mars 5, 2021

Les Sept Mercenaires – À l’Ouest, rien de nouveau ?

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De : Antoine Fuqua

Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke, Vincent D’Onofrio, Byung-Hun Lee, Peter Sarsgaard, Haley Bennett

Année : 2016

Pays : États-Unis

Genre : Western

Résumé :

L’industriel Bartholomew Bogue règne en maître sur la petite ville de Rose Creek. Pour mettre fin au despotisme de l’homme d’affaires, les habitants, désespérés, engagent sept hors-la-loi, chasseurs de primes, joueurs et tueurs à gages – Sam Chisolm, Josh Farraday, Goodnight Robicheaux, Jack Horne, Billy Rocks, Vasquez, et Red Harvest. Alors qu’ils se préparent pour ce qui s’annonce comme une confrontation sans pitié, ces sept mercenaires prennent conscience qu’ils se battent pour bien autre chose que l’argent…

Avis :

Il est toujours délicat d’appréhender un remake sans préjugés ni aprioris.

En tant que spectateur, nous avons tellement l’habitude d’être submergé par ces relectures et autres mises au goût du jour la plupart du temps aseptisées qu’il n’y a bien qu’une sorte de curiosité perverse pour nous pousser dans les salles de cinéma.

Aussi à l’annonce d’une nouvelle version des Sept Mercenaires par l’artisan Fuqua, rarement responsable de purges immondes mais qui n’a jamais vraiment proposer autre chose que d’honnêtes thriller d’action un peu bling-bling, il y a de quoi lever les yeux au ciel dans l’attente d’une nouvelle hérésie.

Et le spectateur de s’interroger sur la raison d’être d’un remake (au-delà du simple attrait pécunier). Quand un film est réussi, quel besoin y a-t-il de le refaire à nouveau ? Si tout métrage est ancré dans son époque, le remettre au goût du jour ne fera que lui enlever sa substance au profit de vulgaires gimmicks, et tous les effets spéciaux du monde ne pourront cacher la pauvreté d’un produit qui ne fait que ressasser une histoire déjà connue. Et si la jeune génération mérite de (re)découvrir une œuvre, la voir réactualiser avec les techniques et les acteurs d’aujourd’hui n’est qu’une preuve de plus de l’hégémonie du Dieu Pognon au détriment de ce qui est communément appelé un Art.

Mais ça, ce n’est pas nouveau. 7ème Art ou pas, le cinéma est avant tout, et depuis fort longtemps, une véritable industrie au schéma commercial fragile qui rechigne souvent à prendre des risques.

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Pourtant l’histoire du cinéma n’est pas constituée que de redites mercantiles et de réactualisations serviles, et il est arrivé de voir débarquer des remakes qui se démarquaient assez de leur modèle pour y apporter leur propre vision. Par un changement de genre sur une même trame, une transposition vers sa propre culture, ou encore une actualisation pertinente au vu des transformations sociales ou historiques depuis la première version du film.

On peut citer sans se tromper le Scarface de Brian De Palma, qui à la prohibition et à la mafia hiérarchisée du film de Howard Hawks, a préféré la société cosmopolite beaucoup plus chaotique des années 80, maelström de cultures et d’immigrés cherchant à toucher du doigt le rêve américain quitte à y laisser des plumes.

Ou encore le True Lies de James Cameron, version satirique et surtout biberonné à la testostérone de La Totale, qui donnait une nouvelle vision au film français tellement outrancière qu’on a vite fait d’oublier son modèle original. Qui se souviendra d’une scène précise, ou des dialogues du film de Claude Zidi, face au strip-tease de Jamie-Lee Curtis ou au punchlines dévastatrices de Schwarzie ?

Ou tout simplement les Sept Mercenaires, premier du nom, puisqu’il ne faut pas oublier que l’excellent film de John Sturges aujourd’hui remaké par Antoine Fuqua était lui-même la version américaine de l’immense Sept Samouraïs de Kurosawa, transposant l’intrigue du japon féodal au Far-West, transformant le chambara ciselé et atmosphérique en western épique au casting 5 (ou plutôt 7) étoiles.

