octobre 27, 2020

La Ronde du Crime

Titre Original : The Lineup

De : Don Siegel

Avec Eli Wallach, Robert Keith, Richard Jaeckel, Warner Anderson

Année: 1958

Pays: Etats-Unis

Genre: Polar

Résumé:

Pour un tueur professionnel et son associé, tous les moyens sont bons pour retrouver des sachets d’héroïne cachés sur trois innocents passagers d’un avion.

Avis:

Don Siegel est un réalisateur qui a eu le vent en poupe en fin de carrière, durant les années 60 et 70. Pourtant, sa carrière commence dans les années 40 et son premier film, The Verdict, va connaître un petit succès. Mais c’est seulement en 1956 qu’il va vraiment arriver à avoir une renommée internationale avec un film d’horreur, L’Invasion des Profanateurs de Sépultures. Ne s’arrêtant jamais de réaliser des films, c’est pourtant à la fin des années 60 qu’il va recommencer à se faire un nom avec des films comme A Bout Portant ou Une Poignée de Plombs. Les années 70 seront encore plus fastes pour lui avec des films comme L’Inspecteur Harry, Sierra Torride ou encore Les Proies et L’Evadé d’Alcatraz avec l’immense Clint Eastwood. Adepte du polar sanguin et du film noir, La Ronde du Crime est l’un de ses films qui est passé un peu inaperçu injustement. Fort heureusement, grâce à une ressortie en DVD, il est maintenant possible de voir ce film dans lequel Eli Wallach joue un tueur psychopathe incontrôlable.

L’histoire commence avec un accident qui causera la mort de plusieurs personnes dont un policier. Bien évidemment, le meurtre d’un policier ne laisse personne indifférent et une affaire de drogue se met en place, soupçonnant l’un des grands pontes de la ville. Peu après cet accident, un duo de tueurs arrive en ville pour remplir un contrat avec L’Homme, un commanditaire invisible et inconnu. On apprend alors que les passagers d’un ferry sont des mules sans le savoir et les deux tueurs doivent récupérer l’héroïne cachée en divers endroits. Un jeu du chat et de la souris se met alors en place. Pitch assez classique pour aujourd’hui, mais à l’époque, l’histoire avait de quoi remuer et on se rend compte que les histoires de mules innocentes ne datent pas d’hier. Fort de ce scénario sombre, Don Siegel va livrer un film assez intéressant non pas dans le déroulement de l’enquête, mais dans le portrait de deux hommes dont les motivations sont différentes.

En effet, le film va souffrir d’un rythme assez lent au départ avec des flics qui essayent de piéger un homme innocent avant de comprendre ce qui leur arrive. Le problème, c’est que nous, téléspectateur, on va avoir droit à la résolution de l’enquête bien avant les policiers, nous donnant une longueur et annihilant ainsi tout effet de suspens. Rien de bien méchant car l’intrigue se suit avec plaisir, mais il manque une volonté d’inclure le spectateur dans le métrage, le rendant ainsi lui aussi partie prenante pour l’investigation.

Mais finalement, ce n’est pas si grave car Don Siegel ne se concentre pas tellement sur les policiers ou l’enquête mais véritablement sur les deux tueurs. Au centre du film mais arrivant tardivement, la vraie vedette est Eli Wallach. Jouant un personnage trouble et complètement hors de contrôle, le réalisateur met en avant ce monstre sans remord et sans regret qui est prêt à tout pour réussir sa mission, c’est-à-dire récupérer l’héroïne pour gagner de l’argent. L’acteur est très bon dans ce rôle de psychopathe et on sent très bien à plusieurs reprises qu’il est borderline. N’hésitant pas à tirer dans le dos d’un majordome ou à prendre en otage une petite fille, ce personnage est l’essence même du stress que l’on ressent quand on regarde ce film. Son compatriote sera moins exubérant, mais il restera suffisamment énigmatique pour qu’on ne sache pas sur quel pied danser. Véritable mentor qui aime noter les derniers mots des victimes de son élève, il est la résistance du duo, celui qui canalise son jeune apprenti. Bien entendu, son personnage est moins fort que celui d’Eli Wallach, mais il est une sorte de force tranquille qui va se faire prendre à son propre jeu.

Et le film joue constamment sur cette dualité entre les deux tueurs. Les policiers sont alors mis en second plan, l’enquête piétine et Don Siegel s’amuse à suivre deux tueurs dans leur chasse à l’héroïne. Plusieurs plans seront d’ailleurs intéressants, à l’image de ce début de prise d’otage dans un aquarium avec deux hommes qui se veulent charmants pour piéger une pauvre femme et sa fille. Le masque tombe rapidement et la folie remplace la gentillesse dans une scène assez stressante et perturbante pour une jeune fille qui risque sa peau à cause d’un jeu. Le film prend des allures de thriller dans une course-poursuite finale bien retranscrite, montrant alors la faculté du cinéaste à rendre vivantes des séquences d’action, incluant le spectateur dedans dans une modernité à couper le souffle. Alors il est vrai que parfois le film est parcouru de longueurs, mais c’est un moindre mal pour un métrage qui propose vraiment une vision différente des autres polars.

Au final, La Ronde du Crime est un film très intéressant mais pas là où on s’y attendait. Prenant le parti de suivre les tueurs pour en faire un portrait sanglant et dérangeant, le film se démarque de la concurrence avec une mise en scène classieuse et une volonté de mettre le policier en retrait pour parfaire un portrait atypique de criminels en perte de contrôle. Bref, un film qui vaut grandement le coup d’œil pour sa modernité et l’œil aiguisé de Don Siegel.

Note: 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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