La Guerrière Innocente

Auteur : Kara

Editeur : Soleil

Genre : Science-Fiction

Résumé :

La Peste des Innocents : tel est le nom du fléau qui tua la majorité de la population masculine du monde de Clothilde. Mercenaire amnésique et en quête de gloire, elle combat sans relâche Gunhild, une femme pirate assoiffée de chaos !
Lors d’un voyage diplomatique avec un jeune ambassadeur du nom de Raphaël, Clothilde sera embarquée bien malgré elle dans un complot où le meurtre et les faux semblants sont rois…

Avis

La guerrière innocente est une série en deux tomes, écrite par Kara, un auteur, coloriste et dessinateur de talent qui sait nous ravir par ses travaux aux inspirations japonaises, ses personnages féminins d’une beauté ravageuse et ses histoires toujours étonnantes, navigant entre science-fiction, fantaisie et mondes parallèles.

Kara n’en est pas ici, à ses premières armes. Cette série vient s’ajouter à sa liste déjà bien entamée. Le Miroir des Alices, une série également en deux tomes, raconte l’histoire d’Alice, une jeune femme qui se retrouve dans un univers d’héroic-fantasy après un terrible accident qui l’a plongée dans le coma. Le Miroir des Alices est un monde parallèle et technologiquement avancé où tout est possible pour faire plaisir à ces habitants qui, loin de la réalité humaine, profitent de leur nouvelle chance pour se créer une vie hors du commun. Alice ne supporte pas cette existence et va tout essayer pour sortir de ce pays des merveilles aliéné. Kara, en plus de ses magnifiques dessins et de ses personnages attachants, nous apporte une vision de l’humanité et de l’esprit humain tout en finesse et philosophie, nous donnant des pistes de réflexion sur la recherche du bonheur et nous confrontant à nos propres pensées. Avec ce diptyque, l’auteur n’offre ainsi pas une lecture si aisée et accessible à tout le monde. Il faut savoir lire entre les bulles.

Sa trilogie du Bleu du ciel, en est un autre exemple. La réflexion est poussée encore un peu plus loin, frayant même avec la religion et mettant en scène le Diable, personnifié en femme, venant annoncer la fin de l’humanité à Dame Lilith, une vampire aux pouvoirs singuliers qui ne craint pas la lumière. Lilith fera tout ce qui est possible pour empêcher Dame Lucifer de mettre fin au genre humain. Cette trilogie détonne par ses personnages charismatiques, perdus dans leurs quêtes personnelles, se cherchant et voulant sauver l’humanité, dans un univers au style manga, toujours aussi magnifique et coloré. Le manichéisme est absent de cette série et tout est fait pour que le lecteur réfléchisse et se questionne sur sa propre vie. Kara aime pousser ses lecteurs à se dépasser et à sortir grandis par ses écrits ou, du moins, plus enclins à la réflexion et au dépassement de soi.

La Guerrière innocente est un diptyque plus simple d’accès que ces précédentes œuvres. L’auteur s’est lancé dans une aventure de fantaisie plus ou moins classique, peu enclin à détailler les pensées et les quêtes des personnages mais s’intéressant davantage à l’intrigue, à ses rebondissements et à ses scènes de bataille majestueuses. L’univers de cette série est particulièrement magique. Les déplacements se font par l’intermédiaire de vaisseaux incroyables, d’inspirations steampunk, rappelant l’époque victorienne, aux allures et designs plus grandioses les uns que les autres. Mélange de grands voiliers, de machines à vapeur, de navires de guerre, ces bâtiments peuvent atteindre la taille d’une ville et transporter des centaines de personnes. D’ailleurs, les villes sont immenses, à la fois modernes et anciennes, technologiquement avancées et vestiges d’un lourd passé visible dans les ruines et sites archéologiques. Dans les nuages, au sein d’immenses forêts, par-delà de grands canyons ou dans d’arides déserts, la civilisation s’est disséminée partout. Chiens, chats, humains et autres créatures étranges peuplent ce monde.

