mars 2, 2021

La Science-Fiction Française au Cinéma – Pourquoi ça ne Fonctionne Pas?

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Quand on évoque le cinéma français, certaines personnes commencent à frémir et à prendre peur. Pourquoi ? La raison est toute simple, c’est que le cinéma français semble bloqué dans sa comédie mettant en avant des comiques faisant des one man show ou dans son drame auteurisant qui déclame à voix basse des idéaux bobos, donnant de bons sentiments sur les problèmes du monde afin de flatter un égo démesuré qui aura tôt fait d’oublier ces dits problèmes. Et les exemples sont légions chaque année, à un tel point que l’on ne voit plus que ces films, ayant en sus une publicité incroyable et une distribution sur tout un réseau de telle sorte que tout le monde doit voir le même film.

Et pourtant, le cinéma français ce n’est pas que ça. En effet, il y a des têtes pensantes et des réalisateurs talentueux qui refusent de tomber dans un genre qui ne leur correspond pas. Ainsi, on peut citer des cinéastes comme Alexandre Aja ou Julien Maury et Alexandre Bustillo qui se sont spécialisés dans le cinéma d’horreur, ou encore Luc Besson, souvent décrié, mais qui fait office de maître de la science-fiction dans notre pays. Le problème, c’est que ce cinéma dit de genre, n’est pas du tout mis en avant et il est encore moins distribué dans les salles, car il ne permet pas de s’assurer des rentrées suffisantes pour le public de masse. Et oui, les producteurs et distributeurs sont très frileux et préfèrent largement s’assurer de la thune plutôt que de fournir du cinéma de qualité ou tout du moins différent de la culture de masse.

Et c’est dommage parce qu’au final, la science-fiction, genre si représenté aux Etats-Unis, tient ses origines dans notre pays, et cela depuis un long, très long moment.

  1. La SF, c’est quoi ?

Si le terme science-fiction est utilisé aujourd’hui pour tout et pour rien, il a pourtant deux termes importants qui se réfèrent immédiatement à notre monde contemporain, à savoir la science, la vraie, qui part sur des bases réelles et la fiction, celle d’inventer une histoire. En ce sens, la science-fiction peut alors décrire ce qui va se passer dans le futur en imaginant l’évolution de la société ou des technologies. Mais on peut aussi utiliser le terme lorsqu’il parle d’uchronie, c’est-à-dire inclure des hypothèses scientifiques dans le passé, en relatant par exemple des pans inconnus de notre histoire.

Ainsi donc, la science-fiction doit se baser sur des faits avérés dans notre monde. Mais alors où placer Star Wars, Star Trek et tous les space opéra ? C’est une bonne question, puisque si l’on regarde le terme pur de science-fiction, ces films n’ont pas forcément leur place dans ce genre. C’est dire si le terme a pris une importance exponentielle au fur et à mesure des années. Malgré tout, chaque écrivain a sa propre définition du terme et l’on part du principe que si le lecteur (ou spectateur) se retrouve dans un monde inhabituel avec des avancées technologiques, alors on peut évoquer le terme.

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Historiquement, le terme science-fiction apparait pour la première fois en 1851 grâce à William Wilson et son essai A Little Earnest Book Upon A Great Old Subject. Par la suite, ce sont les magazines pulp qui s’en sont emparés et le terme se démocratise dans les années 20/30 pour rentrer dans le langage courant anglo-saxon qui utilisait plutôt des termes comme scientific romance ou scientifiction.

Bien évidemment, comme tout genre qui se respecte, la science-fiction a aussi ses sous-genres comme la Hard Science Fiction qui se repose sur des faits très hypothétiques, l’Uchronie qui modifie l’histoire, le cyberpunk qui montre un monde dystopique avec des fou furieux (Mad Max par exemple) ou encore le space opera qui parle de voyage dans l’espace.

