décembre 5, 2020

Le Bazar des Mauvais Rêves – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Horreur

Résumé :

Un recueil de nouvelles auscultant les paradoxes de l’Amérique et abordant des thèmes tels que les souffrances individuelles et collectives, la vieillesse et la mort, la culpabilité, etc

Avis :

Si Stephen King possède une bibliographie impressionnante, il la doit autant à ses romans qu’à ses innombrables nouvelles. Rares sont les auteurs à succès qui parviennent à publier des recueils assez régulièrement. Ils sont encore moins nombreux quand on connaît les réticences des éditeurs à se laisser séduire par ce format dont les ventes demeurent souvent décevantes. Mais certains noms suffisent à écouler des livres, même si l’histoire (ou les histoires, en l’occurrence) n’est guère expliquée. Toujours est-il que Le Bazar des mauvais rêves est évocateur d’un joyeux fourre-tout. De l’horreur au drame, il y en a pour tous les goûts, enfin presque.

Car il est bien difficile de faire résumer ou de distinguer quelques thématiques communes au gré des intrigues. Cela traduit l’étendue du registre de l’auteur et sa propension à nous conter des récits aussi courts que jouissifs. Cependant, à force de souffler le chaud et le froid, on trouve de tout dans cet ouvrage. Du bon, de l’intrigant, du moins bon et de l’inutile. Au fil de la lecture, le contraste est saisissant (voire frustrant) tant les impressions contradictoires se succèdent. On peut se montrer enthousiaste (Une mort et son exercice littéraire qui manipule notre perception), curieux (Morale et son approche déstabilisante de la notion de bien et de mal) ou dépité (l’anecdotique Premium harmony en est un exemple frappant).

Il est vrai qu’on a tendance à trouver quelques éléments référentiels. On pense notamment à Mile 81, allusion flagrante à Christine ou Ur. Cette dernière commençait pourtant comme une propagande promotionnelle pour le Kindle d’Amazon et tourne rapidement en un véritable fantasme pour tout bibliophile qui se respecte. Une histoire envoûtante à la croisée de La tour sombre et de 22/11/1963 (en ce qui concerne la modification du continuum espace-temps). La dune offre un bijou d’ambiance, à mi-chemin entre Duma Key et N. Dommage que celle-ci soit trop courte. Quant au Petit dieu vert de l’agonie, il fait clairement un clin d’œil appuyé au récent Revival.

Parfois, ces allusions se montrent moins subtiles et originales, comme avec l’exaspérant Billy Barrage, sorte d’ersatz d’Un visage dans la foule. Une nouvelle qui ravira uniquement les amateurs de baseball et de statistiques. Au-delà de ces considérations, on a aussi droit à des incursions ratées dont on ne saisit guère l’intérêt. Mention spéciale pour A la dure (déjà présente dans la version poche de Nuit noire, étoiles mortes), Mister Yummy et Ce bus est un autre monde. Si ce trio perdant ne possède qu’un point commun, c’est de narrer des faits ou des événements sans la moindre parcelle d’originalité. Peu importe si l’on ne plonge pas constamment dans l’horreur ou le fantastique, encore faut-il que cela en vaille la peine.

Et puis, au milieu de ça, Stephen King nous fait entrevoir deux poèmes. Choses assez rares puisqu’il se considère comme un mauvais poète. Une facette de l’auteur méconnue qui, pourtant, a de quoi surprendre. En ce sens, Église d’ossements développe une atmosphère assez oppressante. En revanche, Tommy joue plus sur la nostalgie d’une époque et d’un lieu. Intéressant, mais moins percutant. Autre aspect du recueil qui mérite que l’on s’y attarde, les introductions récurrentes de Stephen King qui nous accompagne avant chaque plongée dans son imaginaire. D’anecdotes en références, sans oublier quelques conseils d’écriture dont il n’est jamais avare (voir son livre Ecritures : Mémoires d’un métier), ce suivi est un véritable plaisir pour les fans de l’auteur et férus de détails en tout genre.

Au final, Le Bazar des mauvais rêves est un recueil de nouvelles qui laisse perplexe tant il est difficile de trancher. La faute à des histoires inégales qui se succèdent en démontrant le meilleur de Stephen King, comme le moins bon. Cependant, certaines intrigues distillent un goût d’inachevé (la conclusion de Nécro), tandis que d’autres nous laissent sur le carreau dès les premières lignes (Feux d’artifice imbibés auraient pu s’intituler Pétards mouillés pour assoiffés de la gnole). Si son talent d’écriture reste intact, c’est l’intérêt même de certaines trames qui est à mettre dans la balance. Une incursion chaotique qui se rapproche d’un road trip où une route sinueuse nous fait entrevoir de somptueux panoramas, des paysages arides et, parfois, des gouffres sans fond.

Note : 12/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « Le Bazar des Mauvais Rêves – Stephen King »

  1. excellente critique de ce recueil, du moins la plus complète et juste que j’aie pu voir. Je vous suis en tout point, King n’est jamais meilleur dans les nouvelles que lorsqu’il les sélectionne et les exploite plus longuement (« brume » restant son chef d’oeuvre dans le genre). Seule une nouvelle vaut selon moi plus que le crédit que vous lui accordez: « Feux d’artifice imbibés » qui est un régal de situation cocasse avec des personnages géniaux, plus proche du scénario de film des frères Coen que celui d’une mauvaise comédie. Certes à mille lieux de ce que l’on a l’habitude de lire de King, mais n’est ce pas aussi le but de ce recueil ?

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