décembre 5, 2020

Austerlitz 10.5 – Anne-Laure Béatrix et François-Xavier Dillard

9782714473356

Auteur : Anne-Laure Béatrix et François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Genre : Thriller

Résumé :

En 1810 la Seine avait atteint lors de la grande crue de Paris son niveau maximal : 8.62 mètres sur l’échelle hydrométrique du pont d’Austerlitz.
Aujourd’hui, la pluie tombe depuis trois jours dans la capitale. Les trois premiers jours les habitants de la grande ville ont râlé. Et puis, le soir du quatrième jour, l’alimentation électrique a été coupée. La plupart des arrondissements ont alors connu un black-out total faisant souffler un vent de panique sans précédent dans la population. Le métro a été fermé. L’ensemble du vaste réseau sous-terrain des transports publics s’étant retrouvé noyé par des hectolitres d’eau sombre et glacée. Lorsque les premiers immeubles se sont effondrés et que la grande vague de boue a déferlé sur la ville, une véritable hystérie collective s’est emparée des parisiens et les pires exactions ont été commises. Au nom de la survie… La peur, puis la violence ont déferlé sur la ville.
Paris est dévastée et la plupart des habitants, du moins ceux qui ont la chance d’avoir encore un toit, se terrent chez eux en attendant que cette pluie démentielle cesse enfin…
Sous le pont d’Austerlitz l’eau a atteint son record : 10.50.

Un an plus tard, on sait que Paris ne sera plus jamais la même. Pour François Mallarmé qui a tout perdu dans cette catastrophe, sa femme et son enfant, la vie n’est qu’un long cauchemar. Il continue tant bien que mal à faire son boulot de flic dans une ville où plus rien n’a de sens. Jusqu’au jour où une affaire de meurtres sordides le ramène à son cauchemar, au cœur même du Louvre, dans ce musée qui pour le monde entier était le symbole de ce qui fut la plus belle ville du monde, et où même la Joconde a disparu….

Avis :

Particulièrement prisé par le cinéma pour son potentiel visuel de dépeindre des cataclysmes à des échelles impressionnantes, le genre catastrophe aime à jouer sur l’aspect apocalyptique qu’il suggère. Pourtant, ces ambitions se retrouvent de manière moindre dans la littérature. Certes, il existe de nombreux récits qui prennent pour point de départ un événement majeur passé, mais immerger le lecteur au cœur même d’un tremblement de terre, d’une tempête ou toute autre colère de la nature, ça l’est moins. Et c’est sur cet aspect qu’Austerlitz 10.5 s’appuie pour introduire son histoire, celui de la nouvelle grande crue du siècle à Paris. Impossible à endiguer, impossible à contrôler…

Durant les premières pages, c’est donc une plongée dans les conséquences d’un tel déluge que nous convie les auteurs. On alterne entre de nombreux points de vue pour faire ressortir non pas un phénomène climatique d’une rare ampleur, mais les réactions des victimes à son égard et surtout envers les autres. Les notions de survivalisme, d’émeutes, d’un gouvernement dépassé (et démissionnaire ?) sont ici au centre de toutes les attentions. En cela, l’intrigue se montre percutante dans son exposition et son rythme trépidant. Mais cette mise en bouche, si flatteuse soit-elle, demeure une entame et le gros de l’histoire s’en servira comme simple décor de fond.

En effet, l’aspect catastrophiste s’impose en tant que contexte au sein du récit. Dans un premier temps, ce choix peut décontenancer, mais il s’agit tout de même d’un thriller qui amène une série de meurtres. On peut donc considérer l’atmosphère des plus singulières pour entreprendre des investigations. Sans sombrer dans la science-fiction, Austerlitz 10.5 offre le visage d’un avenir proche (ou alternatif) assez dystopique. Outre une économie mise à mal, un discours politique pertinent, on découvre des lieux emblématiques méconnaissables. Les symboles sont bafoués, voire perdus à jamais. L’exemple le plus frappant est La Joconde. On notera aussi d’étonnantes ventes aux enchères d’œuvres d’art à la sauvette.

Malgré la densité du texte (paragraphes peu aérés qui condensent un maximum d’informations) et toujours cette succession de personnages qui complexifie les tenants de l’intrigue, la progression se fait sans véritable heurt. Le modus operandi du tueur se révèle assez singulier, tout comme son mobile, à tout le moins ce qui est considéré comme une justification à ses assassinats. Au regard du ton général sur le monde de l’art et du métier de la coauteure Anne-Laure Béatrix (direction des relations extérieures au Louvre), l’histoire prend le temps de se découvrir. Il y a bien quelques errances parsemées çà et là ; mais rien d’insurmontable pour apprécier le roman.

Seul bémol qui puisse contraster cet avis positif : ses personnages. Malgré un soin particulier pour les rendre les plus réalistes possible, ils sont beaucoup trop nombreux pour une intrigue à la taille modeste. De fait, on esquisse des traits assez conventionnels compte tenu de leur passé ou des épreuves qu’ils ont traversées. De plus, les intervenants secondaires défilent trop succinctement pour qu’ils retiennent notre attention. La finalité des faits semble donc prépondérante à un développement plus méticuleux et posé pour asseoir un panel de portraits saisissants. Il en ressort des personnages nantis du minimum syndical de caractères pour faire illusion.

Au final, Austerlitz 10.5 est un thriller sympathique et non moins recommandable pour ceux et celles qui sont en quête d’investigations plongées dans un contexte différent. Ce qui s’annonçait comme un roman catastrophe âpre se transforme petit à petit en un jeu de pistes plaisant à suivre, tant les stigmates de la nouvelle crue du siècle sont encore prégnants. Cet ouvrage aurait pu facilement se hisser dans la catégorie des très bons livres si les protagonistes avaient bénéficié d’un traitement plus sensible, en évitant de ressasser quelques ficelles éculées. En ce sens, cette alternance des points de vue, ainsi que la structure dense du texte, risquent de décourager des lecteurs débutants ou cantonnés à des styles d’écriture moins fouillés. Il demeure néanmoins la vision d’un Paris ravagé des plus saisissants.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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