janvier 19, 2021

Projection en courts – Jour 5

 

Dernier jour à Clermont, hé oui, ça passe vite, juste le temps d’aller faire un tour au marché du film (pour s’apercevoir que ce n’est vraiment utile que pour les films en quête de distributeurs) et d’assister à mes deux dernières séances, et c’est l’heure du retour.

 

Pour terminer ce festival de Clermont-Ferrand 2017, je table sur la compet, avec une séance française, et une internationale.

Et là c’est la débâcle. Alors qu’on avait été plutôt surpris par la qualité des courts-métrages français cette année, voilà que cette dernière journée nous ramène à la triste réalité, avec tout ce que le cinéma hexagonal sait faire de plus prétentieux, nébuleux, et dénué d’intérêt. Comme une façon de dire pompeusement : « moi je fais de l’AAArt » (avec plusieurs A majuscule donc).

 

Asphalte est un court-métrage d’animation de fin d’études de l’école La Poudrière, qui commence de manière toute mignonne avec un covoiturage d’animaux anthropomorphes, mais ne raconte absolument rien. Mais vraiment, le court s’arrête au bout de quelques minutes après avoir installé le décor, sans avoir raconté quoique ce soit.

Cinq Nuits, de son côté, malgré un climat anxiogène qui met terriblement mal à l’aise et quelques images qui fleurent bon le cinéma d’angoisse, souffre d’un manque de clarté évident, et surtout d’une résolution. Ça ressemble à une version franchouillarde de House of the Devil, mais sans qu’on sache vraiment où le réalisateur veut nous mener. Du coup, l’ennui pointe rapidement le bout de son nez. Un postulat de départ un peu gâché, surtout que le film dure 43 minutes.

Oh Oh Chéri, un des nombreux films de la Fémis sélectionné, commençait bien, et faisait mentir l’adage qui veut que les courts de la Fémis soient chiants et pompeux. Avec son ambiance acidulée et son visuel ludique, on aurait pu espérer quelque chose de différent. Las, malgré un jeu d’acteur très sympathique, le film s’enlise peu à peu dans les travers habituels, avec poésie artificielle et profondeur forcée pour un court qui se veut trop intelligent pour son propre bien.

Lokoza, co-production entre la France, la Suisse et l’Afrique du Sud, remonte un peu le niveau avec un contexte intéressant d’amour enfantin contrarié sur fond de pollution chimique et de pauvreté quotidienne, mais il peine lui aussi à trouver une finalité, une structure qui ne donne pas l’impression de voir un extrait tiré d’un métrage plus long.

Heureusement, il reste Mars IV, pochade de science-fiction visuellement impeccable avec ce qu’il faut de sous-texte intelligent pour faire passer un message tout en racontant une histoire qui n’a rien à envier aux long-métrages de genre. L’histoire de quatre astronautes et un robot en mission sur la planète rouge, qui semblent souffrir d’un mal appelé la rougeotte et commencent à avoir des hallucinations aussi drôlatiques qu’inquiétantes tout droit tirées de leur peur autant que de leurs goûts culturels. Du coup on retrouve dans le film énormément de références plus ou moins évidentes, de 2001 au Magicien d’Oz en passant par Mars Attacks ou une apparition fantômatique tout droit sortie d’un film de James Wan. Le tout sous le regard d’un robot humanoïde au look fortement inspiré de Daft Punk ! Pertinent, drôle, bien foutu, Mars IV fait plaisir à voir dans un microcosme où l’on se retrouve trop souvent volontairement avec un balai planté dans un endroit qui ne devrait jamais accueillir un tel objet.

Pour ne pas rester sur une semi-déception, je file directement à la séance internationale, et là, force est de constater que le niveau est plus élevé.

Si l’on excepte le russe animé Before Love, assez abscons, pas très compréhensible et aux dessins plutôt moches, et un In the Grass policier à l’ambiance délétère incroyablement british mais tellement linéaire et simple qu’il ressemble plus à la fin d’un long-métrage qu’à un réel court qui se tiendrait tout seul, c’est du tout bon.

Je retiendrais surtout le tétanisant Norte venu d’Espagne, plan-séquence de 16 minutes carré et fluide qui confronte la veuve d’une victime du terrorisme avec le partisan de l’ETA responsable de sa mort, pour un jeu de ping-pong verbal pas forcément d’une originalité folle, mais qui reste extrêmement pertinent et jamais manichéen. Une grande performance d’acteurs pour une réalisation aux petits oignons.

Et on n’oublie pas le japonais Et nous avons donc mis des poissons rouges dans la piscine, où l’on retrouve tout ce qui fait le sel des films nippons les plus endiablés. Un visuel acidulé, un rythme déjanté, une structure ultra-ludique, des idées hilarantes, bref, si le film s’avère au final dans son sujet plutôt déprimant, c’est une œuvre jamais ennuyante, complètement folle et très représentative d’une société japonaise à la fois sclérosée et exubérante. Et c’est d’autant plus appréciable que c’est un premier film.

 

Sur ce, je vous laisse jusqu’à, on l’espère l’année prochaine, en espérant que ce petit tour d’horizon du paysage du court-métrage vous aura donner envie de vous y pencher.

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Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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