Un remake devenu culte, et pourtant encore critiqué aujourd’hui par de nombreux spécialistes du cinéma asiatique, et dont la légitimité est toujours débattue, malgré l’aura historique qui semble l’envelopper d’un voile intouchable.

Certains pestent du manque de sens des Sept mercenaires face à son homologue japonais, d’autres, sans dénigrer l’original, préfère le rythme sans faille du film américain et le charisme de ses interprètes, d’autres encore montrent le drapeau blanc et ne veulent pas prendre parti, considérant chaque film comme deux faces complémentaires d’une même pièce.

Bref, finalement, quand on y pense, si les Sept Mercenaires premier du nom est encore au centre d’houleux débats, il ne semble pas si absurde d’en faire une nouvelle version aujourd’hui, si tant est qu’une nouvelle approche soit possible pour apporter sa pierre à l’édifice. Car le risque est toujours grand de tomber dans la simple redite m’as-tu-vu à grand renfort de stéréotypes et de facilités scénaristiques.

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À ce jeu-là, si Antoine Fuqua est un assez bon faiseur pour nous épargner la commande balourde (il abandonne pour ainsi dire son style un peu ampoulé pétri de ralentis et de séquences « cools » au profit d’une narration plus sèche et carrée), il n’évite cependant pas certains poncifs apparemment inhérents aux films actuels.

On nous épargnera une quelconque love-story ou les habituels sacrifices épiques sur fond de violons, ceci dit il faudra quand même supporter des clichés comme « celui qui abandonne mais revient au dernier moment pour sauver la mise », « le méchant qui allait abattre le gentil et se fait flinguer par un troisième homme in fine », et autres révélations de dernière minute qui ramène tout à une vengeance ourdie de longue date.

Des « passages obligés » qui ne gênent pas vraiment le climat général d’un film plutôt plaisant, mais font tout de même grincer des dents, là où d’autres éléments avaient réussi à emporter la mise par leur originalité, et rendraient presque légitime une réactualisation.

Car Antoine Fuqua (et son scénariste Nic Pizzolato, le créateur de True Detective) a bien compris que si son Sept Mercenaires prenait place à la même époque que le Sturges, l’évolution de la société américaine, du cinéma et des attentes des spectateurs nécessitait d’être prise en compte pour cette nouvelle cuvée.

Ainsi, ce qui frappe dans cette version 2016, c’est l’étonnante diversité des mercenaires en titre, qui assume ce que l’original avait effleuré.

Charles Bronson avait des origines amérindiennes, Yul Brynner avait des allures un peu asiatiques, ici on ratisse large et on englobe tout le spectre ethnique, historique et sociétale des Etats-Unis d’alors.

Le héros est un chasseur de prime noir, entouré d’un joueur irlandais, d’un hors-la-loi mexicain, d’une fine lame asiatique, d’un authentique Comanche et d’un trappeur bourru très loin des canons de beauté badass habituellement utilisés dans les westerns. Chacun a son histoire (on y trouve même deux anciens soldats, yankee et sudiste, depuis longtemps réconciliés, dont l’un souffre encore de stress post-traumatique), et chacun, malgré la présence des deux grandes stars Denzel Washington et Chris Pratt, se voit donner un temps de présence à l’écran largement satisfaisant pour éviter la figuration active (encore que certains auraient mérité que l’on s’attarde plus sur eux, certains éléments thématiques intéressants n’étant que survolés).

En poussant aussi loin leur volonté de faire des Sept Mercenaires pas seulement un film d’aventures pétaradants, mais aussi une ode à la diversité culturelle qui a façonné l’Amérique, et qui reste la seule manière de garder le pays soudé face à la cupidité du businessman, Fuqua et Pizzolato donnent l’air de rien une bonne leçon au peuple états-unien, en ces temps où les politiques de tous poils (en général oranges) ne parlent que de race blanche, de protectionnisme et de dangers de l’immigration.