  1. Historique de la SF Française

La science-fiction française se découpe très clairement en trois périodes, ce que l’on appelle la Proto Science-Fiction, puis la science-fiction inaugurée par Jules Verne et les auteurs qui vont suivre et enfin la science-fiction d’après-guerre, plus contemporaine qui continue aujourd’hui.

Dès le XVIIème siècle, Cyrano de Bergerac évoque les extraterrestres et l’exploration spatiale dans son ouvrage L’Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune. On retrouve aussi cela dans L’Entretien sur la Pluralité des Mondes de Fontenelle en 1686. Cependant, les années 1700 furent assez prolifique en matière de proto science-fiction avec des auteurs comme Simon Tyssot de Patot (1710), Pierre de Mésange (1720) ou encore Louis-Sébastien Mercier (1771). Tous ces auteurs vont participer à l’élaboration d’une certaine vision de l’avenir mais aussi de l’avancée technologique de certaines choses. Certains auteurs s’essayeront même à l’uchronie dont Louis Geoffroy et son roman Napoléon et la Conquête du Monde. Mais tout ce petit monde va vite s’incliner devant l’un des génies de la littérature française, Jules Verne.

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Il y a clairement un avant et un après Jules Verne, ce dernier étant l’un des piliers du genre et aujourd’hui encore ses ouvrages font partie des classiques de la littérature française. Il inspirera ainsi des générations d’autres comme Louis Boussenard, Georges Le Faure ou encore J.H. Rosny. Le plus surprenant dans les récits qui sortent durant cette période, c’est qu’ils ont tous un ton plutôt positif. Partagé entre la curiosité et la volonté de savoir ce qu’il y a dans l’espace, tous ces ouvrages portent en eux une certaine joie et une envie de connaître l’inconnu et d’utiliser les avancées technologiques à des fins scientifiques. Les deux guerres mondiales vont mettre fin à cela.

Et c’est là que l’on rentre dans une période un peu moins faste pour la SF française. Il faudra attendre la sortie de la Seconde Guerre Mondiale pour pouvoir revoir de la SF mais qui s’inspire grandement de celle de nos voisins, les anglais et les américains. C’est donc timidement que la SF revient en France, avec des collections assez discrètes. Il faudra attendre les années 60/70 pour que le genre revienne peu à peu dans les mœurs malgré le déni de certaines critiques de l’époque, jugeant ce genre trop enfantin et pas assez mature. Fort heureusement, la bande-dessinée sera l’un des médiums les plus appréciés pour raconter de la SF. Et aujourd’hui, c’est un genre qui prend beaucoup de place, mais pas tant que ça dans le cinéma français.

  1. Les Œuvres Marquantes du Cinéma Français

La première œuvre marquante dans le cinéma de science-fiction français est le court-métrage Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès. Précurseur d’un genre, explosant les limites du cinéma avec des effets spéciaux incroyables, la France peut se targuer d’être le premier pays à avoir fait de la SF. Par la suite, il faudra attendre une vingtaine d’années pour avoir droit à un moyen-métrage qui fera grand bruit, Paris qui Dort (1925) de René Clair, qui montre les effets d’une machine qui endort toute la ville. On trouvera aussi Le Monde Tremblera de Richard Pottier en 1939 avec une machine qui prédit la mort des gens.

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Les années 60 seront un peu plus prolifiques pour le genre, avec notamment le court-métrage expérimental La Jetée de Chris Marker qui inspirera par la suite Terry Gilliam pour son Armée des 12 Singes. On retrouvera aussi Alphaville de Jean-Luc Godard, une satire politique futuriste et une adaptation de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury par François Truffaut. Enfin, titre très connu de l’époque, on ne peut pas passer à côté de Barbarella de Roger Vadim avec Jane Fonda.

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Durant les années 80, le cinéma de science-fiction français devient plus pessimiste et parfois même dystopique comme Le Dernier Combat de Luc Besson ou Diesel de Robert Kramer. Il se fait aussi plus voyeuriste avec de nouvelles technologies comme dans La Mort en Direct de Bertrand Tavernier dans lequel un homme se fait implanter une caméra dans l’œil afin de filmer une femme à son insu.

