octobre 28, 2020

Les Innocentes

De : Anne Fontaine

Avec Lou De Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek, Agata Kulesza

Année : 2016

Pays : France, Pologne

Genre : Drame, Historique

Résumé :

Pologne, décembre 1945.
Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise.
D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.
Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser…
C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Avis :

Anne Fontaine est l’un des réalisatrices françaises les prolifiques, tout en restant assez discrète. Sa carrière de réalisatrice débute en 1986, mais Anne Fontaine ne fera son premier long métrage qu’en 1992. Depuis ce premier long, la réalisatrice n’a cessé d’offrir régulièrement de nouveaux films, passant de la comédie au film romantique, ou encore au thriller, et même au film psychologique et drame torturé avec la perle de sa filmographie qu’est le film « Nathalie« .

Après la petite comédie campagnarde et sucrée qu’est « Gemma Bovery« , le précédent film de la réalisatrice, Anne Fontaine était de retour avec un drame inspiré d’un fait réel. Ainsi, la réalisatrice se lance un nouveau défi, en se lançant dans un film historique. Ses « Innocentes » sont des religieuses qui ont vécu un drame affreux et c’est avec toute la pudeur du monde et tout le respect possible qu’Anne Fontaine nous offre un film humain et bourré d’émotion. Un film où la réalisatrice n’hésite pas à descendre plus profondément dans la lourdeur, pour mieux en retirer une humanité sans faille.

1945, quelque part en Pologne. Alors que la guerre est finie depuis quelques mois, Mathilde Beaulieu, une jeune française, fait partie de la croix rouge française. Sur place, elle s’occupe des blessés français qui doivent être rapatriés. Un jour, elle voit arriver dans son dispensaire une jeune religieuse. Cette dernière vient lui demander son aide. Si au départ Mathilde est réticente, elle décide de braver l’interdit et d’aller aider cette femme. Quand elle arrive au couvent, elle va découvrir l’impensable. Les soldats de l’armée soviétique viennent régulièrement au couvent et violent les sœurs. Plusieurs d’entre elles sont enceintes. Dans le plus grand secret, Mathilde décide d’accoucher toutes les sœurs. Au fur et à mesure que les mois passent, Mathilde et plusieurs religieuses se lient d’amitié, ce que la mère supérieure voit d’un très mauvais œil, car elle a peur que le secret du couvent soit finalement dévoilé et qu’il amène avec lui jugement, honte et déshonneur.

« Les innocentes » ce sont donc ces religieuses victimes des viols et Anne Fontaine va raconter leur histoire de la plus simple des manières. Le sujet est difficile et lourd et la réalisatrice offre un film aussi intéressant que respectueux.

Sans temps mort, alors que le rythme est lent, détenant un scénario solide, « Les innocentes » est un film poignant et dur, car bien plus que le viol, ou encore la condition dans lesquelles ces femmes vont accoucher, Anne Fontaine va particulièrement évoquer la culpabilité que ces femmes ressentent. La peur du jugement, taire ce secret, qu’il ne s’échappe pas des murs du couvent, ou encore la confiance placée en Mathilde sont au cœur du film de la réalisatrice. Mais le film va plus loin encore, car il mettra aussi l’accent sur la foi des sœurs, sur le jugement et la volonté de dieu ou encore l’acceptation comme le refus violent d’être mère. Certaines accepteront, quand d’autres seront dans le déni total. La réalisatrice aborde tous ces sujets, et nous les présente principalement à travers les yeux de Mathilde, qui comme nous, découvre les règles de se couvent, son mal-être et la peur qui y règne. On est pris à tout instant, on est captivé par ce que la réalisatrice nous raconte. On apprécie la pudeur avec laquelle elle parle de ces femmes. On est passionné par la relation à dieu qu’elle évoque et malgré les décisions dures, complexes et ambiguës que certains personnages vont prendre, la réalisatrice ne jugera personne. Elle nous raconte les faits, évoque le pourquoi de ces faits, mais à aucun moment elle ne poussera l’opinion dans un sens ou dans l’autre. Elle laisse le spectateur seul juge de ce qu’elle nous montre.

Ces  » … Innocentes« , c’est aussi des actrices incroyables de sensibilité, des actrices qui sauront nous faire sourire par leur moment de liberté autant qu’elles sauront nous serrer le cœur par leur doute, leurs désespoirs, les incompréhensions, ou leurs acceptations finalement. Si Lou de Laâge brille, c’est bel et bien les polonaises Agata Buzek et Agata Kulesza qui nous prennent presque jusqu’aux tripes tant leurs jeux, tout en pudeur et vérité, touchent profondément.

Seul, au milieu de ce magnifique décor, Vincent Macaigne, entache ici le décor, dans un rôle qui ne lui va pas du tout. Un rôle qui se veut plus léger afin de détendre l’atmosphère, mais qui finalement agace, aussi bien par le mauvais jeu de son acteur, que par l’accent bien trop léger de son personnage.

Anne Fontaine a toujours su bien filmer ses films et ces « … Innocentes » fait partie des plus beaux de la réalisatrice. Détenant une ambiance superbe, plongée dans la Pologne enneigée de Décembre 45, on pourra parfois s’arrêter sur les plans sublimes qu’Anne Fontaine nous offre. Très minimalistes, les décors sont simples mais très bien reconstitués. Ce film est un magnifique travail sur les costumes. Une belle mention à Lou de Laâge qui a rarement était aussi bien mise en valeur.

Anne Fontaine a parfaitement travaillé le son de son film et surtout les silences. Des silences qui seront tour à tour lourds de jugement, libérateurs ou encore amenant une certaine tension, notamment dans les scènes en forêt, où Anne Fontaine laisse parler la nature pour créer une ambiance entre espoir et désespoir.

En racontant leur histoire, Anne Fontaine rend hommage à ces femmes de la plus belle et profonde des manières. « Les innocentes » est un beau film qui touche le spectateur qui le regarde. Posant de bonnes questions, abordant un sujet très lourd, Anne Fontaine nous offre un film profondément humain.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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