décembre 4, 2020

Extreme Cinema for Extreme People – Jour 3

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Il y a des jours comme ça…

Tout ne peut pas toujours être parfait, et on ne peut pas toujours tout avoir.

Par exemple on ne peut pas avoir Taylor Swift sans ses chansons.

Et aujourd’hui à Toulouse, il faisait ciel bleu, mais du coup on a dû se taper le vent. Et à Extreme Cinema, j’ai encore vu des films rares, mais la plupart n’étaient pas très bon…

La semaine a commencé, comme ceux qui bossent ont pu le constater, et ici ça signifie que les séances ne commencent qu’à 18h30. Avant ça vous pouvez aller faire les magasins, aller voir des films plus récents au cinéma, faire un footing, des galipettes avec votre voisine, ou comme moi écrire ce satané compte-rendu que vous avez laissé tomber la veille pour cause de flemme.

Vous vous dites que du coup, vous avez largement le temps, et au final vous vous retrouvez quand même à rendre votre copie à 18h05 avant de courir vers votre vélo pour arriver à temps à la Cinémathèque.

Il serait dommage de rater un film expérimental japonais sur l’enfer.

Et pourtant.

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L’Enfer, puisque tel est son titre (pourquoi faire compliqué ?) est un film réalisé en 1960 par Nobuo Nakagawa pour le compte de la Shintoho, une maison de production dissidente de la Toho initialement connu pour ses films de genre à petit budget. Avec L’Enfer (Jigoku), ils voulaient frapper un grand coup et dépeindre de manière très graphique le royaume du Diable et ses tourments. Le paradis, pour sa part, devait avoir les honneurs dans une séquelle qui ne fut jamais tourner, Jigoku sonnant le glas du studio qui mettra la clé sous la porte un an plus tard.

À Extrême Cinéma, on nous présente le film comme une œuvre expérimentale très graphique, ce qu’aurait pu donner un film réalisé par Alain Resnais et éclairé par Mario Bava. Ce qui déjà commence à faire à demi tiquer le spectateur plus habitué à de l’exploitation grinçante qu’à des drames bourgeois. Et au final c’est bien pire, puisque le film ressemble plus à une œuvre d’Eric Rohmer éclairée par Mario Bava

De peinture de l’enfer il ne sera question que dans la dernière demi-heure (et encore, avec si peu de moyens que l’enfer ressemble plus à Rungis les jours de grève qu’à l’au-delà détaillé par Dante. Avant ça, il faut supporter une interminable chronique sociale qui, malgré le jeu de massacre qui prend place sur la fin, rappelle les pires heures des films obligatoires en option Cinéma au lycée (oui, toi qui a subi Les Contes de la Lune Vague après la Pluie de Mizoguchi, tu sais de quoi je parle).

Non pas que cette partie ne contienne pas d’éléments intéressants, notamment dans la réalisation, mais la lenteur languissante du propos, le rythme neurasthénique de ce drame rural dépressif a vite fait de refroidir les ardeurs des plus japanophiles.

Et puis arrive la descente en enfer, et on espère voir enfin surgir cet essai expérimental baroque et graphique annoncé. Mais même là, si le film se fend d’une poignée de scènes glauques qui font froid dans le dos, et d’images réellement gores de suppliciés démembrés ou écorchés vifs, il faut quand même se tarter tout un decorum dramatique presque larmoyant (et faire du drame à guimauve en enfer, fallait le faire) poussif à base d’âme de fœtus à sauver, qui n’a d’autre intérêt que de permettre au héros de traverser différent cercles de l’Enfer, et au réalisateur de diversifier ses environnements (mais pas trop quand même, on tourne dans un hangar et on a pas beaucoup de lumières…)

Bref, comme la majeure partie du public, je suis resté plutôt dubitatif sur l’intérêt et la qualité de cet enfer nippon.

 

Comme d’habitude, on sort, on fait un tour aux toilettes, un petit thé, et on est reparti pour le clou de la soirée, Sex Addict (ou Bad Biology dans la langue de Shakespeare), un OVNI barré, immoral et hilarant, qui marquait le retour à la réalisation du grand Frank Henenlotter en 2008, et que j’avais justement pu découvrir à Toulouse en 2011 lors de sa venue.

Avant de revenir sur le film, il convient de détailler un peu la présentation qui en a été faite. Imaginez un énergumène (qui apparemment n’a rien à voir avec le film) expliquer comment le public va ressentir le film avec des métaphores philosophiques de hippie shooté au K2R, à côté d’un traducteur hilare, pendant que derrière lui, un Albert Cadabra (l’homme au clou dans le nez de samedi) à moitié nu gonfle un ballon de baudruche avant de se l’introduire dans la bouche à la façon d’un avaleur de sabre…

Un apéritif hors du commun (et une sorte de teaser de Gorge Profonde qui sera diffusé vendredi) pour un film qui ne recule devant rien et respecte encore moins.

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L’histoire croisée de Jennifer, une jeune fille « mutante » qui possède un vagin à 7 clitoris (visibles), et de Batz, qui lui possède un appareil génital tellement imposant qu’il a gagné une conscience propre. Alors que le métabolisme hyperactif de Jennifer la fait accoucher en 2h des bébés difformes, Bratz de son côté doit subvenir aux besoins d’un pénis toxico accro aux hormones de croissance.

