décembre 2, 2020

Sausage Party – Laissez venir à moi les petits enfants

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De : Greg Tiernan & Conrad Vernon

Avec Seth Rogen, Michael Cera, Kristen Wiig, David Krumholtz, Edward Norton, Salma Hayek

Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation, Comédie

Résumé :

Une petite saucisse s’embarque dans une dangereuse quête pour découvrir les origines de son existence…

Avis :

Disponible depuis un bail sur le net (hay captain ! Et une bouteille de rhum !), le film irrévérencieux du duo Seth Rogen/Evan Goldberg (qui ont confié la réalisation à Conrad Vernon, à la tâche sur Shrek 2, Monstres Vs Aliens et Madagascar 3), qu’on pensait au mieux confiné aux limbes de la sortie dvd tardive, arrive finalement sur les écrans français, auréolé à la fois d’une version française menée par Cyril Hanouna (au-secours diront les gens de bon goût) et d’une réputation si scabreuse qu’il a d’ores et déjà scandalisé les ligues de vertu de l’Hexagone.

Car voyez-vous, bonnes gens, le bastion de la vieille Europe, qui se rit du puritanisme américain et n’a donné qu’une interdiction aux moins de 12 ans à un film qui était interdit aux mineurs outre-atlantique, recèle tout de même en son sein de bons vieux bigots outrés qu’un dessin-animé, un DESSIN vous entendez, je cite « initie nos enfants à la sexualité de groupe et à la pornographie ».

Car c’est bien connu, non seulement nos chers bambins doivent à tout prix être éloignés du sexe et de sa diversité le plus longtemps possible, cette chose sale et contre-nature qui risquerait de leur donner envie de s’ouvrir plus tard aux plaisirs de la chair (si ça se trouve même pas pour s’assurer une descendance), mais en plus il serait invraisemblable d’imaginer un film d’animation créé majoritairement à l’intention des adultes.

C’est vrai quoi, arrêtons l’infantilisation de la société, comme dirait François Aubel le rédac chef culture du Figaro, laissons les dessins-animés aux mômes, les films en noir et blanc aux vieux, les comédies romantiques aux gonzesses, les films d’action aux bonhommes, et les vaches seront bien gardées. C’est pas comme si la France avait déjà connu la violence et la sexualité exacerbées des anime japonais, Metal Hurlant, Les Feebles, Team America, South Park, les Ralph Bakshi et autres Picha. Et même sans aller dans le trash, on le sait, René Laloux, Sylvain Chaumet ou Bill Plympton sont des personnages fictifs, Persepolis, Anomalisa ou The Plague Dogs, ça n’a jamais existé.

Encore une fois, les intégristes de tout bord prouvent à la fois leur manque de culture, et leurs lacunes en Histoire (et oui, la séparation de l’Église et de l’État, ça a plus de 100 ans les amis, vous pouvez grogner mais vous n’avez plus voix au chapitre), devenant rouge pivoine à la simple idée que leurs ados de 12 ans, submergés de slogans sexistes dans la pub, de violence réelle au journal, et d’allusions discriminatoires un peu partout dans les rues, puissent se gausser dans une salle obscure devant des saucisses qui jurent et des pâtisseries qui s’enfilent.

Mais ne t’inquiète pas, ô toi, garant des bonnes mœurs en robe de bure, pour contrer le Malin il existe une solution simple : élever correctement tes enfants et les convaincre de ne pas aller voir cet étalage sordide et scabreux (que personne n’est d’ailleurs forcé de subir, on est pas en dictature que diable). Ils pourront rentrer sereinement dans un cocon familial sain et vertueux, et attendre minuit que la maison soit endormie pour se palucher violemment sur les vidéos porno hardcore de Pornhub, les compétences innées en informatique héritées de leur génération leur permettant en toute quiétude de contourner le contrôle parental.

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Car toute cette polémique presque aussi drôle que le film lui-même, en plus d’offrir comme d’habitude une publicité gratuite et inespérée à un métrage discret exploité sur 83 salles dans toute la France, fait réfléchir sur notre ouverture d’esprit générale et notre rapport aux images.

Sommes-nous vraiment en train de considérer pour nos chères têtes blondes pire d’entendre des gros mots et de voir des actes de sauvagerie (d’innocents légumes se font dépecer) ou sexuels (le film finit effectivement sur une partouze gastronomique) rendus totalement inoffensifs par leur application irréaliste dans un film d’animation, que d’être abreuvés quotidiennement d’images et de discours d’une violence, d’une intolérance ou d’un racisme pour le coup bien réel ?

Certains spectateurs seront sans doute rapidement lassés par la vulgarité assumée du film et sa structure finalement assez simpliste, mais de là à faire un procès d’intention hypocrite en occultant totalement les nombreuses idées visuelles et thématiques d’un film qui se permet d’aller plus loin dans l’irrévérence qu’une litanie d’insanités et de références scabreuses, quand même…

Car au-delà de la liberté de ton et d’un concept totalement barré qui certes semblent  parfois être les seuls angles d’attaque du film, Sausage Party s’avère sous ses dehors rigolards un petit coup de pied dans la fourmilière qui égratigne tant de sujets sensibles de la société actuelle que les Père la Morale auraient plutôt du se pencher sur son fond que sur sa forme délibérément provocatrice.

