novembre 30, 2020

Tu ne Tueras Point – Pamphlet Pacifiste Dans un Océan de Violence

302469-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Titre Original : Hacksaw Ridge

De : Mel Gibson

Avec Andrew Garfield, Teresa Palmer, Vince Vaughn, Hugo Weaving, Sam Worthington

Année: 2016

Pays: Etats-Unis

Genre: Guerre, Biopic

Résumé :

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sureté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Avis :

Le monde est injuste. Le monde est injuste car les hommes sont inégaux entre eux dès leur naissance. Et si certains vont galérer toute leur vie pour apprendre ou trouver leur voie, d’autres ont des mains en or et transforment tout ce qu’ils touchent. C’est un peu le cas de Mel Gibson qui, dès son rôle dans Mad Max de George Miller, va devenir une icône incontournable du septième art. Et cela aussi bien dans la réalisation (qu’il débute en 1993 avec L’Homme Sans Visage) que dans ses prestations d’acteur. A la fois libérateur de l’Ecosse dans Braveheart et père revanchard dans Blood Father, Mad Mel est devenu l’une de ses références en matière de cinéma, même si récemment, son parcours tient plus du chemin de croix que de la croisière s’amuse. Mais que nenni, dix ans après l’incroyable Apocalypto, l’acteur australien revient derrière la caméra pour un projet alléchant, un biopic sur un pacifiste parti à la guerre et ne voulant pas toucher une arme. On pourrait croire à une mauvaise blague, sauf que le film est une grande réussite, un coup de poing violent dans la face, un pamphlet humaniste et pacifiste au sein d’une violence barbare sans limite.

201037-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Car finalement, faire un biopic sur un type qui soigne des gens en temps de guerre, ce n’est pas le genre de chose qui attire l’œil. Sauf si derrière ce portrait, derrière l’homme, on met en avant des valeurs universelles et une morale grandissante que tout le monde devrait s’appliquer pour une paix durable. En fait, derrière ses atours de film de guerre sans concession, Mel Gibson va dresser une sorte d’hagiographie autour d’un homme qui ne veut pas tuer, mais qui veut aider son pays durant la Seconde Guerre Mondiale. Pris pour un simple d’esprit par beaucoup de monde, l’homme va révéler sa vraie nature au combat, ouvrant les yeux à certains de ses compatriotes sur l’absurdité d’une guerre dont personne ne comprend vraiment les raisons. Véritable œuvre humaniste, Tu ne Tueras Point reflète bien la nature humaine, qui juge sans savoir, qui tue sans comprendre et ce biopic sera l’occasion rêvée de montrer que le respect, l’abnégation et l’altruisme sont les seules valeurs qui sauveront le monde.

Cependant, un film n’est pas qu’un étendard que l’on brandit avec un bon message au-dessus, c’est aussi des images et une mise en scène. Et là-dessus, Mel Gibson est clairement au-dessus du lot. Le début du film traite de la jeunesse du héros et ainsi que sa foi en tenant pour précepte de ne jamais tuer quiconque. Après cette rapide présentation, qui servira surtout à montrer les troubles post-traumatiques d’un père ayant survécu à la grande guerre, le film va aller vers l’évolution du personnage quelques mois avant son engagement dans l’armée. On va ainsi voir un jeune garçon dynamique, touchant, parfois un peu niais, mais heureux de vivre et aimant. Ce portrait va être l’occasion de créer un lien intime avec le personnage, qui est un homme bon et joyeux. On va ressentir une forte empathie pour ce jeune homme et du coup, on va se projeter à sa place, mettant en avant un réel ressenti entre le film et le spectateur. Ces phases d’introduction que l’on pourrait trouver longues sont présentes pour approfondir un personnage et lui donner une aura qui rayonnera durant tout le métrage. D’ailleurs, Andrew Garfield est incroyable dans le métrage, entre sa naïveté rafraichissante et sa découverte de l’horreur de la guerre malgré son abnégation à sauver des soldats. La trame narrative de Gibson est donc parfaite, lançant ensuite un assaut destructeur qui va tout emporter sur son passage.

Car après la luminosité de la vie de couple et de la jeunesse américaine, le réalisateur plonge le spectateur dans l’horreur de la guerre, dans tout ce qu’elle a de plus meurtrier et sanglant. Ne lésinant pas sur le gore pour démontrer la violence des combats, le réalisateur livre une mise en scène sublime qui oscille entre plusieurs genres. Car la découverte de Hacksaw Ridge, dans la fumée des bombardements et le silence de la mort, relève du film d’horreur, avec une compagnie de soldats qui se trimballe au milieu des cadavres mutilés et parfois rongés par les rats. Certes, c’est sanglant et sale, mais c’est la réalité de la guerre, et encore une fois, le metteur en scène mise tout sur le réalisme pour toucher encore plus le spectateur et faire craindre pour ses personnages. Des personnages qui vont d’ailleurs prendre de plus en plus de place, à un tel point que la guerre va presque effacer le héros au profit des seconds rôles, prenant de plus en plus de place. Ainsi, Luke Bracey va tenir un rôle dramatique et touchant, Vince Vaughn sort de sa zone de confort et livre une prestation parfaite, tout comme Sam Worthington, qui est un personnage dont l’évolution sera la plus forte. Mais finalement, le plus fort, c’est bien Hugo Weaving en père traumatisé par la grande guerre, et qui va tout faire pour protéger ses fils. L’acteur livre une prestation sans faille, sorte de réminiscence d’un passé que l’on ne veut plus connaître. Ainsi donc, Mel Gibson décrit la guerre comme un acte qui dépersonnalise l’être humain au sein d’un tout ou chacun a son importance. La preuve en est faite avec deux passages d’assaut meurtrier, filmé à la perfection et dans lesquels le héros, toujours présent, s’efface presque, donnant plus de places aux soldats.

475566-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Au final, Tu ne Tueras Point est une tuerie incroyable, dans tous les sens du terme. Puissant, beau, touchant, mais aussi très violent et parfois gore, le dernier film de Mel Gibson est un pamphlet pacifiste au milieu d’une violence exacerbée et incontrôlable. Véritable portrait d’un homme trop méconnu, ce film est un véritable chef d’œuvre qui fera date dans le septième art, au même titre que les autres réalisations de Mel Gibson, notamment Braveheart et Apocalypto.

Note : 20/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.