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Toril – De Terre et de Sang

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De : Laurent Teyssier

Avec Vincent Rottiers, Sabrina Ouazani, Bernard Blancan, Tim Seyfi, Alexis Michalik, Karim Leklou

Année : 2016

Pays : France

Genre : Drame/Thriller

Résumé :

Dans le Sud de la France, Philippe vit entre deux mondes. Son trafic de cannabis et l’exploitation agricole familiale. Le jour où son père, surendetté, tente de mettre fin à ses jours, Philippe décide de sauver leurs dernières terres. Pour y arriver, il lui faut trouver de l’argent, vite et beaucoup. Philippe s’associe alors à un gros trafiquant de la région pour installer un vaste réseau de stupéfiants au cœur du marché paysan. Réseau dont il aura du mal à sortir…

Avis :

Normalement, quand on écrit un article, ou une critique, pour éviter au maximum l’effet « ressenti » et rester le plus possible dans le domaine de l’analyse critique objective, on évite le recours à l’expérience personnelle et à la première personne du singulier. Le Je est proscrit.

Ceci dit, pour vous parler de Toril, je vais devoir déroger à la règle, car le film s’avère avoir un statut particulier pour moi.

 

Le réalisateur, Laurent Teyssier, je le connais. Ce n’est pas un ami proche, ni une connaissance, à vrai dire nous ne nous sommes rencontré qu’une fois, mais j’ai suivi de près le début de sa carrière, puisque deux très bons amis à moi se sont retrouvés dans son premier court-métrage, le très maitrisé 8 et des poussières.

Grâce à un ami en particulier, j’ai pu suivre un peu par procuration l’évolution du bonhomme et de son binôme Guillaume Grosse, avec lequel il a écrit tous ses films, tout comme j’ai découvert de très bons acteurs encore un peu dans l’ombre, comme Pierre Lopez (qu’on a pu voir dans La French ou le Marseille de Kad Merad), Émilie de Preissac (Diaz, un crime d’état, Les Anarchistes), et par extension l’excellent Karim Leklou qui lui commence à faire son trou grâce à Coup de Chaud, Voir du Pays, et bientôt Réparer les vivants.

C’est d’ailleurs ce même ami qui m’a définitivement convaincu d’aller voir ce Toril qui me faisait déjà de l’œil grâce à la présence de Vincent Rottiers (Bodybuilder, Dheepan, Nocturama), car comme il le disait lui-même, « c’est les copains », et quand c’est les copains, on se doit d’aller voir ce que ça donne.

En découvrant le générique hypnotique du film, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre ni qui avait fait ce film, jusqu’à ce que je découvre l’identité du réalisateur : Laurent Teyssier. Ce type, qui doit probablement avoir mon âge, et que j’avais vu plein d’ambition et d’espoir il y a 6 ans avec son court-métrage sous le bras, avait finalement réussi à passer la barre du long, et j’ai ressenti le même pincement au cœur, le même respect que si mon meilleur ami l’avait réalisé, d’autant que la suite a donné raison à mon sentiment initial.

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Et c’est ici que s’arrête l’anecdote personnelle.

On a vite fait, quand on connaît de près ou de loin l’équipe d’un film, de se laisser bercer par cette proximité, d’être conciliant et d’aimer sans conditions en se mettant des œillères, et il faut, si l’on veut rester objectif, repousser cette velléité de complaisance.

Mais avec Toril, aucun besoin de se forcer, tant le film est à des lieues de ce qu’on peut attendre d’un premier essai. On a l’habitude, et c’est plutôt normal, de voir dans les premières œuvres quelque chose d’encore fragile, plein de bonnes intentions mais qui souvent, sur le fond comme sur la forme, s’empêche d’oser de peur de se casser la figure.

On se retrouve avec des univers un peu bateau, et surtout une réalisation fonctionnelle qui souvent font passer le film pour de la télévision sur grand écran.

