octobre 28, 2020

Lee Fields & The Expressions – Emma Jean

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Avis :

Quand on jette un œil sur le marché du disque, on peut prendre un air apeuré et comprendre pourquoi la vente d’albums s’effondre. Entre les stars de la pop qui n’ont pas grand-chose à dire et les nouvelles recrues d’une lobotomisation de masse sur un public juvénile ou impersonnel, on assiste à un grave nivellement vers le bas qualitativement parlant. S’il en faut pour tous les goûts, il est difficile de faire de bons choix quand les seules options restent des dizaines de Britney Spears à moitié à poil, de Kendji Girac en mode gentil gitan bourreau des cœurs ayant moins de 14 ans ou encore M. Pokora en blond peroxydé qui arrive à faire pire de Claude François. Si tu es amateur de rock, de reggae, de soul ou même de rap, les chois deviennent plus complexes et tournent toujours autour d’un dernier succès ou d’une manière horripilante de vendre le dernier truc à la mode. Et le domaine de la soul n’y échappe pas et devient même un genre en déclin en France, les promotions de certains artistes ne dépassant parfois pas le stade de la frontière américaine. Et parfois, pour trouver de bons sons, il faut soit regarder des séries comme Luke Cage ou alors fouiner sur le net, ou encore être amateur du genre pour connaître certains artistes assez méconnu chez nous. C’est le cas de Lee Fields, chanteur soul ayant sorti déjà cinq album avec le groupe The Expressions, et qui possède de grandes similitudes avec James Brown. Emma Jean est donc ce cinquième album en collaboration avec le groupe précité et le résultat est tout bonnement à tomber par terre.

Le skeud débute avec Just Can’t Win et dès les premières notes, on ressent une chaleur immense. C’est bien simple, le chanteur accompagné avec le groupe arrive à faire une soul parfaite qui respire les années 70, apogée de la Motown. On remarquera de suite la tessiture si particulière du chanteur qui ressemble à s’y méprendre à celle de James Brown. Une ressemblance qui aura valu à Lee Fields un surnom saugrenu de Little JB du fait de sa petite taille et c’est lui qui doublera certains morceaux du film Get On up, biopic sur la star de la soul. Quoiqu’il en soit, ce premier titre, assez doucereux, annonce clairement la couleur et offre à l’auditeur une soul propre, engageante et d’une technique exemplaire. La deuxième piste montrera une autre facette de cet album avec une reprise de JJ Cale, Magnolia. Il s’agit-là d’un titre plus doux, d’une jolie ballade soul, qui montre que le chanteur fait aussi dans la musique moins énergique mais plus émotionnelle. On retrouvera cela dans le sublime morceau Stone Angel, en fin d’album, qui montre là aussi toute la facilité qu’a le chanteur pour exprimer l’amour et la tendresse en seulement quelques notes et une musique d’une chaleur incommensurable. On imagine rapidement un club de Harlem avec une lumière tamisée jaune/orange pour accompagner cette musique si agréable et si rétrograde mais dans le bon sens du terme, amenant une belle bouffée de nostalgie.

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La chose que l’on aurait pu craindre avec cet album, c’est une certaine redondance dans le style et la façon d’amener les morceaux. Mais il n’en est rien, puisque Lee Fields trouve un parfait équilibre entre plusieurs sous-genres, attenant à la soul bien évidemment, et en changeant les rythmiques afin d’offrir des ballades comme on a pu le voir, mais aussi des titres plus pêchus comme Still Gets Me Down, qui fait écho à ce qu’aurait pu faire un certain James Brown ou encore Talk to Somebody qui gagne en intensité avec la présence indispensable des cuivres qui appuient la puissance du refrain. En fait, ce qu’il y a d’incroyable dans cet album, c’est la technicité irréprochable des musiciens, que ce soit sur le clavier, omniprésent dans les compositions, la guitare ou encore la batterie, puisque tout s’accorde sans aucune fausse note. On retrouvera d’ailleurs des compos qui resteront longtemps en tête comme le titre de clôture, Don’t Leave Me This Way ou encore le très classique In the Woods et ses chœurs féminins. Bref, l’album ne comporte que peu de défauts, si ce n’est parfois un titre un poil moins accrocheur à l’image du trop simple Paralyzed, mais c’est un bien maigre défaut.

Au final, Emma Jean, le cinquième album de Lee Fields en collaboration avec le groupe The Expressions, est une tuerie dont il serait dommage de passer à côté. Chaleureux, doux, énergique, technique et prenant, l’album reflète un âge d’or de la soul aujourd’hui malheureusement révolu ou voué à une pente vertigineuse vers quelque chose de plus commercial et donc de moins authentique. Avec cet album, on retrouve une nostalgie nécessaire qui montre que la soul manque cruellement dans la culture française. Bref, Lee Fields est un auteur trop méconnu, injustement.

  1. Just Can’t Win
  2. Magnolia
  3. Paralyzed
  4. Standing by Your Side
  5. Eye to Eye
  6. In the Woods
  7. All I Need
  8. Still Gets me Down
  9. Talk to Somebody
  10. Stone Angel
  11. Don’t Leave Me This Way

Note : 18/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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