avril 15, 2021

Aquarius

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De : Kleber Mendonça Filho

Avec : Sonia Braga, Maeve Jinkings, Irandhir Santos, Humberto Carrao

Année : 2016

Pays : Brésil, France

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Clara est une belle brésilienne qui vit dans un appartement huppé sur une belle avenue de Recife, « l’Aquarius ». Un jour, un promoteur immobilier décide de racheter l’immeuble et elle reste la seule à ne pas vouloir vendre et à se dresser contre ses velléités de modernité. A travers son combat et ses colères, elle remonte le fil de sa vie.

Avis :

Conséquemment, un film qui commence avec Queen est un bon film. On ne peut pas dire le contraire et les 2 heures 25 qui ont suivi ne nous ont pas fait changer d’avis. Clara est une belle femme, une femme forte, une femme aimante et passionnée. Critique musicale dans sa jeunesse, elle vit dans un appartement magnifique sur l’Avenida Vio Hagem, une avenue très huppée, au bord de mer, à Recife. Elle y a passé sa jeunesse et élevé ses enfants, et son combat nous emmène au fil de ses souvenirs et de ses blessures.

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Sonia Braga est une actrice magnifique, qui vit ce rôle de femme en colère mais forte, qui a surmonté le cancer et le décès de son mari. Elle interprète à merveille les blessures et les frustrations ancrées d’une femme désormais seule, et de ses désirs : danser, aimer, se reconstruire. Mais surtout se battre. Se battre contre le promoteur immobilier qui veut racheter son immeuble, et assumer de se retrouver seule, dans un immeuble fantôme, avec simplement sa domestique en journée. Supporter l’absence de ses enfants devenus grands et la difficulté des rapports humains. Avec les hommes, avec sa fille trop occupée, avec le monde de la presse qui dresse des portraits désavantageux d’elle. Concilier ses désirs et ses envies, et porter un regard nouveau sur les hommes. C’est un film entier tourné autour de cette femme sublime et interprété à la perfection.

Divisé en trois parties, le film revient sur la jeunesse et les souvenirs de Clara. Par des jolis et doux flashbacks, elle se souvient de ses expériences, de son travail et des amours passés. Le décor est magnifique et on se perd volontiers dans ces jolis paysages et dans l’ambiance brésilienne. En revanche, ce qui est assez détonnant, c’est le contraste entre la bataille acharnée (mais digne) que mène Clara contre les promoteurs, qui sont des industriels modernisés, et qui ne considèrent pas les gens « pauvres », et la vision de Clara sur le monde : un Brésil divisé en deux parties, une bourgeoise et une pauvre. Elle se définit elle-même comme appartenant au monde bourgeois, et cela se voit dans ses gestes, et ses attitudes. Elle emploie elle-même une domestique tous les jours, depuis des années. C’est donc assez étrange ce petit décalage entre la vision qu’elle a d’elle-même et les intérêts qu’elle défend.

Malgré tout, le message principal est tout de même la lutte contre la modernité, et ce par des petites « piqûres de rappel » régulières. Quand Clara accepte de donner une interview, elle explique aimer tout autant les vinyles que les lecteurs mp3, et ses propos sont déformés par la journaliste, comme si elle avait rejeté la technologie. Or, elle apparaît plutôt comme une femme moderne, tournée vers la technologie mais aussi aimante de ses anciens appareils et de ses disques cultes. Cette ambivalence entre le digital et le rétro est présente également dans le tiraillement de ses enfants qui essaient de la pousser à vendre son appartement mais comprennent également ses regrets. Il y a quand même une morale assez importante sur la modernisation et le désir de grandeur des industriels, qui ne prennent même pas en compte les sentiments des personnes. Ce qui importe, c’est vendre, à tout prix et par n’importe quel moyen légal ou non, et de faire du profit.

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C’est beau de souligner le paradoxe permanent entre le monde des affaires, déconnecté de la réalité du monde, des sentiments, des colères et des amours, et la vraie vie, celle des gens qui ne peuvent pas dire leur avis. C’est un combat magnifique sur la volonté de cette femme, qui se bat seule, dans un immeuble vide, et qui subit des pressions de toutes parts, même les plus inattendues… Un beau moment.

Note : 17/20

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Par Betti

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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