Dans Les Sept Mercenaires 2016, le salut ne vient pas seulement du modèle américain en tant que cowboy (éternelle légende de l’Ouest), mais surtout en tant que groupe d’individus d’une grande diversité culturelle et ethnique. Exit le shérif au dents blanches et au Stetson vissés sur la tête qui abat des indiens sanguinaires avant de mettre au fers un bandit mexicain. Ici l’homme blanc conquiert, s’étend comme une maladie, corrompt, ne pense qu’à l’argent et son propre bien-être. Et pour lui faire face, le peuple a besoin de se souvenir d’où vient cette idée de « Nouveau Monde » : de la volonté des Etats-Unis d’être un pays d’accueil, dont la force viendrait du mélange et pas du clivage.

L’air de rien, sous ses allures de film d’action énervé, Les Sept Mercenaires véhicule un discours d’actualité aussi pertinent que déprimant : depuis l’époque du Far West, rien n’a changé ou presque, les puissants prônent leur propre suprématie, et c’est ensemble qu’il faut les combattre.

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Pourtant, sorti de cette réjouissante particularité, qui donne au moins à cette version 2016 une raison d’être, force est d’avouer que le film d’Antoine Fuqua roule sur des rails loin d’être désagréables, mais sans réelles surprises non plus. L’intrigue est connue, on en déviera pas une seule seconde, après la présentation de l’antagoniste viendra la formation de l’équipe, la préparation dans le village, et la bataille finale, au moins à la hauteur de l’attente. Le scénario fait le strict nécessaire pour aller droit au but en dessinant correctement ses personnages (non sans laisser parfois un léger arrière-goût d’inachevé, ainsi si la relation fraternelle entre l’asiatique Billy Rocks et le sudiste Goodnight Robicheaux fait mouche, on aurait aimé voir le recrutement du hors-la-loi Vasquez ou de l’indien Red Harvest un peu plus développés), la musique ne sort pas du carcan habituel du western , trompettes à l’appui, mais reste agréable à l’écoute (malgré le décès de James Horner), quant à la réalisation de Fuqua, si elle manque un peu de la folie pailletée qui a fait recette, elle reste diablement efficace, toujours claire et lisible (ce qui devrait être le B.A.BA, mais malheureusement en ces temps de shaky-cam devient une gageure).

Mais quand on y réfléchit, si on excepte la sensationnelle musique d’Elmer Berstein qui restera dans les annales, l’original était lui aussi d’une histoire très simple et d’une réalisation racée mais sans véritable génie, préférant se baser sur la portée universelle du canevas de base, et le charisme de ses interprètes. À ce jeu-là, la version moderne n’a pas à rougir de la comparaison, puisqu’elle déroule une ribambelle d’acteurs de premier plan, dont bien sûr les habitués du cinéaste Denzel Washington et Ethan Hawke, et la star qui n’en finit plus de monter Chris Pratt, autour desquels gravitent les vieux briscards Vincent D’Onofrio en trappeur à corps d’ours et à cœur d’or, et Peter Sarsgaard dans le rôle du salaud de service (qui sans égaler Eli Wallach s’en sort plutôt pas mal avec seulement une poignée de scène), mais aussi le coréen Byung-Hun Lee (J’ai rencontré le Diable), et les « jeunes » Haley Bennet (déjà dans Equalizer), Matt Bomer (le tueur à gage de The Nice Guys) et Luke Grimes (True Blood). Bref une galerie de tronches et d’acteurs talentueux qui font pour beaucoup dans l’implication du spectateur.

Ajoutez à ça un final en forme de morceau de bravoure destructeur (on se demande ce qu’il pourra rester de la ville pour les survivants après ces moult explosions attaques à la gatling) de quasiment 20 mn, et vous aurez avec Les Sept Mercenaires un remake très regardable, qui ne révolutionnera pas le genre, mais peut s’estimer, malgré ses scories, comme un digne héritier du chef-d’œuvre de John Sturges (et d’Akira Kurosawa par extension).

Note: 15/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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