendre en compte encore l’univers, la façon d’écrire de Grégory Da Rosa est fluide, il possède une belle plume, c’est indéniable, mais, dans un souci de réalisme, les termes employés sont parfois complexes et peuvent être un frein à la lecture, la faute à des renvois en bas de page pour comprendre certains termes. Le livre étant à la première personne, la logique est bien présente, et d’ailleurs, on passe rapidement outre les termes médiévaux comme icelle ou icelui, mais par moments, la masse d’informations est si importante, que l’on se retrouve à lire des définitions et à perdre le sens de la lecture. Rien de méchant cependant, le talent de l’auteur faisant que l’on s’y fait assez rapidement. Un talent que l’on retrouve dans la fluidité de lecture, mais aussi dans les situations proposées et les descriptions, qui sont assez succinctes mais suffisantes pour bien se représenter le monde dans lequel on évolue.

Un monde qui gagnerait à connaître plusieurs tomes, car il semblerait que Sénéchal ne délivre pas toutes subtilités et on reste curieux de savoir le reste de cette vaste étendue. Présentant des origines intéressantes faisant intervenir l’enfer et le paradis, Grégory Da Rosa pose les bases d’un univers novateur tout en étant fortement référentielles à d’autres types de lecture comme Game of Thrones, bien entendu, mais aussi Le Seigneur des Anneaux ou tout autre récit de fantasy. Et c’est peut-être aussi un point faible, car cette ébauche d’univers frustre plus qu’autre chose. On nous parle de nains, de démons, de peuple vampire, mais on ne les voit jamais, on ne connait rien de leur coutume et le livre garde un énorme mystère là-dessus. Alors certes, on est centré sur la vie du Sénéchal, et on gage que l’auteur va faire plusieurs histoires dans ce monde, mais c’est frustrant de lire un premier roman qui ne semble qu’effleurer toute la richesse de son univers.

Mais la véritable force de ce récit réside dans son fond. Présentant un personnage pour lequel on ressent une empathie immédiate, Sénéchal aborde de plein fouet la religion et la croyance, et tout ce que cela implique. Ne jugeant jamais les idéaux de ses personnages et ne portant aucun jugement de valeur sur les religions, l’auteur démontre à travers les différents personnages croyants, qu’il faut croire avec parcimonie, et que la religion est pervertie par l’homme, qui s’octroie le droit divin. A ce petit jeu très sensible, Grégory Da Rosa transpose une idée d’actualité dans un contexte médiéval crédible, pour montrer à quel point l’homme n’a pas changé et que la religion n’est pas tellement le problème, mais c’est la façon de la pratiquer qui cause du souci. Un fond très intelligent qui prend le pas sur l’action dans ce roman, qui ne contiendra finalement que deux passages nerveux, préférant se poser comme un thriller par la suite, avec une enquête concernant un félon au sein de l’entourage du roi. Si cet immobilisme pourra en rebuter certains, c’est pour mieux intégrer la psyché de chaque personnage et ainsi fournir un éventail de suspects et de réflexions plus ou moins poussées. Il est juste dommage que la fin tombe comme un cheveu sur la soupe, n’abordant finalement jamais la grande bataille et laissant en suspens le devenir de Lysimaque.

Au final, Sénéchal est un très bon premier roman qui démontre tout le talent de ce nouvel écrivain qui livre un univers dense et intéressant. Cependant, à la lecture de ce roman, on reste un poil frustré de par sa fin et de par son univers encore inexploré, Grégory Da Rosa préférant se concentrer sur un personnage et sur sa façon de voir les choses plutôt que sur une aventure épique et trop grandiloquente pour une première approche. Une intention louable et qui fonctionne parfaitement, même si maintenant on attend de pied ferme une suite dans le même univers.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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