Cheeseburger Film Sandwich

Titre Original : Amazon Women on the Moon

De: John Landis, Joe Dante, Carl Gottlieb, Peter Horton, Robert K. Weiss

Avec Steve Guttenberg, Rosanna Arquette, Carrie Fisher, Griffin Dunne

Année : 1989

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Apres « Hamburger Film Sandwich », voici une série de petites histoires courtes, burlesques et prétendant au mauvais goût. Carl Gottlieb, l’un des réalisateurs, déclare que « pour faire rire les gens, il faut les surprendre, mais dans le monde d’aujourd’hui, il est difficile de faire plus fort que la vie elle-même pour surprendre. » Ces professionnels de la comédie sont-ils à la hauteur de leur ambition ?

Avis :

Le film à sketches est un genre qui se perd un petit peu de nos jours. Si certains cinéastes s’y essayent de façon timide comme ce fut le cas avec Les Infidèles, c’est le cinéma horrifique qui s’est emparé du crédo avec des films comme la saga V/H/S, Creepshow ou encore The ABC’s of Death. Il faut dire que ce format est assez pratique car il permet d’intégrer plusieurs histoires courtes au sein d’un même film tout en y incluant un fil rouge assez simpliste. Ce fut le cas pour V/H/S par exemple où une bande rentre dans une baraque, retrouve un type mort avec plein de cassettes vidéos et décide de les regarder. Si on remonte dans les années 80, on retrouve un trio de réalisateurs bien connus pour leurs opulences dans l’humour et que l’on surnomme ZAZ. Rien à voir avec la chanteuse mais ce trio est à l’origine du Hamburger Film Sandwich, comédie à sketches qui s’amusait à critiquer la société de manière absurde et pourtant proche de la réalité. C’est donc au tour de John Landis et Joe Dante de porter une fausse suite, un film qui se situe dans le même genre avec Cheeseburger Film Sandwich.

Le film débute avec un homme d’affaire black qui va à son travail. Malheureusement pour lui, tout va mal se passer, du premier coup de fil à sa toute fin, où il se défenestre tout seul. Un premier sketch relativement drôle mais qui ne critique pas grand-chose, si ce n’est une attitude prétentieuse de la part d’une personne qui semble gagner du pognon. Mais qu’importe finalement, puisque l’ensemble est assez drôle et plutôt bien foutu. C’est lors du deuxième sketch que les choses vont vraiment commencer à être intéressante. En effet, Cheeseburger Film Sandwich, dans son joyeux bordel, va s’amuser à critique à tout va une société dans tous ses travers. Ainsi, on va pouvoir se rincer l’œil sur une actrice complètement nue qui pense être une poupée. Du coup, elle se trimballe à poil dans la rue sans que cela ne choque personne. Si on peut y voir une provocation presque inutile, ce sketch permet de montrer toute l’étendue de la débilité des femmes que l’on prend pour des mannequins ou encore d’une société qui s’habitue de plus en plus à voir des choses presque obscènes. Ce ne sera d’ailleurs pas le seul sketch sur l’apparence, puisqu’une fausse pub hilarante va se moquer allègrement des chauves désirant des cheveux, en vendant des morceaux de moquette pour remplacer son cuir chevelu. Là aussi, la critique est acerbe mais pas si loin de la vérité quand on regarde n’importe quelle émission de téléachat.

Mais si la société du paraître de de consommation en prend pour son grade, la télé et le cinéma ne sont pas en reste et prennent bien dans la figure. Ainsi, on pourra allègrement se moquer des films de science-fiction classés Z avec Amazon Women on the Moon, qui est un sketch divisé en plusieurs parties, avec trois astronautes qui partent sur la face cachée de la lune et découvre une peuplade d’amazones. Bien évidemment, les réflexions débiles sont de mises, ainsi que des effets spéciaux foireux et un rapport à la chair à peine dissimulé. Si l’aspect ringard est ce qui frappe en premier, on ne peut pas dire que ce segment ne respire pas l’amour du genre, car derrière la moquerie se trouve quand même une vraie proposition de cinéma et finalement un vrai message d’amour au genre. Cependant, dans d’autres sketchs, on retrouvera une moquerie évidente sur les personnes accros à la télévision, comme cet homme qui se retrouve dans sa télé suite à une mauvaise manipulation de la télécommande. Il se retrouve alors transporté dans les émissions que sa femme regarde. On verra aussi un segment avec les critiques de cinéma annonçant la mort d’un spectateur qui ne fait rien de sa vie. Un rapport à la télé qui est alors montré du doigt, comme une sorte d’oisiveté dangereuse pour des spectateurs qui n’arrivent plus à penser devant un écran. On retrouve cela avec le dernier sketch, celui avec Russ Meyer et sa pornographie.

Enfin, le film part aussi très loin dans l’absurde, tout en dénonçant toujours quelque chose. On peut retrouver un médecin inconscient en la personne de Griffin Dunne, montrant les dérives d’une société qui se fout de tout et se déresponsabilise à la moindre occasion, ou encore un présentateur télé qui veut faire le buzz en créant des histoires de toute pièce, en disant notamment que Jack l’Eventreur était le monstre du Loch Ness. Cela donne des moments ubuesques mais terriblement drôles. Les rapports humains sont eux aussi pointés du doigt, à l’image du sketch avec Steve Guttenberg et Rosanna Arquette qui rentre des données dans un ordinateur et sort toute la vie de l’homme qui la drague. Un regard vers un futur pas si éloigné que ça. Le racisme est aussi abordé de façon humoristique avec la présence de BB King qui évoque la naissance de certains personnages noirs sans âme, en lien avec le mot anglais « soul », ayant un double sens avec la musique. Bref, tous les thèmes y passent et chaque segment apporte son lot de réflexion et d’humour.

Au final, Cheeseburger Film Sandwich est encore aujourd’hui un excellent film. Une comédie burlesque où l’absurde prédomine mais toujours pour dénoncer quelque chose, pour pointer du doigt une société qui part à vau l’eau et qui ne respecte quasiment plus rien. Ne s’embêtant pas avec un quelconque fil rouge, ce film est un concentré de bonheur et d’humour fin, parfois gras, mais desservant toujours un propos intelligent. Quand on voit les humoristes actuels, ceux qui ont le vent en poupe, on regrette amèrement ces années où le cinéma était plus libre et surtout osait plus de choses.

Note : 17/20

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Par AqME

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