Encore que, peut-être pourrions-nous imaginer que c’est justement ce fond sérieux déguisé en gonzo foutraque qui, totalement accessible aux jeunes ados, a fait peur à leurs parents. Il y a de quoi avoir peur pour le point de vue unique et obtus qu’on leur a inculqué, quand le film démarre sur la peinture d’une société culinaire lobotomisée sans même avoir un chef, démarrant religieusement leur journée en supermarché par une ode aux « Dieux » qui doivent venir les prendre pour les emmener dans la lumière, et où le moindre aliment qui n’est pas conforme à une uniformisation industrielle est raillé comme un moins que rien.

Une situation qui se voit immédiatement comme une métaphore simple mais acerbe de notre propre société, mais qui va changer le jour où un pot de moutarde est reposé en rayon après avoir traversé les portes du supermarché, ramenant avec lui l’indicible horreur de la réalité. La réaction en chaîne qui a lieu ensuite va emmener le spectateur à la découverte du monde des aliments, et les héros-saucisses Frank et Barry (Seth Rogen et Michael Cera) dans une aventure à la recherche de la vérité et de l’émancipation.

Parce qu’au-delà de la gaudriole, c’est d’émancipation dont il est question dans Sausage Party. Une fois découverte la vérité sur leur condition et leurs Dieux descendus de leur piédestal (les humains sont tous dépressifs, lâches, obsédés, drogués ou sanguinaires, au moins du point de vue des aliments), ils apprendront à dépasser leurs préjugés, à se libérer du joug de leurs persécuteurs et à s’accepter les uns les autres dans une grande orgie réconciliatrice.

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En filigrane, c’est tout un refus de l’intégrisme religieux et de ses dérives concrètes qui est exposé dans Sausage Party, qui va jusqu’à utiliser les personnages du pain libanais et du bagel (David Krumholtz de Numbers et Edward Norton) pour parler du conflit israelo-palestinien (et même le résoudre de la manière la moins politiquement correct qu’il soit). Plus que son irrévérence dans le côté ordurier et sexuel, c’est le sous-texte politique profondément anti-religieux qui devrait marquer et en faire un véritable objet de polémique.

Si, une fois passée la découverte d’une société et d’une métropole cosmopolites appliquées aux rayons d’un supermarché, Sausage Party à tendance à ne pas assez se renouveler (malgré des idées assez enthousiasmantes, comme cette petite saucisse bravant les dangers du monde extérieur, le balai à chiottes se découvrant une puissance phénoménale en devenant cannibale, ou l’utilisation drôlatique du bath salt), son fond satirique plutôt pertinent lui permet de s’élever au-delà du délire de sale gosse.

On y cause religion et politique donc, mais on condamne aussi férocement le consumérisme actuel, l’uniformisation de la société et le gaspillage de nourriture constant, notamment au détour d’une séquence parodiant l’introduction du Soldat Ryan qui s’avère presque terrifiante et nous fait provoquer une empathie immédiate pour ces objets inanimés (tout en nous laissant nous marrer comme des baleines).

Et si on ne s’attache pas autant aux personnages que, par exemple, dans un Pixar, qui a pour lui d’être principalement basé sur ça, la diversité des créatures et le casting aux petits oignons ont vite fait d’emporter le morceau. Au milieu des habitués (qu’on pourra surnommer le gang Apatow tant ils ont tous l’air d’avoir été découverts par le créateur de Freaks & Geeks), à savoir Seth Rohen, Kristen Wiig, James Franco, Bill Hader, Jonah Hill, Danny McBride, Paul Rudd, on retrouve également Craig Robinson (La Machine à démonter le temps), ainsi qu’Edward Norton en Sammy Bagel Jr donc, qui s’en donne à cœur joie en émule de Woody Allen, et la caliente Salma Hayek en Teresa Del Taco.

Bref, Sausage Party est un petit film de vilains garnements qui se reposent parfois trop sur son délire irrévérencieux, mais s’il ne restera pas forcément dans les annales, il convainc par son sous-texte beaucoup plus profond et intelligent qu’il n’y paraît.

Note : 15/20

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Par Corvis

Test Bluray

Image:

S’il est difficile de comparer la qualité de l’image sans avoir un DVD sous la main, force est de constater que le bluray est chatoyant et qu’il sublime les images de ce film d’animation.

Son

Le Dolby est au top, le son est parfait, que ce soit dans les moments chantés ou dans les paroles. Il faut tout de même signaler que la VOSTF est obligatoire sur ce genre de film pour comprendre toutes les subtilités des jeux de mots.

Interactivité

Les commandes répondent au quart de tour, même s’il faut un petit temps pour que les menus s’affichent. L’ensemble est fluide et instinctif.

Bonus

Comme sur tout bluray qui se respecte, on retrouve bien entendu les bandes-annonces d’autres films ainsi que quelques cadeaux inaltérables comme le bêtisier. On retrouvera par contre la genèse du projet ainsi qu’un petit documentaire sur la difficulté de vendre le film à Hollywood. On pourra aussi profiter de quelques saynètes rigolotes dans lesquelles Seth Rogen se met en scène. Rien de mirobolant mais l’ensemble demeure sympathique.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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