octobre 29, 2020

Un Jour dans la Vie de Billy Lynn – Analyse d’une Société Factice

Titre Original : Billy Lynn’s Long Halftime Walk

De: Ang Lee

Avec Joe Alwyn, Kristen Stewart, Garrett Hedlund, Steve Martin

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Guerre

Résumé :

En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d’un régiment d’infanterie en Irak victime d’une violente attaque. Ayant survécu à l’altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c’est avec ce statut qu’ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l’administration Bush, qui désire les voir parader au pays… avant de retourner au front.

Avis :

Les rouages de la distribution française dans le septième art sont parfois complètement incompréhensibles. En fait, on peut très bien comprendre que le cinéma cherche vraiment à faire de l’argent en proposant un grand nombre de salles à des films qui vont marcher comme des blockbusters ou encore des comédies françaises qui jouent à fond sur un humoriste connu. Le problème, c’est que insidieusement, non seulement cela crée des niches de pauvreté culturelle (le quidam qui habite en campagne et n’a qu’une salle ou deux proche de chez lui ne verra que les Dany Boon ou les gros films américains) mais en plus, cela fait de l’ombre à des films plus intéressants ou encore à des réalisateurs talentueux qui ne vont pas avoir la visibilité nécessaire pour briller. Cette crainte de perte financière est un vrai désastre pour la culture et pour l’art, car cela entraine de véritables pertes pour tout le monde. Et si le cas n’est pas nouveau, il resplendit encore une fois cette semaine avec le cas de Un Jour dans la Vie de Billy Lynn d’Ang Lee (Le Secret de Brokeback Mountain, L’Odyssée de Pi ou encore Tigre et Dragon, excusez du peu) qui n’est distribué que dans 15 salles en France alors que le dernier film de Dany Boon rayonne dans plus de 700 salles.

Comment expliquer un tel phénomène ? La raison est simple. Le film a fait un flop aux Etats-Unis et le distributeur n’a pas voulu prendre de risque dans les autres pays. Et c’est bien dommage que la loi du fric fasse état de fait, puisque Un Jour dans la Vie de Billy Lynn est un excellent film qui possède plusieurs niveaux de lecture et qui dresse surtout un portrait acide d’un pays qui n’a aucun respect pour ses soldats, malgré les dires et les gestes.

Le film raconte comment toute une section de l’armée américaine se retrouve à défiler durant la mi-temps de Super Bowl en 2005, alors qu’ils reviennent du front et doivent y repartir juste après. On va donc suivre Billy Lynn, qui a brillé lors d’un combat mano a mano et qui va se rendre compte de cette société méprisante à travers diverses rencontres et d’autre souvenirs. La force du film d’Ang Lee réside réellement dans cette prise de conscience qui montre crescendo et durant laquelle on va voir ce jeune soldat se décomposer pour finalement repartir ailleurs, dans l’espoir de grandir et de fuir tout un pays dans lequel il ne brille qu’en surface. Sur le fond, l’histoire demeure intéressante car elle brasse un thème générique, celui de l’exploitation de l’image de l’armée au mépris de l’état de santé des soldats, et il va y avoir une multitude de sous-thématiques qui renforcent le thème principal. Ainsi, au gré des rencontres, on aura droit au magnat du pétrole qui félicite les soldats mais tient un discours égocentrique, ou encore un jeune premier qui fait le malin avec les soldats revenus du front et qui va amèrement le regretter. Tout cela montre la société de consommation, l’irrespect qui règne dans un pays qui, comme dit à la fin, n’est peuplé que d’enfant et que finalement, partir aide à grandir.

Cette vision très cynique des Etats-Unis résonne encore plus aujourd’hui avec l’accession à la présidence d’un mégalo raciste et opportuniste, ce qui fait les choux gras d’Ang Lee avec son film au discours si fort et si acerbe. Mais l’intelligence du réalisateur, c’est aussi d’amener le spectateur sur le front. Avec une mise en scène astucieuse et quasiment sans coupure, se servant de certains moments post-traumatiques, le film montre l’envers du décor, le stress permanent d’une attaque, la difficulté de tuer une personne ou de perdre l’un des siens et bien évidemment, l’inutilité d’une telle guerre, où plus personne ne sait à quoi elle sert. Et tout du long, Ang Lee va tournoyer entre cette préparation de la mi-temps du Super Bowl, haut lieu de la superficialité et temple de l’oubli, et cette guerre insupportable font plus personne n’a que faire. Cela donne un aspect protéiforme adéquat au film, lui permettant de gagner en dynamisme mais aussi de renforcer une critique solide et juste d’une société qui part à vau l’eau.

Tout cela est bien entendu porter par des personnages bien travaillés, à l’image du jeune Billy Lynn tiraillé entre sa famille dysfonctionnelle mais une jeune sœur fusionnelle et ses camarades de l’armée qu’il aime. L’acteur Joe Alwyn, dont c’est le premier film, est très touchant et tout le film repose sur ses épaules. Fort heureusement, il est accompagné d’une pléthore d’acteurs presque à contre-emploi, comme Garrett Hedlund qui assure et représente finalement le plus lucide des chefs, ou encore un Vin Diesel surprenant, touchant et juste. On se rend vite compte que finalement, les seuls personnages vrais sont les soldats, dont les traumatismes explosent à certains moments et que tous ceux qui gravitent autour d’eux ne sont que des chacals utilisant l’image de l’armée pour se faire briller. D’ailleurs, le dernier quart est une véritable tuerie où l’on va pouvoir voir la détresse d’un soldat qui se fait avoir par les sentiments et où la pourriture de l’espèce humaine resplendit de mille feux. Car finalement, la vraie guerre réside dans son propre pays, celui qui se perd dans des divagations superflues et qui se méprise lui-même devant l’autel du billet vert et de la gloire éphémère.

Au final, Un Jour dans la Vie de Billy Lynn est un excellent film qui est injustement boudé par la France et son propre distributeur. Un choix incompréhensible quand on voit la qualité du métrage mais qui finalement fait écho à la morale du film, un peu comme si les artistes étaient les soldats et le distributeur un pays superficiel qui ne souhaite que les honneurs sans la prise de risque. Bref, un film très intelligent, aussi bien dans sa mise en scène que dans son fond et qui mérite toutes les attentions.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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