Extreme Cinema for Extreme People – Jour 6

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Enfin je recommence à voir des films !

Enfin pas tant que ça, parce que d’une part on est vendredi, et comme dans la journée y’en a qui bossent, les séances commencent encore à 18h30, et d’autre part j’ai dû travailler d’arrache-pied pour vous retranscrire les interviews enregistrées mercredi.

Plus jamais !

La prochaine fois je prends caméra et micro, et je vous fais le tout en vidéo.

On croit que c’est facile, qu’il suffit de réécrire ce qu’on a enregistré, mais quand on n’a pas la cadence d’une sténo-dactylo, qu’on bosse sur un clavier où le e foire une fois sur deux, qu’il faut adapter le langage parlé à l’écrit et qu’une des interviews doit même être traduite depuis l’anglais, ben croyez-le ou pas, mais ça prend du temps.

Du coup j’ai passé ma journée à travailler pour vous. Oui, pour vous, et franchement ça mérite un câlin ! Les 32 minutes passées à discuter avec Eric Valette m’ont donné 5 ou 6 heures de boulot, tant et si bien que j’ai dû faire passer à la trappe la séance de 18h30…

Bon, ce n’est pas si grave, c’est Jeepers Creepers qui était projeté, et le film étant sorti il n’y a pas si longtemps (hé, 2001 quand même, le temps file), il y avait plus de chances de l’avoir vu au cinéma.

Ce qui n’est pas le cas de Candyman, deuxième film du dyptique « Ogre des villes, monstre des champs », que j’aurai beaucoup aimé voir sur grand écran, seulement voilà, ces petits malins l’ont projeté en même temps qu’une autre séance, et l’autre séance c’était The Killer de John Woo ! Et on ne snobe pas un John Woo sur grand écran, même pour aller voir un renoi qui mange des abeilles et joue au pirate derrière un miroir.

Du coup, le programme de ce soir pour moi c’est le polar bourrin The Killer et le porno vintage Gorge Profonde.

Du sang et du sexe, une preuve supplémentaire qu’Extrême Cinéma est un festival qui célèbre le cinéma dard et décès.

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The Killer donc, œuvre intemporelle célébrée un peu partout comme LE chef-d’œuvre de John Woo, s’il procure un plaisir immense sur grand écran, offre une révision curieuse après toutes ces années de visionnage en VHS sur l’écran du salon familial (quand les parents n’étaient pas là). S’il n’a pas vraiment vieilli (on y retrouve tous les éléments que les défenseurs du hong-kongais adorent et que ses détracteurs raillent), on s’aperçoit que ce film, sans doute le plus connu de la période HK du cinéaste, reste quand même moins violemment nostalgique et poignant qu’Une Balle dans la tête, moins fou et furieux que les Syndicat du crime, moins efficace et carré qu’À toute épreuve. C’est peut-être son film le moins complexe et le plus linéaire des quatre métrages de l’âge d’or (en considérant que les deux Syndicat du crime ne forment qu’une seule histoire). Et en même temps c’est la pelloche parfaite pour appréhender l’œuvre du cinéaste, puisqu’elle picore et rassemble tous les éléments que les autres vont approfondir. La violence outrée du Syndicat, le côté tragique d’Une Balle, la virtuosité d’À tout épreuve, sans pour autant en être la symbiose parfaite. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le film « le plus faible » des quatre car ils sont chacun une pépite à voir et revoir encore, mais par rapport à sa notoriété, le revoir m’a fait me rendre compte que je préférais quand même, et largement, les trois autres. Ceci dit, il n’y a pas grand-chose à reprocher à The Killer, si ce n’est son scénario effectivement très simple (un tueur à gages s’occupe de la jeune femme qu’il a rendu accidentellement aveugle, et se retrouve pourchassé à la fois par un flic teigneux et par son dernier commanditaire lorsqu’il essaie de raccrocher), qui permet tout de même de très belles scènes de tension (la première rencontre de « Dumbo et Mickey » restera dans les mémoires) et des moments assez déchirants (si tant est que l’on adhère à ce style de tragédie très lyrique coutumier du réalisateur).

Quant aux scènes d’action, si la plupart sont moins longues et moins percutantes que dans certains de ses autres films (c’est en fait vraiment plus un film policier qu’un film d’action), on ne pourra évidemment pas faire la fine bouche devant les deux scènes finales gargantuesques, apocalyptiques, et en même temps complètement désespérées et émouvantes.

Du pur John Woo quoi…

Ah, et si on a pu découvrir le film dans une très belle copie 35 à peine abîmée en en version originale (ce qui est toujours appréciable), mon âme d’enfant qui a usé les VHS du réalisateur pendant des années a presque regretté les doublages français impeccables, qui donnaient à Chow Yun Fat une voix grave et badass du plus bel effet, là où il possède en réalité (je viens de le découvrir) une voix presque haut perché.

 

À peine le temps de manger une ou deux prunes (oui j’écris ça presque à chaque fois, mais c’est pour vous rappeler le rythme presque industriel du boulot de spectateur de festival), qu’on retourne dans une salle bondée (à une lettre près on était dans le ton) pour la séance de Gorge Profonde de Jerry Gerard (alias le bien connu Gerard Damiano).

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Incroyable de voir autant de monde, et autant de personnes différentes, venu voir un film X au cinéma. Peut-être un moyen pour les toulousain(e)s de s’encanailler un peu.

Et de rire un bon coup, car, malgré les circonstances très opaques de sa production, le film est connu pour être l’élément comique du célèbre tryptique porno des années 70, Derrière la porte verte en étant le pendant arty, et l’Enfer pour Miss Jones (du même Damiano) le versant sérieux et intellectuel.

Du coup, c’est rapidement une bonne tranche de rigolade qui s’empare de la salle, bien aidé par des dialogues absurdes et une version française délicieusement ringarde (il faut entendre le docteur rassurer l’héroïne qui vient d’apprendre qu’elle avait le clitoris au fond de la gorge, et lui dire que ce n’est pas grave, elle lui répondre qu’il ne dirait pas la même chose s’il avait un pénis dans chaque oreille, et lui rétorquer enfin qu’au moins il pourrait s’entendre faire l’amour), un sentiment léger qui fait oublier la situation un peu incongrue de regarder un film de fesse sur un écran de cinéma avec plein de gens autour.

Film à la durée extrêmement courte et au pitch minimaliste (61 minutes douche comprise pour voir Linda découvrir son infirmité, se mettre au service du docteur, et apprendre à jouir en engloutissant des pénis), Gorge Profonde n’est pas seulement un film séminal (huhu, vous avez le droit de glousser) de l’Histoire du porno, mais aussi une pelloche extrêmement plaisante à suivre, drôle, absurde, nanti de quelques bonnes idées visuelles (le départ d’une fusée ou un feu d’artifice pour visualiser l’orgasme), de personnages abracadabrants (le Docteur Young et ses bacchantes, joué par Harry Reems, une légende du porno, vaut son pesant de cacahuètes), et de scènes X finalement assez subtiles à des lieues du porno de garçon boucher actuel.

Le film parfait pour finir la soirée, avant de vite aller se coucher (enfin j’ai dû écrire ce que vous venez de lire quand même) pour être en forme demain, car qui dit samedi dit dernier jour du festival, et on va voir des films quasiment sans discontinuer de 15h à 7h du matin.

Wish me luck !

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Corvis.

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