novembre 30, 2020

Le Paris des Merveilles T.01 – Les Enchantements d’Ambremer – Pierre Pevel

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Auteur : Pierre Pevel

Editeur : Bragelonne

Genre : Steampunk

Résumé :

À première vue, on se croirait dans le Paris de la Belle Époque. En y regardant de plus près, la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, et une ligne de métro rejoint le pays des fées… Dans ce Paris des merveilles, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, est chargé d’enquêter sur un trafic d’objets enchantés, lorsqu’il se retrouve impliqué dans une série de meurtres. Il lui faudra alors s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…

Avis :

Figure incontournable de la fantasy française, Pierre Pevel est un auteur connu pour l’originalité et l’excentricité de son œuvre. Chose délicate et rare, surtout si l’on sort du carcan anglo-saxon dans le genre précité. Le steampunk ne déroge pas à la règle et il est toujours intéressant de se pencher sur une incursion de cette envergure avec un véritable talent d’écriture. Alors, quand on se retrouve dans un Paris au début du XXe siècle où magie, mondes parallèles et enquête sur des trafics tout aussi mystérieux que les objets magiques concernés se bousculent au fil des pages, on peut se poser nombre de questions. La première : est-il bon de se perdre en pareille contrée ?

Pour les esprits terre-à-terre ou peu enclins à explorer une réalité alternative à l’histoire que nous connaissons tous, il vaut mieux passer son chemin. Pour les autres, le Paris des merveilles fait montre d’une singularité bienvenue. Si les codes du steampunk sont perceptibles, il n’en demeure pas moins que Pierre Pevel parvient, quand c’est nécessaire, à s’en affranchir pour lorgner du côté de son domaine de prédilection (la fantasy) et même des polars à l’ancienne. Un mélange d’érudition pour reconstituer le Paris d’antan et une bonne dose de folie pour triturer les faits, les lieux et les intervenants qui vaquent en ces rues bien difficiles à reconnaître.

Il est vrai que, parfois, le récit s’attarde sur des aspects secondaires ou des sous-intrigues qu’on relie assez tardivement au fil rouge du roman. En d’autres circonstances, ces digressions auraient pu péricliter une excellente entame vers une routine lénifiante. Or, il n’en est rien. Mis bout à bout, ces détails contribuent à crédibiliser la mythologie de l’Outremonde, une sorte d’univers parallèle qui côtoie le nôtre en interférant de la plus déconcertante des manières. Un soupçon de légendes, quelques passages historiques, des personnalités hautes en couleurs, le tout enrobé par une touche de mysticisme et une bonne dose de magie et l’on obtient un mélange improbable, mais qui fonctionne.

De plus, on ne nous inflige une multitude de descriptions ou de séquences plates, voire redondantes. Les investigations succèdent à des péripéties parfaitement mises en scène pour appuyer la dynamique de l’intrigue. Cette variété entretient une atmosphère délirante où les échanges qui s’ensuivent offrent une subtilité inattendue dans les propos tenus et les éventuelles pistes qui s’ouvrent. Les lieux, les accoutrements, le maniérisme ou la nonchalance de certains individus font montre d’un raffinement propre aux charmes désuets de l’époque qui évoque, dans une moindre mesure, la période victorienne.

Cet aspect emprunte le même ton que Mark Hodder pour Les aventures de Burton & Swinburne, ainsi que Les arcanes du midi-minuit dans le domaine de la bande dessinée. En d’autres termes, un soin tout particulier est apporté au niveau de la caractérisation, de l’exposition des faits et des différents protagonistes, sans oublier la touche d’originalité qui s’invite à chaque coin de rue ou de couloirs. Quelle que soit la nature des intervenants (créature, humain ou animal), ceux-ci imposent leur présence par un comportement ou une réplique bien sentie. Même les personnages secondaires ne sont pas en reste avec des traits distincts ou une importance relative et néanmoins prégnante au fil des pages.

Au final, la saga du Paris des merveilles démarre en fanfare avec Les enchantements d’Ambremer. Un premier tome aussi réussi que singulier. Il est bien difficile d’y déceler des errances ou de menues maladresses tant l’auteur est parvenu à conjuguer la reconstitution historique de Paris au début du XXe siècle tout en la détournant suffisamment pour en faire une ville à la croisée des genres. Entre steampunk, fantasy et polar historique, l’intrigue offre un mélange détonnant sur tous les aspects qu’il expose. Magie, réalité alternative, règlements de comptes ancestraux et autres péripéties plus ou moins farfelues se succèdent sans jamais lasser le lecteur. Mieux que cela, Pierre Pevel nous surprend avec son imaginaire débridé où se dégage une folie toute mesurée.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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