décembre 2, 2020

La Danza de la Realidad

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De : Alejandro Jodorowsky

Avec Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Jeremias Herskovits, Alejandro Jodorowsky

Année : 2013

Pays : Chili

Genre : Biopic

Résumé :

« M’étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie. » Cette phrase définit parfaitement le projet biographique d’Alexandro Jodorowsky : restituer l’incroyable aventure et quête que fut sa vie.
Le film est un exercice d’autobiographie imaginaire. Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, où le film a été tourné, Alejandro Jodorowsky fut confronté à une éducation très dure et violente, au sein d’une famille déracinée. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse la réalité dans un univers poétique où le réalisateur réinvente sa famille et notamment le parcours de son père jusqu’à la rédemption, réconciliation d’un homme et de son enfance.

Avis :

Alejandro Jodorowsky est l’un des plus grands réalisateurs au monde. C’est un réalisateur radical, qui a sa touche unique et un caractère des plus singuliers. Ses films sont autant d’œuvres rares qui ne ressemblent à aucune autre. En 2013, quand Alejandro Jodorowsky présente « La Danza de la Realidad« , cela fait vingt-trois ans que le réalisateur n’a pas refait un film. C’est donc un retour aussi attendu que craint, car si Jodorowsky est un génie, est-ce que son génie ne s’est pas éteint avec ces années d’absence ?

Eh bien la réponse est un grand non! Avec « La Danza de la Realidad« , Jodorowsky emporte son public dans un film grandiose et particulièrement intime. « La Danza de la Realidad« , c’est l’enfance et les regrets d’un réalisateur. Une enfance véridique et fantasmée à la fois. Totalement surréaliste, c’est un monde merveilleux et dur que nous décrit Jodorowsky lui-même dans ce qui est son film le plus personnel.

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Chili dans les années 30, le jeune Alejandro Jodorowsky vit dans une petite ville appelée Tocopilla. Son enfance est dure, confronté à l’amour violent et humiliant d’un père, le jeune homme essaie tant bien que mal de faire sa route et de se créer. Son parcours va être étrange, poétique et merveilleux, même dans les moments les plus sombres.

Après vingt-trois ans d’absence, le plus poétique des réalisateurs chiliens est donc de retour avec un fantasme. Un fantasme underground et fabriqué pour nous conter, plus que nous raconter, son enfance et plus largement une partie de ce qui fait l’artiste qu’il est devenu.

« La Danza de la Realidad » est donc l’enfance de Jodo et l’on peut aisément dire que c’est un film fascinant, excentrique et très intéressant que livre ici le réalisateur.

Son film est fascinant de par sa thématique que s’offre Jodorowsky. Ce film, derrière sa poésie, est un exutoire pour le réalisateur. Totalement autobiographique, son scénario est superbe, mélangeant avec habileté le vrai au faux, la réalité derrière le fantasme et inversement.

À sa découverte, on ressent vraiment tout cet amour contrarié que le réalisateur a pu ressentir. On sent les regrets et les remords. Jodorowsky, même s’il fantasme une grande partie de son film pour embellir son passé, laisse reposer son histoire sur un fond dur et d’une tristesse absolue. À plusieurs reprises, on va souffrir et être révolté, comme le personnage de Jodorowsky jeune.

Le film est aussi fascinant dans son architecture, dans sa fabrication, dans son cachet, son artisanat. Jodorowsky livre un travail incroyable, bluffant même. Ses décors et son ambiance dégagent quelque chose qui happe d’emblée. Aminé par un désir fou de créativité, le réalisateur offre un florilège d’idées qui donnent à son film une dimension onirique à chacune de ses scènes. Sa mise en scène est bluffante. Après vingt-trois ans absence, Jodorowsky n’a strictement rien perdu de son cinéma et du point de vue de son originalité, beaucoup devrait s’en inspirer.

« La Danza de la Realidad » est aussi un film excentrique, puisque visuellement dément, mais aussi parce que dans son histoire et surtout ses personnages, on retrouve tout ce que l’on aime chez le réalisateur. Encore et toujours, Jodorowsky laisse éclater son amour et sa fascination pour les « Freaks » et il est bien l’un des seuls à les filmer avec autant d’amour. Peuplé de personnages tous plus hauts en couleurs les uns que les autres, ce sera un pur plaisir à découvrir. Chacun de ces personnages détient un élément, un petit truc en plus qui le rend unique. L’un des meilleurs personnages étant sa mère, incarnée par la sublime Pamela Flores qui n’aura pas une réplique sans chanter de l’opéra. C’est déroutant et la performance de la comédienne est fascinante.

Et enfin, « La Danza de la Realidad » est très intéressant premièrement dans l’instruction qu’il donne sur le Chili des années 30, mais aussi sur le regard à la fois d’enfance et d’adulte que le réalisateur montre et garde sur cette époque. Derrière son histoire, Jodorowsky n’oublie pas d’ancrer l’histoire de son pays, le fascisme naissant ou encore l’amour/haine du peuple et l’opposition tournant autour d’Ibáñez, le président de l’époque. Alors bien sûr, il le fait là encore de manière poétique, mais le fond en plus de la forme est particulièrement intéressant.

Personnel, le film l’est aussi dans les choix de ses acteurs et notamment du comédien qui joue son père puisque c’est Brontis Jodorowsky, le fils de Jodorowsky qui l’incarne et l’acteur s’en sort à merveille. Aussi touchant qu’agaçant, c’est un personnage très nuancé que Jodorowsky a très bien su écrire pour nous faire passer tout cet amour/haine qui le traverse. C’est Jeremias Herskovits qui incarne Jodorowsky enfant et là aussi le gamin fait des merveilles. Comme je le disais plus haut, « La Danza de la Realidad » est un florilège d’idées toutes plus surprenantes les unes que les autres, et cette surprise se retrouve même dans le casting, puisqu’on peut voir Jodorowsky lui-même apparaitre dans ce film, jouant son propre rôle, parlant avec émotion de ses regrets et ses remords, guidant même son propre personnage tel un fantôme qui revoit avec mélancolie son passé.

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Il faut toutefois prévenir que comme tout bon Jodorowsky qui se respecte, « La Danza de la Realidad » est un film qu’il ne faut pas mettre devant tous les yeux. Le cinéma du monsieur est si radical que l’on peut aisément comprendre qu’il puisse aussi rebuter. Avec Jodorowsky il n’y a pas ou peu de juste milieu. Bien souvent les avis sont tranchés, on déteste ou on adore…

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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