Malgré cette vision de rêve, un drame terrible a eu lieu. 90 % de la population masculine a disparu. La Peste des Innocents a décimé le monde avant le début de l’histoire et semble s’être à présent calmée. Gunhild, la pirate des cieux, la mélomane des airs, et Clothilde Darneguerre, la mercenaire amnésique, vivent sur cette planète et se livrent de terribles batailles. Gunhild a une magnifique chevelure rousse, un œil en moins et une ceinture brillante, tandis que Clothilde est habillée de bleu, est un peu plus discrète, porte une tenue moins outrageuse et des cheveux souvent nattés. Leurs personnalités sont opposées mais leurs soifs de justice, de respect et de paix sont leur source principale d’énergie.

Au début du premier tome, Gunhild s’attaque à un bâtiment noble, transportant Raphaël de Judicaël, maître de cérémonie des grandes enchères des concessions territoriales qui auront bientôt lieu au sénat de Lutécia, capitale de Gallia. Les différents pays vont en effet se partager les territoires inoccupés après la disparition de la plupart des habitants, et remodeler leurs frontières pour une meilleure gestion et de plus justes jugements. Clothilde, toujours prête à défendre la cause des plus faibles, combat la pirate et l’empêche de faire du mal au maître de cérémonie et à son équipage. Raphaël propose alors à Clothilde un travail qui va l’intéresser : protéger les ambassadeurs des différents pays venus pour les grandes enchères et permettre qu’ils rentrent chez eux sains et saufs.

Effectivement, des complots font rage. Les nobles ne sont pas aimés ni respectés par le peuple. Ce dernier s’est senti abandonné lors de l’apogée de la Peste, quand les nobles se sont barricadés et protégés dans leurs demeures, refusant toute venue extérieure et laissant les plus pauvres mourir dans d’atroces souffrances. Clothilde est partagée entre les souhaits du peuple et les images de son passé qui refont surface. Raphaël lui a rendu espoir avec ses idées de renouveau et de changements. Doit-elle croire à ce qu’il dit ? Doit-elle chercher à le défendre à tout prix ? Pourquoi Gunhild voulait-elle le tuer ? Les enchères se déroulent comme prévu dans un sénat qui rappelle fortement le sénat intergalactique de la saga Star Wars avec ses compartiments concentriques, placés en pyramides, et accueillant chacun un pays unique.

Après un terrible attentat fomenté par la pirate sur l’immense navire ramenant les ambassadeurs après la vente aux enchères, Gunhild se fait capturer et torturer, au début du second tome. La pirate mélomane a tout de même encore réussi son coup : voler et détruire le document attestant de la nouvelle possession de Raphaël, une concession sur les terres du désert de Hourna-Nizat. Ce désert regorge de ruines du passé, nous rappelant les images de l’Egypte Antique, avec ses statues monumentales, ses humains mi-divins mi-animaux, ses colonnes joignant les cieux et ses sphinx à l’image de boucs. Que cache ce désert ? Qu’y cherche Raphaël ? Le passé perdu de Clothilde finit par la rattraper et Gunhild paraît en savoir beaucoup plus sur elle et ses liens avec la Peste des Innocents. Ce qu’elles vont découvrir dans ce désert vont changer leur vie, leur passé et leur vision de l’avenir. L’origine de la Peste des Innocents finira même par être divulguée.

Cette série, par ses rebondissements, ses personnages, ses dessins fabuleux, ses inspirations multiples et sa conclusion inattendue, est agréable à lire et donne envie d’en apprendre plus sur le passé des personnages, leurs motivations et leurs faiblesses. Rapide à lire, ce diptyque est tout de même plutôt destiné à des adolescents, car mettant beaucoup moins en avant des réflexions poussées sur le genre humain et leur psychologie que les autres séries auxquelles Kara nous avait habitués. L’intrigue se termine sur une note positive et les cheminements secondaires se voient également résolus avec succès. Clothilde se redécouvre, son passé lui revenant à l’esprit, quand Gunhild apparaît moins cruelle, ses motivations expliquées et dévoilées au grand jour.

On passe ainsi un bon moment, sans trop réfléchir, même si les retournements de situation nous étonnent, nous accrochant et nous tenant en haleine jusqu’à la fin. La nouvelle série de Kara, destinée à un public plus large, est ainsi tout de même une réussite. Il aurait cependant été agréable d’en apprendre plus sur les personnages, de les voir se développer davantage, de voir évoluer le monde suite aux découvertes des deux jeunes femmes et de les suivre dans leurs prochaines aventures.

Note : 15/20

Par Lildrille

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