Comment Claquer 1 Million de Dollars par Jour

Titre Original : Brewster’s Millions

De : Walter Hill

Avec Richard Pryor, John Candy, Lonette McKee, Stephen Collins

Année: 1985

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie

Résumé:

Brewster, un joueur de base-ball de troisième zone, se voit hériter d’une immense fortune : 300 millions de dollars ! Mais il y a une condition : pour pouvoir toucher l’héritage, il doit d’abord dépenser 30 millions de dollars en 30 jours, sans rien acquérir, et sans rien dire à qui que ce soit ! Il se lance alors dans des dépenses effrénées, le faisant passer pour un fou…

Avis :

Durant les années 70 et 80, Walter Hill s’est forgé une sacrée réputation de metteur en scène. N’ayant pas la langue dans sa poche, le réalisateur aime le cinéma d’action et il le fait savoir avec des films aujourd’hui connus de tous comme Les Guerriers de la Nuit, The Driver ou encore Sans Retour. Cependant, comme tout cinéaste qui se respecte, il est difficile de rester cantonné à un genre, comme peut l’être le cinéma d’horreur. C’est alors qu’il décide en 1985 de tourner une comédie populaire, qui aura comme fond l’argent, le goût de l’argent et surtout une morale sur l’argent. On imagine mal le réalisateur faire quelque chose d’intéressant là-dessus, mais s’il y a un fond, pourquoi pas ? Et si le film a marché durant les années 80, ce n’est plus trop le cas maintenant, et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, quand on fait une comédie, le but premier est de faire rire le spectateur. Si certains gags pouvaient marcher à l’époque, le film a pris une petite claque aujourd’hui. Très souvent hystérique, avec des jeux de mots de l’époque, le film n’arrivera pas à susciter un quelconque engouement. Le début est assez drôle, car le metteur en scène retombe dans ses travers en proposant une bagarre de bar, puis il va annoncer le pari fou que propose le vieil oncle à son héritier, qui n’est rien d’autre qu’un joueur de base-ball sur le déclin. Même si on aura déjà un humour assez douteux et une sorte d’énergie mal canalisée, le film fait son office de petite comédie et divertit à défaut de réellement scotcher celui qui regarde. Seulement, cette énergie, cette volonté de faire rire à chaque punchline, à chaque séquence, va vite tourner à l’agacement. Ce n’est pas désastreux, certains moments marchent encore, mais il y a comme une hystérie qui fait que le film épuise le spectateur. En fait, on n’a pas le temps de se reposer, de bien comprendre une situation. L’héritier embauche du monde, crée le buzz autour de lui, et tout ça contribue à un brouhaha assez pénible.

Mais ce n’est pas tout. Au niveau du casting, il manque clairement quelqu’un qui tienne la barre. En effet, malgré tous les efforts fournis par Richard Pryor, il n’a pas la carrure nécessaire pour porter un film comme celui-ci. Perpétuellement en surjeu ou dans une recherche d’émotion, on a la désagréable sensation que l’acteur joue faux et n’arrive pas à être aussi efficace qu’un Eddy Murphy de ces années, avec un débit pas assez imposant et surtout un manque évident de charisme. Même John Candy, pourtant amusant d’habitude, n’arrive pas à sortir de ses turpitudes et demeure le sidekick le plus transparent du monde, n’offrant finalement aucune réplique drôle à son partenaire. Même les relations entre les personnages sont assez banales, pour ne pas dire inexistantes. Hormis le plan drague bien lourd du personnage principal, le reste ne sera que tromperie, incompréhension face à un problème pourtant évident ou encore magouille de la part des riches de ce monde. Bref, rien de bien neuf, même pour l’époque.

Cependant, tout n’est pas à jeter dans ce film. En effet, sous ses couverts d’hystérie collective, le film parvient tout de même à faire passer quelques messages, dont deux qui semblent encore d’actualité aujourd’hui. En premier lieu bien évidemment, c’est l’argent ne fait pas le bonheur. Le concept du film, c’est qu’un héritier va devoir faire face à un dilemme. Soit il empoche un million de dollars de suite, soit il dépense pendant 30 jours trente millions de dollars et reçoit 300 millions s’il réussit le pari. Seulement, il ne doit posséder aucun bien et se retrouve limité dans ses dépenses. Ce pitch veut clairement montrer que même si on a de l’argent, on ne sait pas comment le dépenser et que finalement, il détruit les relations humaines plus qu’il n’en créé. Un scénario plutôt positif donc, contre une société de consommation de plus en plus prégnante, mais le film ne suit pas tout à fait cette proposition. En effet, si le héros se met à dos ses amis, ce n’est pas à cause du pognon, c’est tout simplement qu’il est tenu par le secret et qu’il fait des actions pour perdre de l’argent alors que ses amis veulent lui en faire gagner. Il y a une grosse différence et finalement Walter Hill se prend les pieds dans ce qu’il veut dénoncer. D’ailleurs, la fin est relativement explicite et va dans ce sens que si l’argent n’apporte pas le bonheur, il y contribue largement.

Par contre, le deuxième message que fait passer Walter Hill est beaucoup plus intéressant puisqu’il parle de politique. Ne sachant plus où foutre son fric, le héros va se lancer dans la campagne pour la mairie de New-York. Non seulement cela va lui coûter tout son blé, montrant bien que nos politiques gaspillent l’argent public à des fins personnelles. Mais surtout, dans son fond, le message que veut faire passer Walter Hill est comment la politique a pu devenir aussi vide de sens pour la population. Dans le film, le héros va faire campagne pour ne voter pour personne, car aucun des deux représentants ne vaut le coup. De ce fait, il se retrouve sur le devant de la scène et c’est lui que les gens veulent élire, car il a raison dans son propos. Ce deuxième message qui survient dans la deuxième moitié du film, est certainement le plus intéressant et c’est dommage que le cinéaste n’ait pas creusé un peu plus cet aspect-là.

Au final, Comment Claquer 1 Million de Dollars par Jour est une petite comédie sympathique mais qui manque de fond et de caractère. Si un des deux messages du métrage fonctionne, ce n’est pas le cas du reste, avec notamment un humour qui marche rarement et un acteur principal qui n’est pas suffisamment charismatique. Walter Hill s’embourbe dans une comédie qui se veut légère tout en abordant des thèmes forts et malheureusement, cela ne marche pas vraiment. Non pas que le film soit mauvais, mais ce n’est clairement pas la comédie la plus réussie des années 80.

Note : 11/20

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Par AqME

One Comment to "Comment Claquer 1 Million de Dollars par Jour"

  1. Erngynaika dit :

    ne serait il pas interessant de la reecrire et rejouer ce scenario?

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