octobre 24, 2020

Le Paris des Merveilles T.03 – Le Royaume Immobile – Pierre Pevel

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Auteur : Pierre Pevel

Editeur : Bragelonne

Genre : Steampunk

Résumé :

Alors que tout le monde ne songe qu’aux prochaines élections du Parlement des Fées, Griffont doit aider un ami soupçonné de meurtre. De son côté, Isabel se trouve aux prises avec de dangereux anarchistes venus de l’OutreMonde et décidés à ensanglanter Paris pour se faire entendre. Mais ces deux affaires pourraient bien être liées, et nos deux héros ne tarderont pas à lever le voile sur un secret ancien susceptible d’ébranler le trône d’Ambremer. Un secret que convoite le Reine Noire, jumelle maléfique et ennemie acharnée de la reine des fées.

Avis :

Grand spécialiste de la littérature de l’imaginaire, Pierre Pevel a multiplié les cycles dans autant d’univers que de sous-genres différents (Les lames du cardinal, Le Haut-royaume…). Alors qu’il semblait avoir délaissé Ambremer pendant plus d’une décennie, la récente réédition des deux premiers tomes chez Bragelonne s’accompagne également d’un opus inédit. Rebaptisée entre-temps Le Paris des merveilles, l’œuvre de Pierre Pevel se démarque par cette « hybridation » entre la fantasy et le steampunk. Autrement dit une singulière incursion où l’humour, l’enchantement et les péripéties bataillent au cœur d’un cadre aussi familier que déconcertant tant le détournement y est subtil et réaliste. Enfin, si tant est que ce dernier terme possède un sens en de telles contrées…

Si le décalage chronologique avec le précédent tome est évident, il semble s’être écoulé un délai très court avec celui-ci. On retrouve ses marques sans la moindre difficulté. De plus, les événements qui séparent les deux intrigues ne sont pas si éloignés les uns des autres. En ce sens, l’immersion est quasi immédiate. L’indépendance des affaires qui occupent Griffont et ses compagnons permet d’aborder chaque volet au bon vouloir du lecteur. Seulement, l’évolution des personnages et une connaissance relative de l’OutreMonde et de son intrication avec notre réalité risque de lui échapper. Il y a bien la brève préface de l’auteur en guise de présentation, mais elle se révèle bien insuffisante au regard de la richesse de l’univers.

Malgré cette continuité avec ce qui a été abordé précédemment et le contexte du début du XXe siècle, la mise en place de l’intrigue est beaucoup moins dynamique qu’auparavant. Non pas que l’on s’ennuie ferme, mais la trame à tendance à s’appesantir sur l’entame en allongeant des passages qui n’en demandaient pas tant. Il en ressort une introduction laborieuse (qui occupe un bon tiers du livre) où l’on ignore si les faits évoqués seront de première importance ou secondaire par la suite. De fait, l’histoire se révèle simpliste à bien des égards et dénote par une construction un peu trop linéaire. Sans altérer des qualités incontestables, Le royaume immobile prolonge l’expérience initiée par ses aînés sans pour autant la magnifier ou, pire, la justifier.

Il demeure néanmoins que le style de l’auteur et l’atmosphère si particulière d’un Paris habilement revisité permettent de combler les lacunes du récit. Les échanges entre les protagonistes sont vivants à plus d’un titre et apportent une subtilité évidente à leur caractérisation. Jouer du sarcasme, de l’humour tout en se penchant sur la gravité des problèmes offre une fraîcheur et une énergie qui peut manquer dans les lignes descriptives. Non pas que l’aspect fantasmagorique ou merveilleux soit remisé en arrière-plan, mais celui-ci aurait gagné à s’imposer davantage autrement que par des explications ou des éléments anecdotiques. On songe notamment aux menottes en sélénium noir (censées brider les pouvoirs des mages) ou à la possibilité des chats ailés de se plonger dans l’imaginaire des livres s’ils s’endorment sur leurs pages.

Au final, Le royaume immobile demeure une suite sympathique à bien des égards. On retrouve un univers comme on l’avait laissé (ou presque) après L’élixir d’oubli avec une capitale habilement revisitée et des personnages hauts en couleurs. L’intrigue fait montre de quelques faiblesses qui ne manqueront pas d’atténuer l’excellente impression qu’on se fait de ce monde. Pour autant, ses errances n’enlèvent rien à l’originalité ou au plaisir de lecture qu’on peut en retirer. Ce troisième tome demeure agréable à parcourir. Toutefois, on ne peut s’empêcher de constater que cette suite se repose plus sur ses acquis au lieu de pousser plus loin l’exploration de l’OutreMonde et du Paris des merveilles. Un bon livre, mais pas aussi exceptionnel qu’on aurait pu l’espérer.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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