octobre 27, 2020

L’Histoire Sans Fin

Titre Original : Die unendliche Geschichte

De : Wolfgang Petersen

Avec Barret Oliver, Noah Hathaway, Tami Stronach, Patricia Hayes

Année: 1984

Pays: Etats-Unis, Allemagne

Genre: Fantastique

Résumé:

Bastien, dix ans, est un passionné de romans d’aventures. Un jour, il dérobe un ouvrage merveilleux peuplé d’extraordinaires créatures. Il s’enfonce fébrilement dans l’univers fantastique de ce livre qui le fascine.

Avis:

Il fut une période bénie pour le cinéma fantastique familiale. En effet, durant les années 80, une flopée de films arpentant le chemin sinueux du fantastique dans tous les sens du terme, sortaient dans les salles dans le but de divertir tout en faisant réfléchir sur notre monde, sur notre façon de penser et sur une société qui perdait de plus en plus son côté enfantin. On peut citer en vrac Les Goonies de Richard Donner, W.I.L.L.O.W., Dark Crystal, Gremlins et bien d’autres, qui sont devenus maintenant de véritables madeleines de Proust pour les trentenaires et quarantenaires d’aujourd’hui. D’ailleurs, il n’est pas rare de revoir ces films pour se faire plaisir ou les faire découvrir à la jeune génération qui n’est biberonnée qu’à grands coups de blockbusters marketés ou de remakes insipides démontrant que l’on ne fera jamais mieux qu’auparavant. Parmi tous ces films précités, on peut aussi compter L’Histoire Sans Fin, qui aura bercé toute une génération dans un monde féérique pas si éloigné que ça de la Fantasy pur et d’un certain Seigneur des Anneaux.

Divertissement familial par excellence dans les années 80, L’Histoire Sans Fin est-il aujourd’hui un film recommandable pour les plus jeunes et est-il toujours d’actualité? Car bien souvent, lorsque l’on jette un regard dans la lorgnette de ces années là, on tombe parfois sur des films qui ont mal vieilli ou dont le fond est complètement à côté de ses pompes. Avec le film de Wolfgang Petersen, ce n’est pas tout à fait le cas. Néanmoins, on ressent quand même quelques faiblesses, qui tiennent plus de la mise en scène que du scénario, et si le film passionne moins aujourd’hui, il n’en demeure pas moins une belle réussite et une prouesse technique pour l’époque.

Le film pêche principalement par ses problèmes techniques. Si les animatronics des différentes espèces rencontrées tiennent encore la route et montrent toute la maestria logistique derrière un tel film, il faut avouer que les incrustations à répétition sont un frein pour la génération actuelle. Alors certes, cela donne du cachet au métrage, une patine qui fera plaisir aux plus anciens, mais cela ne marche pas tout le temps. L’exemple le plus flagrant reste celui du vol de Falkor avec Atreyuh sur le dos ou alors Bastien en fin de film. On ressent alors l’âge du film et c’est un peu dommage car l’immersion sera moins flagrante et les enfants d’aujourd’hui étant nourri aux images de synthèse, ils risquent fort de rester sur le carreau. Mais fort heureusement, cela ne concerne que des points techniques et on se réjouira tout de même des animations du mangeur de pierres ou encore de l’escargot de course qui sont tout de même de fort belle facture, tout comme les effets de grandeur et de différence de tailles, qui restent acceptables.

En fait, le film se rattrape essentiellement sur son scénario et l’ambiance dégagée. Dans son fond, le film rappelle à quel point il est important de rêver, d’imaginer et de parfois partir aussi loin que possible dans son imaginaire. Il est une ode à la lecture et aux films que l’on se fait dans sa tête lorsque l’on lit une histoire. Le film met aussi en parallèle l’avènement du jeu vidéo qui déjà à l’époque détruisait à petit feu les libraires et ne laissait plus libre cours à une imagination fertile. Fort heureusement, cela n’est pas trop poussé, puisque l’on peut voir aujourd’hui que les deux médiums sont utiles à la fertilisation d’un imaginaire débordant. Et c’est à travers cette critique de la société, celle qui grandit, qui refuse de rêver et qui veut garder les pieds sur Terre que le film gagne en profondeur et en valeur. Un message d’ailleurs toujours d’actualité tant notre monde a besoin de douceur, de fantaisie et de couleurs. On y verra aussi l’accomplissement d’un petit garçon qui a perdu sa maman et qui doit y faire face de plein fouet, s’en sortant avec ses lectures et ses envies de s’évader dans un autre monde. Il y a une vraie portée humaniste dans ce film qui arrive à dénoncer pas mal de choses en second niveau de lecture.

Le film gagne aussi en qualité dans son ambiance et sa volonté d’afficher un monde totalement nouveau. Coloré, loufoque, il y a un petit côté Lewis Carrol dans tout ça. On pourra presque dire que le film est un savant mélange d’Alice au Pays des Merveilles et Le Seigneur des Anneaux version papier. Du coup, le film est tout simplement barré mais unique en son genre, c’est ce qui le rend si spécial et si ancré dans une époque aujourd’hui révolue malheureusement. Il se dégage donc une ambiance onirique particulière, parfaitement représentée par le design de Falkor, mi-dragon mi-chien ou encore par le grand méchant du film, le néant, l’absence de tout, force obscure qui détruit aussi bien Fantasia que notre propre monde.

Au final, L’Histoire Sans Fin est un très bon film qui reste d’actualité sur pas mal de points que les adultes verront sans aucun doute. Néanmoins, le film reste assez difficile d’accès pour des jeunes enfants. En effet, entre les messages complexes et l’univers complètement loufoques, doublé d’effets spéciaux kitsch, le problème générationnel se pose pour se transporter dans cet univers qui ne correspond plus trop aux codes d’aujourd’hui. Un défaut mineur et qui tient plus de l’éducation à l’image, ce qui est totalement vrai, mais combien de parents ont encore le réflexe de laisser leurs enfants réfléchir sur un film avant d’en parler pour bien tout comprendre? Encore plus maintenant où l’on demande à des enfants de maternelle de devenir mature rapidement, parce qu’être adulte, ce n’est pas drôle et qu’il faut être sérieux…

Note: 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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