septembre 28, 2020

Projection en courts- Jour 2

Parfois, même le festival de Clermont-Ferrand a un arrière-goût de Cannes.

Et non, je ne parle pas du temps, ou de la perspective de croiser une starlette dans les rues, mais de l’abominable fréquentation, rançon du succès, qui met certaines projections hors de portée.

Le week-end, à Clermont, le public est si nombreux que même en arrivant plus d’une demi-heure en avance, vous n’êtes pas sûr de rentrer dans la salle. Surtout quand la dite salle est un amphithéâtre pas forcément conçu pour accueillir une horde de cinéphiles venus des quatre coins du monde.

 

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui on a failli ne voir aucun film.

Mes deux premières tentatives se sont soldés par un échec, je me suis vu refoulé à l’entrée après avoir fait la queue…

Donc pour la séance du soir, hop, on débarque une heure avant ! Pas question de rater la séance de la sélection Humour noir dont on nous dit tant de bien.

 

Une sélection qui pour le coup a réuni la crème des collections de Sauve qui peut le court-métrage avec des films cultes et des pépites.

Du Crime considéré comme un des Beaux-Arts tout d’abord, avec Michel Piccoli, qui avait acquis à l’époque une certaine notoriété. Un mélange subtil d’humour absurde et de satire acide, où un inspecteur fait tourner en bourrique un pauvre hère venu déclarer sa découverte d’un meurtre, le tout dans une mise en scène très théâtrale, dans un décor de hangar désaffecté assez non-sensique. Une excellente mise en bouche qui n’a pas vraiment vieillie.

Puis l’impayable Les meilleurs partent les premiers, tiré d’un film à sketchs norvégien. Hilarante aventure de vieux papis bonhommes partis en randonnée, et qui vont garder tout leur flegme quand ils se retrouvent en mauvaise posture après avoir sauvé une jeune femme d’un marais boueux. Un film encore très mordant (sélection Humour Noir oblige) qui a fait éclater de rire la salle.

Les Temps morts, de René Laloux (La Planète sauvage) est un peu plus difficile d’accès, et s’il conserve de bonnes traces d’humour (« l’homme est un animal à quatre membres. Ceux qui lui servent à aller en avant, ou en arrière, les membres inférieurs, et ceux qui lui servent à tuer, les membres supérieurs »), son analyse douloureusement pertinente de l’humanité alliée aux dessins absurdes et sordides de Roland Topor en font une œuvre presque plus glauque que drôle. En tout cas c’est un humour à froid, caustique, mais particulièrement noir.

Croque la mort, un film d’animation mexicain, fait penser à du Tim Burton, et a même de gros airs des Noces Funèbres. Tellement qu’on se demande s’il n’en figure pas les prémisses, et si le réalisateur américain n’a pas puisé dans cette histoire de fraichement décédé découvrant une taverne funèbre remplie de squelettes une partie de son inspiration pour son film de 2005. Quoiqu’il en soit, plus mélancolique et poétique que réellement drôle, Croque la mort est un joli court original sur le deuil, ici placé du point de vue du mort lui-même.

Grand moment d’absurde et de déconnade avec Des Majorettes dans l’espace, qui parle sexualité, pape, préservatifs, SIDA, et bien sûr majorettes avec une liberté de ton (et visuelle, on a droit à un pénis en érection en gros plan) grinçante, un humour décapant, et un texte qui n’est pas sans rappeler les meilleurs réquisitoires de Pierre Desproges (Comment reconnaître un pape d’une majorette ? Mettez les deux devant un couple enfilant un préservatif. Celui qui s’énerve et qui jure en polonais, c’est le pape). Très très bon.

Art Total, narré par Jean-Pierre Darroussin, est un court mockumenteur qui décrit à la manière d’une œuvre d’art conceptuelle proche du land-art la débâcle pétrolière qui eut lieu sur les côtes du Nord-Ouest de la France en 1999. Avec un sérieux savoureux, « l’auteur » de l’exposition nous raconte comment il aime travailler le pétrole, et à quel point son œuvre restera malgré les ravages naturels. Une belle manière de dénoncer les dégazages sauvages, sans cynisme, mais avec beaucoup d’humour et de second degré.

Ensuite vient Les aventures de Klaus aux commandes du chariot élévateur, irrésistible pochade gore et irrévérencieuse en forme de manuel de sécurité vidéo, où une succession de maladresses et de manquements aux règles élémentaires de sécurité transforme la première journée de travail de Hans en un véritable carnage qui préfigurerait presque les réactions en chaîne de Destination Finale, la légereté de ton en plus. Un humour frondeur et sanglant que ne renieraient pas les Sam Raimi et Peter Jackson de la première heure.

Enfin, last but not least, c’est à Un Sens de l’Histoire, un court-métrage de Mike Leigh que nous avons droit pour finir. Un long monologue en forme d’interview-vérité écrit et interprété par Jim Broadbent (Moulin Rouge, Gangs of New-York) qui offre là une performance d’acteur époustouflante, dans la peau d’un Comte, 23ème du nom, qui nous fait part de son histoire personnelle. Une histoire très guindée au premier abord, qui glisse peu à peu vers un sordide désopilant à mesure que les zones d’ombre du personnage se dévoilent. Si le film est un peu longuet au démarrage (il faut dire aussi que la séance a eu du retard, et 23h a sonné, le public est fatigué), mais qui est une véritable œuvre de cinéma réalisée de main de maître.

 

C’est tout ce que j’ai à vous proposer pour aujourd’hui, je vais me coucher des étoiles (noires) plein les yeux, en espérant que demain sera plus fournis en projections (mais un lundi, je ne me fais pas trop de soucis).

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Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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