décembre 2, 2020

24 Semaines

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Titre Original : 24 Wochen

De : Anne Zohra Berrached

Avec Julia Jentsch, Bjarne Mädel, Emilia Pieske, Johanna Gastdorf

Année : 2016

Pays : Allemagne

Genre : Drame

Résumé :

Astrid, une danseuse de cabaret enceinte de 6 mois, apprend que son bébé est handicapé. Soutenue par son mari Markus, la jeune femme doit prendre une décision mais a très peu de temps pour le faire. Perdue, bouleversée, Astrid n’est plus cabable de rien faire avant de prendre sa décision.

Avis :

Anne Zohra Berrached est une jeune réalisatrice allemande qui n’a pour l’instant que deux films au compteur. Commençant comme pédagogue de théâtre, elle se tourne vers le cinéma en 2009. Elle tournera un court-métrage, « Sainte et pute« , qui se fait remarquer et lui ouvre les portes du long-métrage. Son premier film, « Deux mères« , trouvera un joli succès en Allemagne, et remportera même plusieurs prix lors de la Berlinade en 2013.

Anne Zohra Berrached est une réalisatrice qui veut parler de sujets difficiles. Des sujets qu’on évoque peu, ou bien souvent qu’à demi-mot. Son premier film, « Deux mères« , parlait de la difficulté pour deux femmes mariées d’avoir des enfants. Toujours dans le domaine de la maternité, Anne Zohra Berrached abordera cette fois-ci, la difficulté de prendre la décision d’avorter ou non quand on attend un enfant atteint de trisomie. Un sujet complexe, que la réalisatrice traite avec délicatesse et sans aucune langue de bois.

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Astrid est une humoriste qui connaît un joli succès. Astrid est une femme épanouie aussi bien sûr scène que dans la vie. Mariée à un homme qu’elle adore, elle a une belle et adorable petite fille. Et c’est dans un bonheur immense que la famille va s’agrandir avec l’arrivée d’un petit frère. Mais le bonheur va alors être frappé de plein fouet quand Astrid apprend qu’elle attend un enfant atteint de trisomie. Que faire ? Comment s’y préparer ? Quelle décision prendre quand l’arrêt de grossesse dans ce cas-là est autorisé jusqu’à sept mois ? Avec cette annonce, c’est toute sa vie et celle de son mari qui est remise en question.

Dur, touchant, triste, réaliste, « 24 Semaines » est un petit bouleversement qui peut même mettre mal à l’aise. Pour son deuxième film, Anne Zohra Berrached livre une œuvre juste qui pousse à la réflexion. Partant d’un scénario assez simple, la réalisatrice va alors laisser éclater les émotions tout au long de son film. Ces émotions seront même le point fort de son film, car elle sera les traiter de la plus rude et plus belle des manières. « 24 semaines » est un film intime, puisque la réalisatrice nous plonge au plus près de ses personnages. Bien tenu et tout le temps intéressant, on reste auprès de ses personnages quand ils vont apprendre la nouvelle, quand ils vont la révéler à leur entourage. On sera touché des réactions de chacun toutes plus humaines les unes que les autres. Les deux personnages feront front commun, s’écoutant et se soutenant tant qu’ils le peuvent. On partage leurs doutes et tout comme eux, on se questionne sur cette décision si dure à prendre. « 24 semaines » pose beaucoup de bonnes questions. Il aborde la raison et la fait s’entrechoquer à la morale. Il aborde sans détour les plus profonds des questionnements, comme les jugements de valeur, comme la joie d’être parent ou les changements qu’un enfant handicapé peut impliquer sur une vie. Il aborde la peur du changement ou encore l’égoïsme de ne pas vouloir changer de vie. A-t-on vraiment le courage en tant que parent de s’occuper d’un enfant handicapé ? Le veut-on ? Le film aborde aussi la peur du regard de l’autre, car l’autre peut influencer et impose souvent des avis. Il aborde de manière infiniment profonde la future vie d’un enfant comme celui-là et l’injuste décision de vouloir imposer une vie pareille, pleine de difficultés à cet enfant. Aucun des choix qui se posent devant les personnages n’est bon ou mauvais et toutes les réflexions sont justes et finalement, la réalisatrice pose une ultime question face aux différents choix que les personnages vont prendre. Qui sommes-nous pour juger telle ou telle personne ou tel ou tel choix ? Ces choix impossibles, que les personnages affrontent avec tant de courage, n’appartiennent qu’à eux-mêmes et Anne Zohra Berrached pose ainsi cette juste réflexion sans tomber dans la leçon de morale et c’est l’une des très belles forces de ce film.

On ajoutera au scénario, une belle mise en scène qui fait la part belle aux émotions. Malgré les situations ou les réflexions auxquelles les personnages font face, Anne Zohra Berrached livre un film lumineux, plein d’espoir et parcouru de belles images. On pourra juste lui reprocher de s’attarder un peu sur la fin et d’étirer un peu trop son film. « 24 semaines » aurait surement gagné encore plus en intensité s’il avait été un peu plus court.

Enfin, il nous faut parler de ces deux acteurs formidables que sont Julia Jentsch et Bjarne Mädel. Deux acteurs authentiques qui tiennent à bras-le-corps des rôles complexes et courageux. Des rôles bouleversants, qui le sont d’autant plus grâce à l’alchimie que ce couple dégage. On ressent leur complicité et leur soutien, même dans les heures les plus graves où ils sont en désaccords.

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« 24 semaines » est donc un beau moment de cinéma. Abordant un sujet sensible, Anne Zohra Berrached offre un film libre et authentique. « 24 semaines » est un film qui pousse à la réflexion, qui bouscule, qui interpelle, qui ne laisse pas indifférent et c’est sans jugement aucun, sauf du point de vue médiatique de l’intrigue, que la réalisatrice laisse ses personnages libres de leur choix. Qu’on soit pour ou contre, ce choix n’appartient qu’eux et à eux seuls.

Note : 14,5/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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