Moi, Daniel Blake

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Titre Original : I, Daniel Blake

De : Ken Loach

Avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan, Sharon Percy

Année: 2016

Pays: Angleterre, France, Belgique

Genre: Drame

Résumé:

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Avis:

Il y a deux ans de cela, le social Ken Loach présentait à Cannes « Jimmy’s Hall« , ce qui devait être son dernier film. Ou du moins, le réalisateur ne manifestait pas l’envie immédiate de refaire un film. Il nous laissait alors avec un beau film, dans l’Irlande des années 30, sur fond de guerre irlandaise.

Mais l’amour du cinéma ne s’abandonne pas comme ça et Ken Loach nous revient cette année avec « Moi, Daniel Blake » et le moins qu’on puisse en dire, c’est que le réalisateur a bien fait de repousser sa retraite, puisque « Moi, Daniel Blake » s’avère être un bijou, loin de tout misérabilisme et larmoyant.

Parfaitement reçu à Cannes où le film a décroché la prestigieuse Palme d’Or, ce qui fait entrer Ken Loach dans la sphère privée des réalisateurs ayant reçu deux fois la récompense ultime (la première fois était pour le chef d’œuvre « Le vent se lève » en 2005), « Moi, Daniel Blake » entre donc comme un bijou dans la filmographie de son réalisateur. Un bijou dur et triste qui dénonce et ridiculise une administration fermée et bornée, tout en offrant un beau film humaniste basé sur l’entraide et l’optimisme.

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Daniel Blake est un homme qui approche de la soixantaine. Daniel Blake est un homme qui a toujours travaillé, mais une crise cardiaque survenue quelques mois plutôt cloue cet homme chez lui. Ses médecins lui refusent le droit de reprendre le travail. Mais l’administration ne lui accorde pas son droit aux indemnités d’invalidité. Daniel Blake se retrouve alors dans une situation des plus difficiles, car il se heurte à la machine bornée et fermée des conseillers qui ne font aucun compromis. Daniel Blake se retrouve alors à devoir prouver qu’il cherche activement un emploi tout en attendant un appel de sa demande pour toucher ses indemnités d’invalidité.

« Moi, Daniel Blake » est un film qui se suit entre émotion et révolte.

Pour son nouveau film, Ken Loach a décidé de peindre le portrait de deux personnages aussi tendres qu’attachants et c’est avec une immense pudeur que Ken Loach nous entraîne dans leur quotidien, qu’il filme pourtant au plus près.

Le scénario que tient Ken Loach entre ses mains dégage beaucoup de dignité. Le réalisateur nous raconte avec réalisme et absurdité ce combat qui frôle l’invraisemblable à plus d’une reprise. Une invraisemblance que le réalisateur tourne à la caricature pour appuyer le trait et c’est avec surprise aussi que « Moi, Daniel Blake » arrivera à être dramatiquement drôle.

Ken Loach est une personne intelligente et il le prouve encore une fois ici. Alors que le piège de tomber dans le glauque et le choquant pour dénoncer plus fort aurait été facile, Ken Loach préfère jouer la carte de la simplicité et du réel. La carte de la sincérité, suivant ce quotidien parcouru d’espoir quand l’entraide et l’humanité y font leur entrée. Et c’est là le plus beau, le plus tendre et le plus juste du film de Ken Loach. La bonté de l’âme de Daniel Blake ne s’achète pas et éclaire finalement tout le film, jusqu’à ce discours final, si juste avec tant de bon sens.

Ce qui est très bien avec le nouveau film de Ken Loach, c’est qu’il interpelle et met en lumière un système qui tourne en rond. « Moi, Daniel Blake » séduit et prend par l’instantané que le réalisateur met en images. Son film frôle parfois le documentaire, tant il est proche de ses personnages et c’est au travers de son fil rouge, de ces étapes et surtout de ses problèmes, que le réalisateur britannique aborde tout un tas de sujets aussi importants que les œillères d’une administration formatée ou encore la pauvreté, le choc des générations avec ce sexagénaire essayant de se former aux nouvelles technologies. Ken Loach livre un film politique qui dénonce plus qu’il juge. Un film qui peut révolter parfois, même si on peut reprocher au réalisateur de pousser parfois un peu loin la caricature de ses personnages, comme ce qui pourra arriver à Katie, cette mère de famille si dévouée qui coule petit à petit.

Ce côté documentaire, on le ressent aussi dans ses images ou sa mise en scène. Joliment filmé, « Moi, Daniel Blake » est un film très simple et en même temps terriblement complexe et riche, puisque Ken Loach a effacé sa mise en scène pour mieux l’appuyer et ainsi faire naître un sentiment d’instantané. On pourra toutefois regretter un rythme qui prend un peu trop son temps, étirant parfois certaines scènes.

Puis « Moi, Daniel Blake« , c’est ces deux acteurs principaux. Tenu avec force, charme et naturel par Dave Johns, comédien britannique discret qui prend ici son envol. Son Daniel Blake est passionnant dans ses retenues. C’est un personnage qui bouleverse dans son égarement, dans son combat, et les causes qu’il défend. Dave Johns saura toucher au plus juste à plus d’une reprise. Pour l’accompagner, on trouvera Hayley Squires, dans un rôle tout aussi juste. Hayley Squires, c’est la mère courage du film, certes un peu cliché, avec un parcours qui peut aller trop loin, mais pourtant, à bien des retenues, des silences ou encore des remerciements gênés, le personnage tout comme l’actrice, vont être prenant.

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« Moi, Daniel Blake » sera peut-être le dernier film de Ken Loach, dans tous les cas, le réalisateur anglais, qui a quatre-vingts ans, nous offre bien ici l’un de ses plus beaux films. « Moi, Daniel Blake » est un film nécessaire, qui fait autant de mal dans les émotions qu’il véhicule, que de bien dans les sujets qu’il traite, dans sa façon de les aborder ou encore et surtout dans la justesse de son interprétation.

Note : 15,5/20

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Par Cinéted

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