Les années 90 seront plus fastueuses et le cinéma de science-fiction français essaye de viser plus haut et de concurrencer les américains, notamment avec Le Cinquième Elément de Luc Besson ou encore La Cité des Enfants Perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

Enfin, les années 2000 sont peut-être les plus tristes car les seuls films de SF français ont tous fait un fiasco au box-office, à l’image du désastreux Babylon A.D. de Matthieu Kassovitz sur un livre de l’immense Maurice G. Dantec ou encore de Dante 01 par Marc Caro qui signe un thriller dans l’espace qui n’a pas rencontré son public. Tout comme Chrysalis ou Eden Log.

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Comme on peut le voir, le cinéma de science-fiction, en France, est toujours vivant. Etouffé, agonisant, mais vivant. Alors pourquoi, tout comme le cinéma d’horreur, cela ne marche-t-il pas ?

  1. Qu’est-ce qui Bloque Aujourd’hui ?

Il est assez étonnant de voir que le pays par où la SF s’est construite est devenu petit à petit la mère misère de ce genre, tant les productions sont faibles voire certaines années inexistantes. Et quand elles sortent, la distribution est soit chaotique, soit carrément invisible, la faute à des budgets misérables et un système de débrouille qui ne marche pas tout le temps. Alors pourquoi le cinéma de SF français ne marche-t-il pas ?

On ne peut pas dire que c’est parce que l’on n’a pas le public en France, ce serait donner du tort aux chiffres du box-office quand on regarde les entrées faramineuses de Star Wars, Star Trek ou encore Mad Max Fury Road. Là-dessus, les américains sont clairement les plus forts, offrant chaque année son lot de pépites SF avec des sagas mondialement reconnues mais aussi quelques nouveautés (District 9 par exemple) voire des adaptations comme a pu l’être Edge of Tomorrow. En ce sens, difficile donc de rivaliser avec les ricains et pourtant, la France est un véritable vivier de créateurs, les sorties littéraires sont là pour le confirmer, tout comme la pléiade d’éditeurs spécialisés dans le genre.

La principale cause de pénurie de ce genre, c’est que les producteurs français, du moins au trois quarts, sont totalement ignares en la matière et jugent la SF, au même titre que l’horreur, comme un sous-genre pour geeks qui n’apporte rien au monde et encore moins à la culture de masse alors que ce genre fait partie de notre patrimoine culturel. C’est con puisque l’on sait éperdument que Star Wars et consort font désormais partie d’une culture populaire assumée et sans précédent. Mais les faits sont là, les réalisateurs ou même scénaristes de SF n’ont pas les faveurs des producteurs, ce qui revient à dire qu’il est très difficile, si ce n’est impossible, de créer un univers de science-fiction en France. Pour preuve, les dernières sorties ont des distributions misérables, à l’image de l’excellent Virtual Revolution qui fut, grâce à un miracle, distribué par les cinémas CGR. Mais quid des petites salles dans les provinces ? Et des autres chaines de cinéma ?

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Bien évidemment, sans argent, il est compliqué de faire un film et encore plus d’en faire la promotion. C’est exactement ce qu’il se passe avec la plupart des films de SF français, qui se plantent au box-office à cause d’un manque de communication, d’une absence de publicité et donc d’un public qui n’est pas attiré par ce genre de métrage. Comment lutter face aux blockbusters ricains et leurs moyens faramineux ou encore face aux comédies françaises mettant en avant un artiste (le mot est certainement un peu fort) populaire qui fait venir une foule rien qu’avec son nom ?

