La Bible ne Fait pas le Moine

Titre Original : In God We Trust

De: Marty Feldman

Avec Marty Feldman, Peter Boyle, Louise Lasser, Andy Kaufman

Année: 1980

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie

Résumé:

L’abbé Thélonious envoie le frère Ambroise auprès du grand Armageddon, philanthrope et Grand Prêtre du Divin Profit, afin que ce dernier les aide financièrement. Mais Ambroise est un naïf qui quitte pour la première fois le monastère où il fut abandonné étant bébé. Amené par un prédicateur dans les quartiers les plus sordides de Los Angeles, Ambroise commence par s’initier à l’amour avec Marie, une prostituée…

Avis:

Issu des Monty Python, Marty Feldman est un acteur assez peu connu qui perce dans les années grâce à son rôle d’Igor dans Frankenstein Junior de Mel Brooks. Sorti confiant de cette expérience, il décide alors de passer à la réalisation trois ans plus tard sur un film qu’il a lui-même scénarisé, Mon Beau Légionnaire (The Last Remake of Beau Geste en VO). Partant un peu dans tous les sens, n’arrivant jamais à trouver le bon équilibre entre l’humour, l’aventure et la cohérence de son aventure, Marty Feldman peine à convaincre malgré un humour très british et quelques fulgurances assez brillante. On remarquera aussi sa propension à utiliser l’humour comme arme pour dénoncer des systèmes absurdes ou pour renforcer un message très prégnant. Et après la bourgeoisie ainsi que la légion française, il s’attaque dans son second et dernier film (il décèdera deux après prématurément à l’âge de 49 ans) à la religion, utilisant tous les poncifs du genre pour en ressortir une comédie rafraichissante, drôle et en avance sur son temps. Bref, La Bible ne fait pas le Moine est une belle surprise qui tire à boulets rouges sur l’Eglise et les croyances en général.

L’histoire raconte le voyage improvisé du moine Ambrose pour sauver son monastère qui se retrouve sans le sou. N’étant jamais sorti du lieu, il se retrouve perdu avec pour mission de trouver Armaggedon T. Thunderbird à Los Angeles pour lui demander 5000 Dollars. En cours de route, il tombera sur des prêcheurs arnaqueurs, une belle prostituée qui va se prendre d’affection pour lui mais surtout un prédicateur infâme, riche et qui pense que l’Eglise n’est là que pour faire du profit. Ainsi, La Bible ne fait pas le Moine est une sorte de Road Movie qui a pour but de dénoncer les dérives de la religion, mais aussi ses restrictions absurdes en posant de bonnes questions, comme le rapport à la chair ou encore la notion d’amour.

Personnage totalement innocent, frère Ambrose va tomber sur une galerie de personnages plus ou moins détestables, qui vont montrer que la religion, c’est faire ce que l’on veut pourvu que cela rapporte du pognon. On retrouve cela avec le docteur Melmoth, premier personnage que rencontre Ambrose et qui conduit un bus transformé en église. Alcoolique, arnaqueur et prêcheur à ses heures perdues, l’homme montre un premier visage dégradant de l’Eglise et de la religion. Cependant, il sera difficile de ne pas lui trouver un air sympathique au fur et à mesure que le film se déroule, montrant un autre visage, plus touchant, grâce à l’aide du héros du film, qui dans son innocence, ouvre les yeux à pas mal de personnes. Mais le personnage le plus abject dans le métrage est résolument Armaggedon T. Thunderbird (énorme Andy Kaufman), un prédicateur qui parle à Dieu et qui nomme son entreprise l’église du profit divin. Véritable machine à fric, il est le visage néfaste de la croyance et arnaque les gens à tours de bras, qui eux gobent toutes ses paroles sans se poser de questions. Une image dégradante de la religion donc, mais très proche de la réalité et qui va permettre à Ambrose de voir que tout ce dont en quoi il croyait n’est peut-être que des balivernes.

Le constat est encore plus prégnant lorsqu’il se rapproche de Marie, une prostituée qui va se prendre d’affection pour lui à cause de son innocence et de sa faculté à ne pas juger les gens. A partir de là, Ambrose va petit à petit tomber amoureux et poser des questions pertinentes à Dieu, notamment sur le péché de chair. Pourquoi alors nous a-t-il fait de chair ? Il aurait pu nous faire en plastique, en bois ou autre. Des questions légitimes et qui remettent en questions non seulement Ambrose, mais aussi la religion en elle-même, trop restrictive et sévère. D’ailleurs, le film va faire la nique à l’église lorsque le héros finit par coucher avec Marie et qu’il découvre alors que rien de mal ne lui a été fait. Le film se permet même une réflexion très intéressante sur le pouvoir et s’avère être en avance sur son temps, montrant Dieu comme une intelligence artificielle à qui il manque la morale. Là encore, c’est très intelligent et montré de façon pertinente.

Dans tout ça, le film n’oublie pas d’être touchant et beau. La relation entre Ambrose et Marie se révèle être très poétique et Marty Feldman mène sa barque de façon pertinente avec quelques fulgurances aériennes. Il n’oublie pas de faire rire mais aussi de toucher le spectateur avec ses personnages. D’autant plus que le film est bien rythmé, avec notamment une grosse course-poursuite qui est bien filmée et quelques séquences très drôles, comme lors des passages sous la douche. On sent que le réalisateur a eu plus de moyens que sur son premier film.

Au final, Le Bible ne fait pas le Moine est une excellente comédie à la fois burlesque et sérieuse, acerbe et acide en ce qui concerne les croyances et la religion. Montrant que tout cela n’est qu’une histoire d’argent et de reconnaissance, Marty Feldman propose un film qui résonne comme un pamphlet areligieux, drôle, pertinent avec un soupçon d’amour et de poésie. Bref, un très bon film qui mérite vraiment sa restauration en Bluray et qui plus de trente ans plus tard reste toujours d’actualité.

Note : 17/20

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Par AqME

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