Ici, dès les premières images, avec cette course camarguaise tout en changement de rythme, ralentis et ambiance envoûtante, on sait que Toril aura un cachet, une aura, une vision, bref une véritable ambition artistique. En plus de présenter le personnage principal, cette introduction fait figure de clé pour décoder le sous-texte du film.

Le toril, c’est le lieu de l’arène où sont enfermés les taureaux avant le combat, un ensemble de compartiments obscurs de trois mètres sur deux, qui sentent la sueur et l’appréhension. C’est la métaphore de l’univers dans lequel va s’engouffrer Philippe, petit dealer d’herbe et fils d’agriculteur, pour sauver son père de la faillite après la tentative de suicide de celui-ci. C’est un monde où chacun est dans sa cage, tel un taureau, où l’on sent la tension monter avant que les portes s’ouvrent sur l’arène, avec au bout du tunnel la félicité ou la violence, voire la mort.

Car pour redresser les finances d’un père avec qui il a des rapports conflictuels, Philippe va travailler double, triple, s’occuper de son boulot alimentaire en même temps que des terres paternelles, et surtout, pour renflouer le compte en banque, il va s’associer avec un poisson bien plus gros que lui et transformer la petite entreprise familiale en façade d’un gros trafic.

 

Et l’angoisse d’une catastrophe de planer sur tout le film, à mesure que le travail s’avère dangereux et les associés impitoyables.

Dans son scénario et sa structure, Toril ne révolutionne pas le film à suspense, on a déjà vu ce canevas d’un jeune qui s’engouffre dans un univers possiblement trop gros pour lui, les péripéties restent attendues, mais la finalité n’est pas là.

Là où Toril frappe fort, c’est d’abord dans sa gestion de deux styles de film différents, la chronique sociale et le thriller, qui ne s’accordent pas toujours facilement, mais ici se répondent avec une belle homogénéité. Le métrage est autant l’histoire d’une classe moyenne de plus en plus pauvre et qui a du mal à rebondir et joindre les deux bouts, qu’un vrai suspense avec « gangs » ennemis, mises à mort et fusillades. Le tout en jouant à l’économie.

Sans oublier la toile de fond, celle du sud de la France, les taureaux de sa Camargue, ses petits agriculteurs qui galèrent, entre sécheresse l’été et gel l’hiver, un climat étouffant, une chaleur écrasante, où le chant des cigales perpétuel finit par taper sur les nerfs. C’est une des grandes qualités de Toril que cette ambiance bien particulière, appuyée par une réalisation qui délaisse les images de cartes postales pour une réalité plus immédiate, tout en longs plans (voire plans-séquences) et cadrages travaillés au cordeau.

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Classique (mais jamais ennuyant) sur le fond, le film prend tout son sel grâce à la forme, pourtant pas aidée par les divers soucis de production comme j’ai pu l’apprendre.

Comme beaucoup de petits films pas aidés par de grosses structures, Toril a pâti d’un tournage compliqué, d’un manque de temps ou de budget qu’on imagine accablant.

On le ressent parfois (mais rarement), dans certaines scènes qui semblent avoir été faite dans l’urgence, où l’on sent les acteurs plus fragiles, les échanges moins inspirés, la réalisation plus fonctionnelles.

Le reste du temps, comme c’est souvent le cas lorsque l’on pousse une équipe à surpasser des obstacles, ces soucis transcendent au contraire miraculeusement la forme, poussant la réalisation vers un conceptuel aussi pertinent qu’original, que ce soit pour un accident de voiture, une fusillade ou un châtiment douloureux.

Film qui fait la part belle à des duels d’acteurs sans jamais oublier de raconter aussi son histoire par l’image (ce dont beaucoup de films français sont malheureusement aujourd’hui incapables), Toril est aussi un très bel objet visuel et pictural (magnifique séquence finale) qui évite la quasi-totalité des écueils inhérents aux premiers films.

 

Nul doute que de nombreux plans et scènes devraient imprimer assez la rétine des spectateurs pour que l’on entende encore parler de ce jeune réalisateur incessamment sous peu.

Note : 18/20

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