novembre 30, 2020

Mr X – Peter Straub

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Auteur : Peter Straub

Editeur : Bragelonne/Pocket

Genre : Horreur

Résumé :

Tous les ans, depuis son enfance, le jour de son anniversaire, Ned Dunstan est victime d’une transe durant laquelle il assiste, impuissant, à la même scène de massacre d’une violence insensée commise par un mystérieux homme en noir qu’il a surnommé  » Mr. X « . Saisi d’une prémonition, il retourne à Edgerton dans l’Illinois, la ville de son enfance, pour y revoir sa mère qui, effectivement, est mourante. Mais, avant de s’éteindre, celle-ci lui révèle le nom de son père et avertit Ned qu’il court un grave danger. Dans sa quête de ce père énigmatique, il va vivre quantité d’aventures extraordinaires qui vont lui permettre d’en apprendre plus non seulement sur sa propre identité, mais aussi sur une famille réellement fantastique. Il découvrira l’existence d’un inquiétant frère jumeau doté de pouvoirs surnaturels et sera soupçonné de trois meurtres avant de pouvoir enfin affronter le maléfique Mr. X.

Avis :

Véritable pilier du fantastique contemporain, Peter Straub est un auteur qui fait montre d’une certaine renommée pour son œuvre étrange, peuplée de mystères et, parfois, difficile d’accès. Tant pour sa prose stylistique que pour ses intrigues denses et obscures, il n’est pas toujours aisé de s’immerger dans ces romans. Pour autant, ce serait délaisser un imaginaire singulier où l’approche du genre (ainsi que celui de l’épouvante et de l’horreur en certaines circonstances) présente un raffinement inattendu parmi une pléthore de faits et de personnages. Avec Mr X, il explore la thématique du double maléfique dans une histoire coincée entre la découverte d’un passé oublié et l’indicible…

Le postulat de départ est pour le moins ambitieux : exploiter l’univers de Lovecraft, non comme un hommage ou un tonitruant clin d’œil, mais en émettant l’hypothèse que ses récits seraient issus d’une réalité qu’on préfère ignorer. En ce sens, bon nombre d’écrivains avouent s’inspirer du maître de Providence ou que celui-ci les a grandement influencés à travers leur carrière. En cela, on pourrait trouver l’initiative plus pernicieuse qu’elle n’y paraît. Si les premiers instants laissent augurer le contraire avec une relecture inattendue de L’abomination de Dunwich, la suite s’étirera trop en longueur pour que l’ambiance s’élève vers des cimes de terreur.

La propension de Peter Straub à s’étendre plus que de rigueur sur des conversations à l’intérêt discutable ou sur des passages qui auraient pu être oblitérés plonge la trame dans une progression lénifiante, presque statique. Il y a bien quelques références supplémentaires à Lovecraft pour contenter le quidam (L’affaire Charles Dexter Ward, Le modèle Pickman…), mais Mr X ressemble davantage à une quête de la mémoire plutôt qu’à un livre âpre empreint d’une aura angoissante. Heureusement, le style de l’auteur permet de ne pas se sentir lésé par trop d’atermoiements. Dommage que les incursions de Mr X entre deux sous-chapitres concernant Ned ne viennent pas rehausser le niveau autrement que par des poncifs évoquant, là encore, Lovecraft.

Sur ce point, l’on demeure dans l’expectative de l’existence de créatures difformes ou de divinités antédiluviennes. Outre un dénouement en queue de poisson qui tente d’abréger notre petite visite d’Edgerton par un retournement précipité qui tend vers un final assez long. Ce constat paradoxal est néanmoins à l’image du reste du livre. Intrigant, bien écrit, mais trop digressif pour convaincre dans son ensemble. L’on regrette également que la thématique du jumeau maléfique ne propose guère plus d’ambivalences. Il y a bien des doutes et des affrontements, mais on est loin du traitement à double tranchant qu’on pouvait attendre.

En ce qui concerne les protagonistes, ils sont nombreux au point d’éprouver des difficultés à les resituer par rapport aux faits et aux autres individus concernés. Au vu de l’épaisseur du livre, chacun est développé dans les moindres détails, quitte à sombrer dans une propension monomaniaque pour dépeindre la plus petite anecdote. Cela peut paraître déroutant et en décontenancera plus d’un, surtout si vous n’êtes pas coutumier de Peter Straub. S’ils s’avèrent réalistes de par une évolution méticuleuse et sensible, les différents intervenants ajoutent encore à la complexité d’une intrigue aux abords obscurs. Un peu comme l’ombre qui semble vous scruter sur la couverture (à moins qu’elle ne vous tourne le dos).

Derrières ses atours fantastiques, Mr X est un roman qui se contente d’évoquer ses prestigieuses thématiques (le double maléfique, l’œuvre de Lovecraft) au profit d’une succession de révélations et de faits centrés sur son personnage principal. Malgré quelques très bonnes idées et le style de l’auteur, l’intrigue se montre frustrante à plus d’un titre. Long sans être ennuyeux, curieux et néanmoins abscons dans ses intentions, Mr X multiplie les contradictions. Il en résulte une appréciation en demi-teinte pour un ouvrage qui s’adresse avant tout (et presque exclusivement) aux fans de Peter Straub. Ceux de Lovecraft risquent de s’insurger face à des promesses non tenues ou à tout le moins partiellement. Aussi complexe que contemplatif.

Note : 12/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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