décembre 2, 2020

Le Labyrinthe du Bout du Monde – Marcello Simoni

1507-1

Auteur : Marcello Simoni

Editeur : Michel Lafon

Genre : Thriller

Résumé :

Naples, 1229. Un étrange cavalier armé d’une lance crachant des flèches de feu sème des cadavres dans toute l’Europe. L’inquisiteur Conrad de Marbourg quitte l’Allemagne avec un ordre de mission papal : enquêter sur la secte luciférienne qui se cache derrière ces crimes. Dans ce climat mortifère, un homme se voit malgré lui mêlé à ces sombres événements. Ignace de Tolède, le marchand de reliques à la réputation de nécromant, se trouve en effet à Naples pour affaires. L’inquisiteur, avide de coupables, ne tarde pas à vouloir l’impliquer et l’accuse d’être non seulement le chef des fidèles de Lucifer mais également l’auteur de tous les crimes. Pour Ignace commence alors une quête à travers la France et l’Italie jusqu’à Palerme afin de débusquer la cache des Lucifériens et de se disculper. Mais démontrer son innocence met une fois encore sa vie en grand péril. Heureusement, son fils Uberto et Rémigarde d’Eaunègre, une étrange guérisseuse qu’il a connue bien des années plus tôt, sont prêts à tout pour l’aider.

Avis :

Avec Le marchand de livres maudits et La bibliothèque perdue de l’alchimiste, Marcello Simoni parvenait à s’imposer sur la scène littéraire italienne et internationale comme un auteur de thrillers historico-ésotériques des plus recommandables. Outre un contexte réaliste et précis sur le XIIIe siècle, des personnages historiques et fictifs soignés, les intrigues se révélaient entraînantes et dynamiques. Il en résultait une exploration dans les méandres d’une époque d’obscurantisme où l’église faisait loi, même au regard des monarchies et de leurs rois. Conclusion de la trilogie sur Ignace de Tolède, Le labyrinthe du bout du monde trouve-t-il un dénouement à la hauteur de ses prédécesseurs ?

L’on avait pu découvrir des ouvrages rares et considérés comme maudits (à tout le moins interdits) dans le premier tome. Puis dans le suivant, un pan de l’alchimie connu des seuls érudits. Cet ultime volume nous entraîne dans les arcanes de l’astrologie, notamment avec le manteau zodiacal du Sagittaire. Une relique mystérieuse qui suscite, elle aussi, bon nombre de convoitises. Autrement dit, on tient là un thème qui se révèle complémentaire à ceux exploités jusqu’ici, tout en développant le contexte à travers le regard étriqué de l’église sur tout ce qui risquait de remettre en cause son pouvoir (sciences ou autres). Seulement, l’entame s’avère un peu trop longue, pour ne pas dire laborieuse.

Une bonne moitié du livre va donc se concentrer à étayer les propos sentencieux et inquisiteur (au sens strict du terme) d’un antagoniste bien décidé à éradiquer l’hérésie d’Europe, Conrad de Marbourg. À travers la France, mais surtout l’Italie, le récit se montre linéaire à plus d’un titre tant il suit une progression convenue. Accusation à tort, emprisonnement, évasion… Le style demeure agréable et précis dans l’exposition du XIIIe siècle (la charge documentaire est proprement impressionnante), mais la présence de son personnage principal en reste presque secondaire. La faute à une arrivée tardive et d’autres intervenants qui prennent autant d’importance, si ce n’est plus, au fil des pages. De fait, on trouve l’ouvrage moins surprenant, tant dans ses ambitions que dans les sujets qu’il brasse, notamment l’astronomie ancienne, l’astrologie ou l’alchimie.

Eux aussi sont loin d’occuper une place prépondérante. Si l’on peut excuser le peu d’informations en début de parcours pour attiser la curiosité et le suspense, rester avec les mêmes interrogations dans la dernière ligne droite est beaucoup moins appréciable. Et ce ne sont pas les maigres révélations laissant entrevoir d’incroyables possibilités qui changeront la donne, bien au contraire. Dès lors, on a l’impression qu’on ne fait qu’effleurer le sujet principal au détriment d’intrigues secondaires. En cela, Le labyrinthe du bout du monde se montre plus intéressant pour dénoncer les agissements de l’église et son influence à cette époque que pour offrir un aperçu singulier de l’astrologie au XIIIe siècle.

S’il peut décevoir sur bien des aspects, il n’en demeure pas moins que la manière de narrer ce dernier périple est assez similaire aux précédents. Le talent de conteur de Marcello Simoni pallie à un manque d’inspiration évident pour composer avec ses connaissances. Malgré la prévisibilité de l’ensemble, il parvient à user de l’atmosphère et de ses personnages pour faire illusion. Les amateurs se laisseront prendre au jeu s’ils apprécient l’auteur. Quant aux autres, ils auront bien du mal à entrer dans son univers par le seul biais de ce roman. Il propose une histoire indépendante facilement compréhensible par les nouveaux venus, mais ne représente guère ce qui a pu définir l’œuvre principale de Marcello Simoni.

Au final, Le labyrinthe du bout du monde offre une conclusion en demi-teinte à la trilogie Ignace de Tolède. On a beau retrouver une époque et une galerie de personnages crédibles, il n’en demeure pas moins que l’intrigue déçoit tant elle délaisse son thème premier (à savoir l’astrologie, ainsi qu’un soupçon d’alchimie) au profit d’une narration attendue. En ce sens, l’auteur se détache du thriller historico-ésotérique pour privilégier un récit historique au rythme posé, voire statique à certains moments. Le but étant ici de présenter le pouvoir de l’église sous toutes ses formes à travers des séquences plus ou moins tendues. Trop similaire sur la forme et pas assez développé sur le fond, ce roman, si intéressant soit-il, est loin d’égaler ses aînés.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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