Okko

Auteur : Hub

Editeur : Delcourt

Genre : Fantastique

Résumé :

An 1108 du calendrier officiel de l’empire du Pajan. En cette période tumultueuse, communément appelée l’ère Asagiri ou l’ère de la brume, les clans majeurs s’entre-déchirent depuis des décennies pour s’emparer du pouvoir.
Loin des champs de bataille, Okko, le rônin sans maître, est à la tête d’un petit groupe de chasseurs de démons et arpente ainsi les terres de l’empire. Il est accompagné de Noburo, singulier géant qui cache son identité derrière un masque rouge, et du moine Noshin, bonze fantasque et grand amateur de saké. Ce dernier a la faculté de d’invoquer et de communiquer avec les forces de la nature.
Tikku, jeune pêcheur, va faire appel à Okko pour retrouver Petite carpe, sa sœur enlevée par une horde de pirates. Mais une telle mission a un prix… Elle entraînera les quatre aventuriers bien plus loin qu’ils ne l’avaient imaginé…

Avis :

Le monde de la bande-dessinée franco-belge est régi par des règles bien strictes. Un format particulier, un nombre de planches précis (48) et surtout des histoires qui doivent être assez profondes et ne pas trop durer en longueur. En ce sens, on s’éloigne volontairement du manga qui offre beaucoup plus de pages, mais aussi des sagas beaucoup plus longues et qui parfois ne connaissent pas de fin. Et faire le lien entre les deux médiums est assez complexe tant la culture est différente et le rapport à la lecture, aux histoires aussi. Pourtant, des récits de samouraïs ou ancrés dans la culture nippone, il y a quelques-uns dans la BD, mais rien n’arrive à la cheville d’Okko, série terminée en dix tomes de Hub. Pourquoi ?

Okko se place dans le Japon médiéval, en 1108. Notre héros est un ronin, à savoir un samouraï sans maître, et il va de province en province pour chasser des fantômes et autres démons. Avec son équipe, le moinde Noshin, le démon Noburo et l’apprenti Tikku, il arpente l’empire du Pajan afin de trouver sa voix et la paix intérieur. Dans son pitch de départ, Okko s’installe comme une série interminable où chaque tome le héros va résoudre une affaire surnaturelle à l’aide de ses compagnons. Et si cela est vrai dans les six premiers tomes, ce n’est pas le cas par la suite. En effet, l’auteur va rapidement se rendre compte des limites de son histoire et il va conclure sa saga en dix tomes afin de ne pas s’éparpiller et de garder une certaine aura entourant son œuvre. Ainsi donc, la série est limitée en cinq cycles de deux tomes. Chaque cycle est représenté par un élément, tout d’abord l’eau, puis la terre, le vent, le feu et le vide. Chaque diptyque représente une histoire finie dans laquelle Okko mène une enquête tout en en apprenant plus sur son passé et le mystère qui entoure sa mère.

En faisant ainsi, Hub dissémine intelligemment des indices sur le passé de son héros et donne envie d’en savoir plus. Mais ce n’est pas tout. Car si les deux derniers tomes sont axés sur la jeunesse de Okko et montre un jeune homme impétueux, colérique et torturé, le reste de la série s’octroie le plaisir de raconter des histoires en lien avec les éléments mais pas de façon frontale, en y apportant de la nuance, en y apportant des éléments politique et surtout en étant respectueux d’une culture aujourd’hui connue de tous. Ainsi donc, le cycle de l’eau sera le diptyque le plus classique, avec un enlèvement et une enquête qui emmènera Okko et ses comparses dans une île lointaine. D’entrée de jeu, l’auteur montre peu de compassion et le cycle se termine de façon violente et sans état d’âme. Affichant toujours une dichotomie évidente dans la résolution des enquêtes, ce cycle montre que l’amour, même inhumain, peut amener à la folie et au meurtre. On retrouvera ce thème de l’amour dans le cycle du feu, où un amour passionnel risque de créer un énorme schisme politique. Il s’agit du cycle le plus complexe à comprendre mais aussi le plus dense au niveau de l’histoire et du dessin, Hub faisant des merveilles avec une neige épaisse et envahissante.

On remarquera tout de même quelques petites faiblesses dans le récit, notamment sur le deuxième cycle, celui de la terre. Si comme à son habitude il demeure très intéressant, la première partie est assez bateau et ne consiste qu’à un simple voyage de monastère en monastère sans jamais trouver un moyen pour agripper le lecteur. Fort heureusement, le deuxième tome rattrape le coup avec une conclusion épique. Reste ensuite le cycle de l’air, un diptyque passionnant qui montre que même les personnages principaux peuvent être en danger, avec un Okko vieillissant, affaibli et qui va devoir se mesurer à l’un des plus grands chasseurs de fantômes, vivant dans un Bunraku, une marionnette de combat. Du coup, au niveau du script, des différents scénarios, on est face à quelque chose de léché, d’intelligent et de foncièrement bien travaillé.

On retrouve cela dans les différentes références à la culture nippone. Les contes et légendes sont toujours bien placés, bien évoqués, comme on peut le voir à la fin du dernier tome, évoquant par exemple les vampires japonais avec leur vrai nom. Mais le langage est aussi assez important, l’auteur utilisant des mots japonais pour appuyer certains propos, affichant ainsi un amour inconsidéré pour cette culture si riche et passionnante. Enfin, au niveau du dessin, c’est du très lourd. Non seulement c’est beau, mais les combats ou autres courses-poursuites sont très dynamiques, l’auteur arrivant à donner du mouvement à chaque case. Les décors sont aussi sublimes et il est facile de se laisser transporter dans cet univers onirique.

Au final, Okko est une grande et belle saga de bande-dessinée. Toujours juste, toujours belle, cette fresque dans le Moyen-Age nippon est un véritable plaisir car elle propose des héros charismatiques, avec un lourd passif dont on aura les révélations, mais aussi de vraies histoires poignantes, ancrées dans un Japon fantasmé et fantasmant. Bref, une série incontournable pour tout fan de BD.

Note : 18/20

Par AqME

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