octobre 28, 2020

Jamie Cullum – Interlude

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Avis :

Le jazz est un genre musical très apprécié des mélomanes, mais qui demeure trop peu mis en avant, ou alors seulement à travers des figures emblématiques comme Miles Davis ou encore Chet Baker. Le principal problème que l’on peut trouver avec le jazz, c’est qu’il est assez excluant pour le non initié. Partant parfois dans des solos instrumentaux qui tiennent plus lieu à des prouesses techniques qu’à de véritables partitions, ce style musical gonfle parfois d’autosatisfaction les musiciens qui jouent pour leur propre plaisir en oubliant qu’il y a un public derrière tout ça. Mais le monde évolue et le jazz se démocratise de plus en plus, offrant parfois des pépites inattendues comme ce Jamie Cullum qui sort tout droit de la perfide Albion. Très tôt attiré par la musique (sûrement lié aux gènes de sa grand-mère qui chantait dans les cabarets) et le cinéma, c’est tout naturellement qu’il se destine à une carrière de pianiste. Sauf que Jamie Cullum est jeune (1979) et qu’il a envie de faire bouger un peu le jazz qui reste sclérosé dans son orgueil et sa volonté d’être élitiste. Digne héritier de Jerry Lewis dans des shows où il n’hésite pas à monter sur son piano, le jeune prodige commence à faire parler de lui en 1999. Quinze ans plus tard, il revient avec son septième album, Interlude, un effort sympathique qui compile du jazz, mais aussi des élans de crooner et quelques insertions bluesy.

Le skeud commence avec le titre de l’album, Interlude, et il s’agit d’une petite entrée en la matière, très proche du jazz classique avec ce qu’il faut de batterie avec des balais et des cuivres qui rythment l’ensemble. Le piano arrivera plus tard lorsque le chanteur se lancera, rythmant ainsi un morceau très jazzy mais avec des accents de crooner, notamment dans la voix du chanteur. L’ensemble demeure très cohérent, très facile d’accès et on se prendra même à battre la mesure du titre, malgré le fait que nous ne sommes pas des mordus de ce style. On pourra peut-être reprocher au morceau d’être un poil trop sur le même rythme, sans arriver à mettre plus d’énergie. Car même si nous ne sommes pas face à un morceau très dansant, il aurait pu être plus nerveux. Du coup, cette « mollesse » se retrouve sur plusieurs pistes de l’effort et on sent quelque peu la facilité de production. En même temps, il est difficile de fournir de la variation quand on sort deux albums coup sur coup à moins d’un an d’intervalle. Ainsi, si The Seer’s Tower promet à une montée crescendo, on n’aura pas l’explosion promise et on retrouve quelques accès lénifiants avec My One and Only Love ou encore Losing You, deux titres jazzy mais qui manque cruellement d’émotions et de punch.

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Mais fort heureusement, le jeune musicien trouve les ressources nécessaires pour rebondir et fournir quelques pièces bien péchues tout en allant chercher dans des genres proches du jazz. On pourra alors compter sur Don’t You Know, qui se rapproche bien plus d’un rythm and blues que du jazz malgré un piano très présent. La rupture musicale avec les trompettes est parfaite et donne une furieuse envie de danser. On retrouve la même ambiance enjouée avec Sack O’Woe, un titre scandé et rythmé à la perfection qui rappelle sans équivoque les musiques des années 50/60 et cela fait du bien d’entendre des chanteurs/compositeurs prendre le risque d’aller vers ce style. Mais la plus grosse surprise viendra sans conteste de sa reprise en crooner de Don’t Let Me Be Misunderstood. Entre jazz et soul, le titre est d’une justesse incroyable, et la voix nasillarde de Gregory Porter se combine parfaitement au style et la voix plus granuleuse de Jamie Cullum. Le résultat est démentiel et rappelle les quartiers d’Harlem, les clubs raffinés et l’ensemble est absolument parfait. Enfin, on peut parler du jazzy et bluesy Lovesick Blues, un morceau très classique mais très efficace et qui n’est pas sans rappeler les musiques que pourrait utiliser Disney dans des métrages comme La Princesse et la Grenouille.

Au final, Interlude, le dernier album en date du génie Jamie Cullum, est fort plaisant malgré une durée relativement courte et quelques morceaux un peu fainéants qui ont tendance à se répéter. Mais on ne pourra bouder notre plaisir devant un jazz si facile d’accès et si dynamique, explosant ainsi les codes pseudo intellectuels d’un genre qui ne demande qu’à s’ouvrir et non pas à se freiner dans des solos excluants et une démarche d’autosatisfaction. Bref, Jamie Cullum permet la démocratisation d’un genre, et rien que pour ça, il faut l’encourager et l’écouter.

  1. Interlude
  2. Don’t You Know
  3. The Seer’s Tower
  4. Walkin’
  5. Good Morning Heartache feat Laura Mvula
  6. Sack O’Woe
  7. Don’t Let Me Be Misunderstood feat Gregory Porter
  8. My One and Only Love
  9. Lovesick Blues
  10. Losing You
  11. Out of This World
  12. Make Someone Happy

Note: 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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