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Projection en courts – Jour 1

Si on vous dit festival de cinéma, à quoi allez-vous penser en premier ?

À Cannes très certainement. Peut-être à Gérardmer pour les amateurs de fantastique, à la limite Venise et Berlin, et pour des cinéphiles plus connaisseurs, Toronto ou Deauville.

Mais on entend rarement parler de Clermont-Ferrand.

 

Et pourtant la ville auvergnate abrite chaque année depuis presque quarante ans le plus important festival de court-métrage du monde, du haut de ses 7700 films reçus cette année, pour 165 sélectionnés dans les trois compétitions principales, Internationale, Nationale et Labo. Plus plusieurs dizaines de rétro et sélections parallèles allant de l’Humour noir à la Colombie en passant par la Corée, l’Afrique, les films réalisés dans la région ou la sempiternelle séance polar organisé par… la SNCF, oui oui (une séance qui commence d’ailleurs toujours en retard).

Bref, en 2016 ce sont plus de 160 000 spectateurs qui se sont dispersés au gré des douze salles disséminées dans la ville pour voir le maximum de films parmi les deux ou trois cents proposés pendant ces neuf jours de cinéma.

 

Cette année, nous y sommes aussi, et comme on a rarement l’occasion de parler du court-métrage, on va vous tenir informer de ce qu’on a vu et ce que vous devriez essayer de découvrir (ou au contraire de fuir).

 

Bien sûr il serait trop long et trop rébarbatif de faire un compte-rendu complet de chaque court-métrage, aussi on tachera surtout de vous faire part du meilleur (et du pire) de la journée.

 

Une première journée qui commence avec une séance… en 3D

Hé oui, depuis plusieurs années Clermont-Ferrand s’associe avec le festival Courant 3D d’Angoulême pour proposer une séance en relief, et pas forcément pour des films de genres pétaradants avec jets d’objets dans la face du spectateur.

Poussé par la curiosité, j’ai pénétré dans une des nombreuses salles du festival pour découvrir ce que la 3D avait à nous offrir.

Las, même en court, même en festival, même sans faire virevolter sa caméra dans tous les sens avec un montage trop cut, le constat est toujours le même : la 3D, ça sert à rien et ça fait mal à la tête.

J’ai quand même pu me conforter dans l’idée que l’unique intérêt de la 3D est dans la peinture de la réalité (ou dans l’interaction avec le public). Un documentaire en 3D risque d’être plus intéressant qu’une fiction, puisqu’elle nous donne l’impression d’être vraiment dans une situation qui existe (contrairement à une fiction de laquelle la 3D a vite fait de nous faire sortir).

Ainsi, le documentaire Hanoï, la rivière de la vie (en plus d’être un film assez touchant, aussi triste que plein d’espoir, sur la vie et la mort à différents stades, des fœtus mort-nés aux enfants handicapés, dans la capitale vietnamienne), arrive parfois à utiliser le procédé de façon judicieuse pour « détourer » les éléments importants de l’image et créer des perspectives visuelles d’autant plus intéressantes qu’elle ne nous détourne pas, pour le coup, d’un scénario à suivre attentivement.

Vaysha l’aveugle, également, réussi un sacré exploit. C’est une fiction animée, mais qui finit par tutoyer le spectateur, et c’est un film en 3D… dessiné dans une perspective en deux dimensions. Tout en étant une histoire incroyablement poétique, celle de Vaysha, né avec une étrange capacité : son œil gauche ne voit que le passé, et son œil droit seulement le futur. Ici, la 3D fonctionne, car elle est subtile, et donne une plus-value insolite à un travail d’aplats, comme si des feuilles de calques semi transparentes avaient été posées les unes sur les autres pour créer la profondeur. L’industrie a l’air de ne pas s’y être trompé puisque Vaysha l’aveugle va concourir le 26 Février prochain pour l’Oscar du meilleur film d’animation.

