octobre 28, 2020

The Rolling Stones – Blue and Lonesome

Avis :

Peut-on critiquer un monument de la musique ? Est-on en droit de dire du mal de quelque chose de vénéré par quasiment tout le monde sans se faire lyncher ? Il faut dire que The Rolling Stones est une institution à lui seul. Groupe fondé en 1962, il ne faudra que deux années au groupe pour se faire connaître grâce à la maestria technique de Brian Jones et de Keith Richards. Officiant dans le blues puis dans le rock, la formation connait quelques changements et devient un véritable phénomène dans le monde de la musique. Parmi les albums les plus notables du groupe, on peut citer Let it Bleed en 1969 ou encore Sticky Fingers en 1971. Fort d’une renommée légendaire, le groupe ne cesse jamais de jouer, de faire des lives, d’enregistrer des morceaux et de faire des albums. Jusqu’en 1997, où le groupe commence à prendre du recul et à se faire plaisir. Blue and Lonesome est le vingt-troisième album studio de The Rolling Stones et il survient onze ans après le précédent, A Bigger Bang. Sauf que ce qui pourrait apparaître comme un album évènement est en fait un album de reprise blues de groupes plus ou moins connus. Et c’est surement là la faiblesse de ce skeud qui, s’il s’avère agréable à l’écoute, ne se démarque pas des autres productions blues et ne fera pas mieux que n’importe quel quidam maîtrisant la guitare et l’harmonica.

L’album s’ouvre sur un morceau très court, Just Your Fool, pour lancer la machine. Typiquement blues dans la rythmique scandé et l’omniprésence de l’harmonica, le groupe montre d’entrée de jeu ses intentions, reprendre des standards sans jamais y apporter une once d’originalité. Titre de Little Walter, le groupe ne s’approprie même pas le titre, n’y trouvant nul besoin de le remettre à la sauce Rolling Stones. Et c’est là que le groupe se plante royalement. Non pas que ce soit mauvais, bien au contraire, écouter du blues en 2016, c’est toujours agréable et montre une volonté de continuer à faire autre chose que de la musique conformiste, mais l’album manque cruellement de personnalité. Si on reconnait le chant de Mick Jagger ainsi que ses quelques poussées braillardes, il n’en demeure pas moins que cet album ressemble à n’importe quelle production blues classique. Les puristes du genre seront certainement comblés, mais on parle tout de même d’un groupe culte, qui reprend les morceaux des autres sans y apporter de l’originalité ou la personnalité si fantasque des membres du groupe. Alors certes, on pourra toujours dire que les Stones n’ont plus rien à prouver, c’est vrai. Mais entre se faire plaisir et faire plaisir aux fans, il y a une différence.

Une différence que ne semble pas trouver le groupe qui fait un album impersonnel. On se régalera sur certains morceaux comme Commit a Crime qui est une montée crescendo dans l’énergie et cette volonté de montrer que le blues n’est pas qu’une affaire de maîtrise technique avec des grattes très redondantes ou encore Ride ‘Em on Down qui tient plus du rock standard des années 60 venant d’Eddie Taylor. On se régalera aussi sur des titres plus longs comme Everybody Knows About my Good Thing avec la participation exceptionnelle d’Eric Clapton. On reconnait son style lent parmi mille styles différents et le titre est un pur moment de bonheur, avec en plus, un piano qui rajoute un cachet indéniable au morceau. Encore une fois, l’album est très loin d’être mauvais et les Stones montrent qu’ils ont toujours un talent affolant avec une énergie débordante malgré leur grand âge. Le problème vient réellement de l’opportunité d’un tel album. Faire des reprises, onze ans après un album original, en n’y apportant aucune personnalité, ça fait un peu objet de Noël pour les fêtes et on pourrait croire que le groupe a besoin d’argent. Ceci étant dit, il fallait aussi oser sortir un album de blues dans cette période qui est dominée par la musique techno ou rap et dans un contexte de pénurie des ventes. Cependant, le groupe s’adresse réellement qu’à ses fans, les purs et durs, les vrais, ceux qui suivent le groupe depuis leur début.

Au final, Blue and Lonesome, le vingt-troisième album des Rolling Stones, est un très bon album pour celles et ceux qui ne versent pas trop dans le blues et qui vont donc découvrir des titres intéressants, justes et techniquement irréprochables. Le problème, c’est que pour les autres, notamment ceux qui écoutent du blues depuis des années, ce skeud n’apportera aucun surprise, aucune originalité, et ils se retrouveront face à un album certes sympathique, mais presque indigne des Stones. Bref, un album qui s’écoute, mais qui ressemble plus à un coup marketing qu’à un véritable nouvel effort du groupe.

  1. Just Your Fool
  2. Commit a Crime
  3. Blue and Lonesome
  4. All of Your Love
  5. I Gotta Go
  6. Everybody Knows About my Good Thing
  7. Ride ‘Em on Down
  8. Hate to See You Go
  9. Hoo Doo Blues
  10. Little Rain
  11. Just Like I Treat You
  12. I Can’t Quit You Baby

Note: 13/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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