Mais l’argent permet aussi d’avoir des ambitions. Les films de SF étrangers bénéficient en général d’une cagnotte assez conséquente, permettant d’afficher de gros effets spéciaux, mais aussi et surtout de peaufiner un univers et d’en mettre plein les yeux. Si le cinéma de SF ne fait pas rêver par ses images, alors forcément, le public sera moins achalandé. Alors il reste les idées, et c’est une spécialité de la SF française qui cherche toujours à mettre en avant un script intelligent plutôt qu’un déluge d’effets spéciaux. Cependant, le monde ne tournant plus bien rond en ce moment et la réflexion étant ce que cherchent le moins les pseudos cinéphiles, la science-fiction française ne décolle pas. Pire, elle est parfois moquée et snobée par certaines critiques qui privilégient un cinéma d’auteur complètement sclérosé dans un discours souvent nauséabond. Il n’est donc pas étonnant de voir que nos créateurs de SF quittent le pays pour pouvoir pleinement vivre de leur passion outre-Atlantique, un endroit où finalement la liberté créatrice est plus mise en avant que dans notre pays qui ne veut qu’une culture de masse et point d’ouverture à l’inconnu.

Alors attention, on ne dit pas que le cinéma d’auteur c’est toujours mauvais ou que le cinéma de science-fiction est toujours bon, bien au contraire puisque le tout noir ou tout blanc n’existe pas, mais il faut quand même pointer du doigt les malaises d’une industrie qui se dit artistique mais qui ne veut que deux choses, la renommée et l’argent. Et finalement, le cinéma français est un peu devenu une pute de luxe que l’on a même plus envie de payer, faute de rêves et de prises de risque. Tout comme le cinéma d’horreur, le constat est le même dans un pays qui se dit culturel mais qui ne vise qu’une chose, le média de masse et la culture pour ovidés. C’est dommage, car notre pays recèle des trésors que l’on exploite pas et que l’on laisse partir ailleurs, se faisant piquer des têtes pensantes qui redoreraient notre blason du septième art, ou tout du moins, qui montreraient que la France est un pays de cinéphiles avertis et aux goûts éclectiques.

Alors que faire pour lutter pour la promotion du cinéma de SF français ? La question est bonne et les réponses ne sont pas évidentes tant nous sommes impuissants face aux géants de cette industrie qui a fait de l’art un objet de consommation rapide. Il faut absolument communiquer sur les œuvres de SF, il faut aller les voir en salles si les cinémas proche distribuent un tel film et il faut savoir donner envie de le voir aux autres personnes. Et avec la sortie de Virtual Revolution, c’est peut-être un bon début pour la commencer… la révolution.

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « La Science-Fiction Française au Cinéma – Pourquoi ça ne Fonctionne Pas? »

  1. En fait pour bien comprendre la situation il faut l’envisager sous un angle financier et pas artistique.

    Les producteurs français n’ont absolument aucune raison de se remettre en question tant que des comédies familiales et autres films d’auteurs marchent auprès du public. Joséphine ange gardien c’est entre 8 et 10 million de téléspectateurs à chaque diffusion. La série télé la plus téléchargée en France après Game of Thrones est plus belle la vie.

    Pourquoi un producteur prendrai le risque de produire du cinéma de genre alors que des comédies pas cher fonctionnent parfaitement ? Et quand bien même il produirait un chef-d’œuvre que le public français n’est absolument pas habitué à voir du genre dans son propre cinéma. Spontanément quand celui-ci pense science-fiction il voit l’action se situer dans une ville américaine, mais sûrement pas française ou alors une ville française fantasmée par les Américains comme dans Inception.

    Le youtubeur Durandal se plaignait lors d’une de ses critiques que le cinéma de genre policier était de retour en France, mais que le public ne venait pas en masse et il ne comprenait pas pourquoi. Je lui répondais cyniquement que c’était trop tard. À 10 € la place de cinéma le public en veut pour son argent et préfère miser sur des valeurs sûres.

    Au-delà de ce constat il y a le cinéma amateur qui cartonne de son côté mais encore une fois nous sommes très loin de pouvoir rentabiliser des productions coutant plusieurs millions d’euros. Je parle juste de rentabilité, même pas de succès. A moins de s’appeler Besson.
    Croyez-moi, cela fait des années que j’attends qu’on me prouve que j’ai tort….

    Allez allez, j’attends…

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