Vous en voulez encore ? Sachez qu’on trouve dans le film des orgasmes de 45 minutes, des mannequins avec des masques de vagin sur le visage, un sextoy masculin système D à la taille du bestiau, et que ça va beaucoup, beaucoup plus loin que tout ce que je pourrais vous préciser.

Avec ses acteurs en roue libre, sa photo minimaliste, son budget riquiqui et ses effets spéciaux artisanaux (quand même effectués par Gabe « Écorché Vif » Bartalos), Sex Addict est un fier représentant (un des seuls) de ce qu’on pourrait appeler le cinéma d’exploitation moderne. Oubliez Robert Rodriguez, Quentin Tarantino et leurs films à 10 millions de dollars, le vrai cinéma grindhouse actuel, il est là.

Sale, irrévérencieux, graphique, branque au dernier degré, méchant, amoral, un peu cheap aussi bien sûr, mais jamais prétentieux, et toujours enthousiasmant, Sex Addict prouvait à sa sortie la vitalité jamais perdu d’un Henenlotter créateur, après l’humour noir, d’un humour répulsif, celui qui vous fait dire à la suite « Berk… Mais c’est génial ! », peuplé de bites en caoutchouc qui ont droit à leur vision subjective, de point de vue de l’intérieur d’un vagin, et de créatures difformes qu’on jette sans ménagement à la poubelle à peine nées.

Bref, un film dégeu pour de rire (ce qui n’aura pas empêché plusieurs personnes de se barrer pendant la séance, ouhhhhh) qu’il faut moins avoir vu une fois dans sa vie.

 

Et gland sur le gâteau, on aura eu droit après ça à une session de questions/réponses survoltée avec le réalisateur et son interprète principal Anthony Sneed, grâce à laquelle on apprendra pêle-mêle que l’équipe a mis le feu au lieu de tournage, qu’un de ses membres ne pouvait s’empêcher de mater l’acteur principal lors des scènes de nus, que Frank Henenlotter a lui-même tourné les films porno que visionnent les personnages, qu’il se passait apparemment des choses sales avec les maquilleuses, et surtout qu’ils n’avaient pas donné le scénario à l’équipe technique qui est tombé des nues le jour où il a fallu filmer une scène avec un énorme sexe vivant accroché à une serviette en train d’épier une jeune fille qui se douche.

Aussi fendard et instructif que le film en lui-même.

 

Et puis il a fallu vider les lieux pour revenir aussi sec, la Comtesse perverse attendait.

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Œuvre du stakhanoviste Jess Franco (qui œuvra pendant plus de 50 ans, avec à son actif pas moins de 200 films dans tous les genres possibles, du porno au péplum spaghetti en passant par le zombie-flick et le film de cannibale), la Comtesse perverse est une resucée érotique (avec mauvais jeu de mot du coup) de la Chasse du Comte Zaroff découvert hier, qui vaut surtout sa renommée à l’aura de son réalisateur qui a fini par accéder à un statut tellement culte qu’Alain Petit lui a dédié un livre entier (et épais comme deux bottins) édité chez Artus Films.

Véritable remake à poil (également avec un s, on est dans les années 70 tout de même) du film de Schoedsack, la Comtesse perverse se permet même le luxe d’appeler la noble du titre comtesse Zaroff, ajoute en scènes saphiques à la limite de la pornographie ce qu’il en enlève en profondeur des personnages et des dialogues (tout au plus peut-on lui accorder le bénéfice d’avoir fait des chasseurs des anthropophages là où l’original ne faisait que le suggérer de très loin).

D’ailleurs, puisqu’on parle de porno, le film de Franco entretient des liens tellement étroits (non, ce n’est pas sale) avec l’univers des films de fesse qu’on se demande s’il n’existe pas une version non censurée de son œuvrette (qui tutoie à peine les 73 minutes, douche comprise). Comme dans les pornos, l’histoire n’est qu’un vague prétexte à accumuler les scènes de sexe, comme dans les pornos on retrouve les cadrages hasardeux et la caméra baladeuse, les acteurs jouent aussi mal que dans un porno, les dialogues sont aussi débiles que dans un porno, et les doublages n’arrivent même pas à nous faire rire par leur ridicule.

Et encore, comme dans un mauvais porno, l’Histoire du cinéma mondial regorgeant de pelloches pornographiques bien plus reluisantes (comme ma b… pardon il est tard) sur tous ces points, suffit d’aller voir du côté de Vecchiali ou de certains Brigitte Lahaie.

Du coup, l’essentiel du film se constitue de discussions plates entre la Comtesse et ses invités, et de déshabillages poilus sur fond de musique disco. Et quand arrive enfin le dernier quart d’heure du film et sa partie de chasse à courre tant attendu, on a droit en tout et pour tout d’un malheureuse (à poil) qui courent entre deux palmiers, et d’une chasseuse (à poil avec un arc) qui marche dans la forêt et sur la plage en espérant l’apercevoir.

Tout au plus pourra-t-on accorder à Franco un certain sens du baroque au détour de certains plans, mais, même l’érotisme étant absent du métrage (les acteurs ont globalement l’air de sévèrement s’emmerder jusque dans les scènes intimes), pour le reste c’est circulez, y’a rien à voir.

 

C’est ce qu’on appelle un jour sans, je rentre un peu penaud, même pas émoustillé par toutes ses poitrines offertes et ses fessiers sur grand écran, en attendant demain et une soirée spéciale Frank Henenlotter.

Une valeur sûre !

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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