Après cela (et un sacré mal de crâne, malgré les lunettes « actives »), je me dirige rapidement vers la Maison de la Culture et son immense salle Cocteau pour être sûr de ne pas rater la sélection F3 (compétition française) et la projection d’Un Ciel Bleu presque parfait de Quarxx (trublion trash du cinéma indépendant responsable entre autres des très bons et très fous Rasta Kamikaze Bang Bang et Nuit Noire) qui se trimballe une sacrée réputation et navigue de festivals en festivals et d’ovation en ovation.

De la sélection, mi-figue mi-raisin, je retiendrais surtout deux films.

L’Âge des sirènes d’abord, d’Héloïse Pelloquet, jolie petite tranche de vie sur l’île de Noirmoutier alors qu’un jeune fraichement sorti du collège découvre pendant l’été la vie de marin et la tentation d’une fille plus grande que lui. L’Âge des sirènes, c’est bien celui où tout est encore possible, ce moment de l’adolescence où l’on est attiré par tout un tas de possibilités sans savoir lesquelles nous feront grandir et lesquelles nous attireront vers les abysses. Un univers original, des jeunes acteurs convaincants, un scénario tout en douceur très attachant, bref un très sympathique court-métrage.

Et puis bien sûr il y a Un Ciel Bleu presque parfait. Un monument. Un coup de poing transgressif qui imprime la rétine et dénote presque dans les sélections habituellement proprettes de Clermont-Ferrand. Un film glauque, violent, beau et triste, poétique à ses heures, et même parfois drôle, de cette humour noir et désespéré que n’ont que les œuvres douloureuses de pertinence. L’histoire de Simon, responsable de l’infirmité de sa sœur et qui s’occupe d’elle depuis l’enfance, comme le dit le résumé du film à la fois bourreau et ange gardien. Il reste persuadé que les aliens sont sur le point d’arriver, et les emmènerons loin d’ici, et d’ici là il ne laissera personne le séparer de sa sœur.

Si le métrage a fait tourner de l’œil certains spectateurs par la violence de son propos et l’impact de ses images, il s’avère impeccablement réalisé, avec une ambiance délétère et une photographie que n’auraient pas renié les plus grands films de genre, et des effets spéciaux signés David Scherer qui achèvent de transporter le film vers les sphères du drame jusqu’au-boutiste. Vraiment, si ce court peut arriver jusque sous vos yeux, jetez-vous dessus.

Enfin (oui, c’est une petite première journée), j’entame la compétition internationale avec un programme de qualité, et certainement un sérieux prétendant au palmarès, le dénommé Dekalb Elementary de Reed Van Dyk.

Inspiré d’un véritable appel passé au centre d’urgence pendant une prise d’otage dans une école primaire à Atlanta, le film décrit le tête-à-tête entre une réceptionniste, et un jeune homme armé à la dérive. Vingt minutes de pure tension à vous en faire ronger les accoudoirs en même temps qu’un concentré d’humanité et d’espoir, le film se construit entièrement dans l’épure et la simplicité, dans ce qui pourrait arriver plutôt que dans la description d’événements tragiques. On en ressort lessivé, soufflé, émus aussi, notamment grâce à la qualité de l’interprétation, qui arrive à provoquer énormément d’empathie pour ce jeune homme mentalement instable et conscient de l’être.

Non vraiment, ça ne m’étonnerait pas qu’on le retrouve sur le podium à la fin de la semaine prochaine.

Et enfin, une petite surprise acidulée pour terminer la journée avec Anna, une comédie douce-amère venue d’Israël. L’Histoire d’une mère qui se retrouve seule sans son fils pour la première fois depuis des années, et qui redécouvre des appétences sexuelles qu’elle va se sentir le besoin d’assouvir pendant sa journée de libre. Un court-métrage frais et drôle qui prouve la diversité d’origine et de ton des films du festival.

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Corvis.

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