décembre 2, 2020

Projection en courts – Jour 3

Une chose m’est apparue aujourd’hui comme une évidence.

Si Clermont-Ferrand continue à voir sa fréquentation augmenter de manière exponentielle, le festival va être dans l’obligation de créer un système de réservation comme un peu partout ailleurs.

Le système actuel est certes agréable. Ici, on achète pas des tickets ou des carnets pour des films en particulier, chaque ticket (ou accréditation) permet d’accéder à n’importe quelle séance, et ensuite tout se joue au nombre de personnes et à votre place dans la file d’attente.

Un procédé qui permet de se décider au jour le jour, voir heure par heure, mais qui pose de gros soucis, certains programmes étant à la fois très prisés et peu fournis en séances. Le résultat, c’est que certaines séances sont inaccessibles si vous n’arrivez pas trèèèès longtemps à l’avance, vous condamnant parfois à vous faire refouler même en arrivant trente minutes avant le début.

Difficile d’apprécier le festival à sa juste valeur si on se retrouve obligé de ne voir que deux séances dans la journée en arrivant à chaque fois deux heures avant…

 

C’est encore à peu près ce qui est arrivé aujourd’hui.

Refoulé deux fois à l’entrée malgré mon arrivée précoce, je change de programme et court vers l’amphithéâtre Agnès Varda. Là, la file dépasse déjà de l’entrée du bâtiment, et la séance est en retard.

Du coup, la réflexion me pousse à partir. La séance suivante se fait au même endroit, mais il s’agit des court-métrages du prix Polar SCNF, la plus prisée chaque année, et il apparaît certains qu’avec le retard pris, à ma sortie la queue sera déjà trop importante pour rentrer.

Je préfère me concentrer sur le polar que sur la compet internationale, et part flâner, décidé à revenir bien une heure à l’avance pour être sûr de rentrer.

Et même avec une heure d’avance, ce fut juste juste, la file débordait déjà dans la rue quand je suis revenu.

Bref, il faut vraiment faire quelque chose pour que les séances qui intéressent le plus aient davantage de séances, et pour désengorger le festival pendant le week-end.

 

La séance Polar donc, est toujours un événement au festival de Clermont-Ferrand. Organisée par la SNCF, elle propose, en plus d’une sélection de huit court-métrages, des goodies offerts à l’entrée, et un tirage au sort final pour gagner des livres, des BD, et même un voyage à Londres en Eurostar. Logique que le public se bouscule chaque année pour ce programme, même si la qualité est comme toujours très inégale.

Et malheureusement, ça devient une habitude, les meilleurs films étaient britanniques, et les plus mauvais étaient français…

 

C’est d’ailleurs avec Premier Jour de Yohann Charrin, très mauvais simili-thriller qui a l’air d’un premier court bancal. Curieux quand on constate la filmographie du réalisateur qui fait des films depuis 1999 et a travaillé à la télévision, notamment sur la série No Limit. Une jeune inspectrice commence son travail au 36, Quai des Orfêvres, et se retrouve face à face avec un redoutable braqueur qui dit travailler avec son frère, et lui propose un marché : le libérer pour éviter qu’il ne balance son complice. Une histoire linéaire et plate qui ne tient que sur un twist sympathique mais qui ne valait pas un film entier. Et quand l’acteur qui joue le moins mal dans le court s’avère être Alain Figlarz, on se dit qu’il y a une couille dans le potage.

Le second court, l’américain Simon Baker, remonte un peu le niveau, mais surtout grâce à une réalisation racée, car son postulat de départ et la révélation qui est sensée en ressortir ne brillent pas par leur originalité, le héros Simon rentrant chez lui silencieusement et entamant une mystérieuse préparation, tandis que des messages d’un ami qui s’inquiète de la disparition de sa copine s’enchainent sur son répondeur. Pas inintéressant mais loin d’être inoubliable, la faute à une « surprise » courue d’avance.

Le niveau augmente encore avec Over, même si son austérité conceptuelle et sa lenteur risquent de laisser pas mal de gens sur le bord de la route. Dans une structure à la Memento, de longs plans nous font remonter le fil du temps d’une journée, de 23h15 à 6h20, pour découvrir ce qu’il s’est passé dans cette rue paisible de la banlieue de Londres. Un procédé très intéressant, sorte d’enquête à rebours, mais qui reste difficile d’accès tant le film prend son temps et reste nébuleux à dessein.

Après cela, enfin une comédie dans cette sélection, et enfin un chef-d’œuvre, avec l’excellent The Fly, qui en seulement sept minutes et avec énormément d’humour, raconte les déboires d’un chauffeur lors d’un braquage de banque, constamment harcelé par une mouche qui va l’emmener de catastrophe en catastrophe. Sept minutes de fou-rires, par le réalisateur de l’excellent court The Black Hole, qui voyait le rond noir d’une photocopie devenir un passage à travers n’importe quel mur.

L’australien Hit, ensuite, fait retomber un peu la sauce. Superbement réalisé (je pense notamment à un plan-séquence tout simple mais diablement efficace), il reste néanmoins une simple histoire de casse qui tourne mal pour des jeunes en manque d’argent, terminé par une pirouette sympathique mais qu’on voyait venir à des kilomètres. Au final, le film s’arrête là où il était intéressant de le faire commencer. Dommage.

Heureusement, les anglais sont là, et avec The Man from the Council, qui conte les aléas caustiques d’un tueur à gages un peu gauche essayant d’accomplir son contrat, c’est une nouvelle pépite hilarante qu’ils nous proposent. Un film à l’humour à froid acerbe, qui n’épargne personne et se paie des dialogues absolument savoureux. Légèreté, originalité, humour noir et interprétation au diapason, bref, le flegme britannique a encore frappé.

Ce qui frappe encore malheureusement, c’est l’incapacité chronique des français à proposer autre chose que des concepts bateaux prétextes à s’entraîner à la réalisation. Un petit côté Drive (qui cite le film de Refn donc, on ne se refuse rien) a beau griller son coup de théâtre dans ses premières secondes, il ne peut quand même pas s’empêcher d’en tartiner trois couches avec indices successifs et flash-backs, s’engouffrant dans l’écueil habituel qui veut qu’on préfère expliquer et analyser soi-même son film en long en large et en travers, plutôt que de faire confiance à l’intelligence du spectateur. Au moins pourra-t-on constater un jeu d’acteur plutôt agréable, mais le scénario et la réalisation proprette qui le met en images n’ont aucun intérêt.

Et enfin, le film qui a fait éclater de rire toute l’amphithéâtre, malgré le retard pris et l’heure tardive, le porto-ricain Hasta que la Celda nos separe. Un film qui met en scène une situation absurde au possible et drôle à souhait, les efforts passionnés menés par deux gangsters en cavale réfugiés dans un bâtiment, pour s’organiser un mariage digne de ce nom avant que la police ne les retrouve, quitte à kidnapper un prêtre, un livreur de pizza en témoin, et bien d’autres protagonistes encore. Dialogues enlevés, situations ubuesques, une touche de poésie et pas mal d’émotion, le mélange parfait pour finir la séance et repartir avec la banane.

 

Ce lundi aura été maigre en quantité, mais excellent en qualité.

(même si je n’ai pas gagné le voyage en Eurostar)

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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